Ce que va changer la nouvelle loi sur la fin de vie

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Le Temps de le dire

vendredi 29 janvier 2016 à 9h03

Durée émission : 55 min

Le Temps de le dire

© P.RAZZO/CIRIC

La loi sur la fin de vie apporte surtout des modifications sur les directives anticipées et le droit à la sédation. Est-ce une réponse au mal mourir? On en parle avec Stéphanie Gallet.

Le constat est partagé: on meurt mal en France. Chaque année 200.000 personnes meurent dans des conditions de confort non appropriées. "D'année en année, de rapport en rapport, les parlementaires les uns après les autres disent tous la même chose: on meurt mal en France. Trop de personnes meurent aux urgences, n'ont pas accès aux soins palliatifs, les soins palliatifs ne sont pas diffusés comme ils devraient être, les médecins ne sont pas formés aux soins palliatifs comme ils devraient l'être", affirme Damien Le Guay. Pour lui, le débat sur la fin de vie se concentre sur le point précis de la sédation et des directives anticipées, dans apporter de réelle solution au mal mourir.

Ce mercredi 27 janvier 2016, soit plus de dix ans après la première loi Leonetti, les députés ont voté une nouvelle loi sur la fin de vie. Le vote de l'Assemblée nationale introduit la possibilité en France d’une sédation profonde et continue jusqu'au décès pour les malades incurables. Il donne de nouveaux droits aux patients et intensifie la formation aux soins palliatifs. Les législateurs considèrent qu'on reste dans l'esprit de la loi du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie. Cependant, "la loi Leonetti permettait déjà d'arrêter tout traitement, même vitaux, elle était très précise sur l'acharnement thérapeutique et disait que la qualité de la vie à la toute fin prime sur la quantité", précise Marine Lamoureux.

Un texte de compromis entre avis très divergents. L’écriture de cette loi a été un exercice particulèrement délicat, les questions éthiques sont des problèmes humains et juridiques exigeants. Il y a, semble-t-il, lieu de se réjouir de la qualité des débat qui ont été menés au Sénat comme à l'Assemblée nationale. "On ne peut pas dire que le débat n'a pas eu lieu", convient Marine Lamoureux, qui précise qu'il s'agit avant tout d'un compromis.

Ce qui change en 2016: désormais le droit du malade à demander la sédation "profonde et continue" jusqu'au décès est inscrit dans la loi et les directives anticipées sont plus contraignantes. Pour le Dr. Bertrand Galichon, cela pose question. "On se trouve devant une situation où ce temps du départ est hypertrophié: cette hypertrophie va être à l'origine de bien des questions éthiques." Pour le médecin, qui craint des périodes de "sédation extrêmement prolongées", il est par ailleurs difficile d'être certain que le pronostic vital soit vraiment engagé.

Reste que légiférer sur les conditions de la mort c’est prendre le risque de ne satisfaire personne, entre ceux qui demandent un droit à l’euthanasie et ceux qui redoutent la sédation comme une première étape vers l'euthanasie. Damien Le Guay adresse, lui, un reproche aux médias et à leur façon de rendre compte en des termes simplistes d'un débat complexe. Il y a pour lui d'un côté "les partisans de l'euthanasie, comme l'ADMD [Association pour le droit de mourir dans la dignité], qui ont un discours bien rodé, facile et simple à comprendre et de l'autre côté un monde de l'accompagnement, des soins palliatifs qui est très compliqué et qui ne passe pas par le filtre simplificateur demandé par les médias".

Invités

  • Marine Lamoureux , journaliste à La Croix, spécialiste de bioéthique

  • Dr. Bertrand Galichon , médecin urgentiste à l'hôpital Lariboisière (Paris), président du Centre catholique des médecins français (CCMF), auteur du blog "Chronique d'une blouse blanche"

  • Damien Le Guay , philosophe, vice-président du Comité national d'éthique du funéraire, enseignant à l'espace éthique de l'APHP

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La grande émission interactive pour aborder tous les sujets de société, qui font l'actualité. Antoine Bellier reçoit ses invités pour réfléchir, approfondir, apprendre et donner du sens à tous les sujets du moment. Posez vos questions ou témoignez en direct pendant l’émission 04 72 38 20 23 ou par mail à l'adresse letempsdeledire[arobase]rcf.fr.

Le présentateur

Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.