Mgr Barbarin "Jamais je n'ai couvert le moindre acte pédophile"

16 mars 2016 Par

© 2015 VAM - Le cardinal Barbarin

Au premier jour de l'assemblée des évêques à Lourdes, le cardinal Barbarin a pris la parole au cours d'une conférence de presse. Il dément avoir couvert les actes de prêtres pédophiles.

Sa prise de parole sur l'affaire Preynat était très attendue. Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, s'est exprimé mardi 15 mars 2016, depuis Lourdes où se tient l'Assemblée plenière des évêques de France.
« Jamais, jamais, jamais je n'ai couvert le moindre acte de pédophilie, a martelé Mgr Barbarin. Cela fait 17 ans que je suis évêque. J'ai eu connaissance de tels faits deux fois, en 2006 et en 2014, la police m'en est témoin. (...) Et deux fois j'ai immédiatement suspendu les prêtres. (...) À aucun des deux je n'ai redonné de ministère. » (sons Radio présence)


 

"On peut me reprocher d'avoir cru le p. Preynat"

Comme il l'avait déjà mentionné lors d'interviews précédentes, Mgr Barbarin a expliqué avoir rencontré le p. Bernard Preynat en 2007. Ce dernier "ébouillanté par cette affaire" lui a assuré n'avoir rien fait depuis 1991. "On peut me reprocher d'avoir cru le p. Preynat" reconnaît le cardinal qui indique pour cette affaire avoir contacté le Vatican pour savoir comment réagir dans le cas de faits anciens.

A sa connaissance "rien ne s'est passé depuis 1991. Cela n'excuse rien, mais j'arrive quand même 15 ans plus tard" explique le cardinal. Mais alors, ces faits commis il y a plus de 25 ans sont-ils prescrits? C'est la question posée. Juridiquement, une partie des abus commis par le p. Preynat pourraient être prescrits "grâce à Dieu", indique dans une formule maladroite le cardinal Barbarin, avant de se reprendre quelques minutes plus tard. Surtout, insiste l'archevêque, la prescription canonique pourrait être levée dans ce genre d'affaire. "Dans le droit canonique on peut demander à Rome de lever une prescription" assure-t-il.
 

"Nous poussons les victimes à porter plainte"

Au cours de la conférence de presse, Mgr Stanislas Lalanne, en charge de la commission sur la lutte contre la pédophilie, a rappelé le travail de l'Eglise de France depuis le début des années 2000, avec notamment la publication d'un livret "Lutter contre la pédophilie".

S'agissant d'actes de pédophilie commis par des prêtres, la position de l'Eglise est claire, a rappelé Mgr Lalanne: "Nous poussons les victimes à porter plainte. Si elles ne le font pas, nous demandons au prêtre de le dire à la justice ou à la police. Et quand ils ne le font pas, nous avons une obligation de signalement. "  Mais Mgr Lalanne, comme le président de la Conférence des évêques, Mgr Georges Pontier, reconnaissent qu'aujourd'hui de "nouvelles questions" se posent à l'Eglise de France, et qu'il faudrait sans doute améliorer l'accueil des victimes d'abus sexuels par des religieux.
 

"Je pense d'abord aux victimes"

Les victimes, c'est d'abord par elles que le cardinal Barbarin a commencé son intervention. "Les victimes savent que c'est d'abord à elles que je pense. (...) En les rencontrant, j'ai mesuré à quel point (...) il  a été extrêmement difficile pour eux d'arriver à dire quelque chose." Parler, écrire, c'est d'ailleurs ce qu'a recommandé Mgr Barbarin à l'une des personnes venue le rencontrer en 2014 pour lui parler des agissements du p. Preynat.
 

"Estime et respect envers le cardinal Barbarin"

Quelques heures après la conférence de presse des évêques français, le Vatican a pris la défense du cardinal Barbarin. Par la voix du p. Federico Lombardi, directeur de la salle de presse, Rome manifeste "estime et respect envers le cardinal Barbarin." Par ailleurs, évoquant le cas Preynat, le p. Lombardi rappelle qu'une enquête est ouverte "dont il est opportun d'attendre le résultat." Enfin, le p. Lombardi répond à la demande de l'association La Parole Libérée qui souhaite rencontrer le pape François en privé. "(...) en principe, la requête d'une audience papale privée ne passe pas par la presse. Sa publication tend évidemment à exercer une forte pression médiatique. Jusqu'ici, les rencontres de victimes d'abus sexuels par les Papes se sont déroulées après qu'on se soit assuré du climat d'écoute et de dialogue nécessaire pour porter des fruits spirituels" souligne le p. Lombardi.

 

Alors que son diocèse est secoué par les révélations autour de l'affaire Preynat, le cardinal Barbarin est également mis en cause dans une autre affaire d'agressions sexuelles commises par un prêtre de Lyon en 1993. La plainte avait été classée sans suite par la justice en 2009 pour cause de prescription. Lire les explications de Julien Urgenti.

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