Assemblée plénière de Lourdes : "une Eglise d’abord mère" pour Mgr Pontier

3 novembre 2015 Par

En ouvrant l'Assemblée plénière des évêques de France, Mgr Georges Pontier a insisté sur une Eglise qui "choisit la tendresse et la miséricorde de la mère" pour accompagner le monde.

Sa lecture officielle de l’aboutissement du Synode sur la famille était attendue par l’hémicycle. Aujourd’hui, l’archevêque de Marseille, Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France et membre de la délégation française au Synode, a précisé l’interprétation qu’il en faisait dans son discours d’ouverture de l’Assemblée plénière d’automne de l'épiscopat français à Lourdes. "Oui, l’Eglise choisit la tendresse et la miséricorde de la mère pour accompagner ses enfants sur un chemin de progression, de conversion, de discernement de la présence de l’Esprit à l’œuvre en tout cœur pour y accomplir son œuvre de salut et de bonheur". Une Eglise "qui se fait d’abord mère", a indiqué Mgr Georges Pontier au coeur du sanctuaire marial bigourdan, avant, pourrait-on se risquer à interpréter, d’être l’Eglise qui rappelle d’en haut la Loi livrée par le Père.

L’entièreté de la citation a néanmoins son importance puisqu’elle rappelle la volonté du pape François de mettre en œuvre un art de l’accompagnement et du discernement des diverses situations vécues par les familles, avec comme horizon missionnaire pour l’Eglise, toujours, la première des lois : le salut des âmes. Le président de la Conférence des évêques de France a donc insisté sur la nouvelle méthode pastorale, en quelque sorte, mise en avant par ce Synode : celle d’un accompagnement des familles qui démarre des réalités vécues, s’inscrit ensuite dans une démarche de progression, par étapes, mais aussi de conversion, dans la rencontre avec la Vérité qu’est le Christ. "Nous expérimentons que nous sommes bien dans notre mission quand nous permettons à des hommes et des femmes de trouver un chemin d’espérance solide et nouveau grâce à la rencontre du Christ expérimentée", précise ainsi Mgr Georges Pontier.

Dissiper le flou

En revanche, il appartient maintenant au pape de "préciser l’usage et la traduction éventuelle" du document final du Synode "dans les formes qu’il saura préciser", a souligné l’archevêque de Marseille. On sait que nombre de fidèles et d’évêques, en France et dans le monde, attendent que François dissipe le flou qui entoure certains articles de ce rapport final, en particulier la possibilité ouverte d’un chemin de discernement sur la question de l’accès aux sacrements de l’eucharistie et de la réconciliation pour les personnes divorcées remariées. Une question que Mgr Georges Pontier n’a pas évoquée expressément dans son discours.

Une mère se doit aussi d’écouter tous les membres de la famille pour nourrir sa réflexion et son activité missionnaire. Aussi Mgr Georges Pontier invite-t-il la Conférence à renouveler l’esprit de collégialité qui l’anime, à la suite de l’appel du pape qui a jugé le 17 octobre dernier que cet esprit, souhaité par le Concile Vatican II, ne s’était "pas pleinement réalisé". L’Eglise est "à mi-chemin", a même jugé François le jour des 50 ans de l’institution du synode des évêques. Il l'a ainsi appelée à être "synodale", c'est-à-dire "une Eglise de l’écoute, avec la conscience qu’écouter est plus qu’entendre. Une écoute réciproque dans laquelle chacun a quelque chose à apprendre. Le peuple fidèle, le collège épiscopal, l’évêque de Rome, chacun à l’écoute des autres ; et tous à l’écoute de l’Esprit-Saint, l’Esprit de Vérité, pour savoir ce qu’il dit aux Eglises". Derrière cette collégialité renouvelée, Mgr Georges Pontier propose aussi aux évêques de France d’entrer dans cette "décentralisation salutaire" du fonctionnement de l’Eglise, chère au pape.

Combat de la fraternité

Enfin, cette autre manière d’écouter le peuple fidèle, les familles et le monde, de les accompagner, d’en accueillir avec miséricorde et bienveillance les situations de vie les plus difficiles et blessées, doit être au service d’un combat pour la fraternité. Par l’espérance trouvée grâce à la rencontre personnelle avec le Christ, "les peurs diverses sont vaincues, les horizons s’élargissent, la confiance en Christ vient supplanter celle mise uniquement dans tel ou tel combat idéologique, porteur un moment, épuisant souvent", a souligné encore le président de la Conférence des évêques de France.

Prenant l’exemple des questions que posent certaines banlieues françaises, dix ans après les émeutes de 2005, "problèmes de logement et de travail, problèmes de santé ou d'éducation, questions sur le visage pluriel et interreligieux pris par nos sociétés", Mgr Georges Pontier a invité les fidèles à choisir la réponse de l'engagement "pour un monde fraternel et solidaire" contre "les peurs aux formes multiples". De même, sur la question migratoire, très sensible, avec l’afflux massif de réfugiés et de migrants en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique, l'archevêque de Marseille interroge : "Que va-t-il leur arriver si nous ne les accueillons pas ?". Et de souligner "combien les nations se sont faites par des vagues successives de migrants qui ont apporté une fois accueillis" leurs richesses. Il a en outre dénoncé l’instrumentalisation par certains de ce problème "en flattant les peurs et les égoïsmes". Selon  lui, le "devoir d’éclairer les consciences en ce domaine est évident et urgent" pour l'Eglise.

Mais le président de la Conférence épiscopale ne pouvait pas ignorer les peurs et les réticences de nombre de fidèles exprimées dans les diocèses après l’appel du pape à accueillir une famille de réfugiés dans chaque paroisse. Beaucoup s’interrogent sur l’avenir culturelle et du vivre-ensemble de l’Europe. Ainsi la solidarité doit-elle rimer avec la responsabilité: l’Europe doit "proposer avec clarté sa propre identité culturelle et mettre en acte des législations adéquates qui sachent en même temps protéger les droits des citoyens européens et garantir l’accueil des migrants", estime Mgr Georges Pontier. En outre, il défend à nouveau une action "sur les causes et non seulement sur les effets" des flux migratoires actuels en privilégiant des politiques "justes" qui aident leur pays d’origine "dans le développement sociopolitique", contre "des politiques d’intérêt qui accroissent et alimentent" les conflits.