Cannabis et autres drogues: redéfinir les interdits

Présentée par

S'abonner à l'émission

Le Temps de le dire

jeudi 21 avril 2016 à 9h03

Durée émission : 55 min

Le Temps de le dire

© CIRIC / Culture de coca en Colombie

13 millions de fumeurs de cannabis en France. Et une politique en matière de drogues qui pêche par un manque de cohérence et de lisibilité. On en parle avec Stéphanie Gallet.

L'UNGASS 2016 (pour United Nations General Assembly Special Session), session extraordinaire de l’Assemblée Générale des Nations unies sur le problème mondial des drogues, se tient du 19 au 21 avril 2016 au siège de l'ONU à New York. L'enjeu est de taille quand on sait que le trafic de drogue est le trafic le plus lucratif pour les mafias. "On parle de plusieurs centaines de milliards de dollars par an", précise Emmanuelle Auriol. Un trafic qui s'accompagne de corruption, instabilité politique, guérilla et même terrorisme.
 

L'histoire nous enseigne qu'une interdiction pure et simple des drogues se solde toujours par un échec. Il n'y a qu'à voir les résultats catastrophiques de la prohibition de l'alcool aux Etats-Unis (de 1919 à 1933). Echec à double titre: d'une part cela n'empêche en rien la consommation du produit rendu illicite. D'autre part, cela engendre l'enrichissement de circuits de distribution parallèles. Ce qui fait dire à l'économiste qu'une "suppression de l'offre légale sans supprimer la demande crée une offre illégale, installe des criminels".

Paradoxalement, "les drogues qui posent le plus de problèmes en terme de santé sont les drogues légales, et les drogues qui ont donné des effets désastreux sur les plans économique et de la sécurité sont les drogues illicites", observe Jean-Pierre Couteron. Pour sortir de cette situation, beaucoup de spécialistes partagent l'idée qu'il faudrait élaborer plus finement la liste de ce que l'on interdit et dans quelles circonstances on les interdit. Le psychologue ajoute: "dépénaliser, et même légaliser, ça ne veut pas dire laisser tout faire mais gérer autrement". Le président de la Fédération Addiction plaide pour mettre toutes ces substances addictives "dans la même régulation: les interdits viendraient répondre à la réalité du produit et non à un principe moral". Par exemple, interdire l'alcool et le cannabis dans des situations présices, comme au volant d'une voiture.

13 millions de fumeurs de cannabis en France. Et une politique qui pêche par son manque de cohérence et de lisibilité, selon Emmanuelle Auriol. L'économiste déplore que "d'un côté on accompagne" avec notamment les salles de shoot et que "de l'autre on [mette] en prison les usagers de cannabis". Elle précise que la France compte chaque année 150.000 arrestations pour usage de cannabis. Jean-Pierre Couteron souligne que la France a toutefois rattrapé un certain retard en ce qui concerne la réduction des risques. En gros, on est passé d'un schéma pré-établi - renoncement / abstinence - à un accompagnement personnalisé prenant en compte différents paramètres comme l'âge et la situation sociale du consommateur de drogue. "Cela change le rapport au produit", explique le psychologue.

Invités

  • Jean-Pierre Couteron , psychologue, président de la Fédération Addiction

  • Emmanuelle Auriol , économiste, enseignante à TSE (Toulouse School of Economics)

Les dernières émissions

L'émission

Tous les jours du lundi au vendredi, à partir du lundi 4 septembre 2017

La grande émission interactive pour aborder tous les sujets de société, qui font l'actualité. Antoine Bellier reçoit ses invités pour réfléchir, approfondir, apprendre et donner du sens à tous les sujets du moment. Posez vos questions ou témoignez en direct pendant l’émission 04 72 38 20 23 ou par mail à l'adresse letempsdeledire[arobase]rcf.fr.

Le présentateur

Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.