David Rigoulet-Roze: "le Qatar est affaibli géopolitiquement"

Présentée par

S'abonner à l'émission

Le Grand Invité

mardi 6 juin 2017 à 7h50

Durée émission : 15 min

Le Grand Invité

© STRINGER AFP

L’Arabie Saoudite et d’autres pays arabes ont décidé dimanche de rompre les relations diplomatiques avec le Qatar.

Une crise sans précédent dans le Golfe

Riyad, Abou Dhabi et leurs alliés ont rompu leurs relations diplomatiques avec Doha, qu’ils accusent de complaisance à l’égard des islamistes et de Téhéran. Il s'agit de la raison officielle. "C’est une crise sans précédent au sein du Conseil de Coopération du Golfe établi en 1981 pour assurer la sécurité de la péninsule arabique. C’est la mise au banc d’un de ses membres, le petit Qatar, qui a toujours fait l’objet de critiques pour ses positions individualistes au sein de l’organisation. Le Qatar qui se retrouve stigmatisé pour des positions non-conformes à la fois sur la question de l’islamisme et par rapport à l’Iran" explique David Rigoulet-Roze, rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques et membre de l’Institut Français d’Analyse Stratégique.

Au sujet de la mouvance islamiste, "le Qatar est un soutien avéré des Frères musulmans. Il ne s’en est jamais caché. De ce point de vue, le Qatar a soutenu cette mouvance notamment lors du printemps arabe car il y voyait un instrument géopolitique conforme à ses intérêts. Il se trouve que les Frères musulmans ont été en reflux par la suite, et font l’objet de la vindicte des autres pétromonarchies. S’ajoute désormais à cela des accusations nouvelles portant sur la mouvance djihadiste, ce qui est encore plus grave. Des accusations qui n’ont pas été avérées mais qui s’inscrivent dans ce contexte" ajoute-t-il.
 

Le Qatar n'est pas le seul Etat arabe concerné par le financement du terrorisme

On se pose aujourd’hui la question de savoir si le Qatar serait le seul pays à soutenir des groupes terroristes. "C’est toute l’ambiguïté de la question compte tenu du fait que nombre de dons à ces mouvements sont le fruit de donateurs privés du Golfe, et de ce point de vue le Qatar n’est pas le seul Etat qui serait concerné par ce problème. Il se trouve que c’est un instrument de mise au banc d’un pays vraisemblablement pour des raisons plus anciennes" précise encore David Rigoulet-Roze.

Ce dernier ajoute qu’il y a en arrière-plan la question de la position du Qatar par rapport à l’Iran. "Le Qatar est considéré comme trop modéré, pas assez dur, selon la ligne imposée par Ryad, au sujet de l’Iran. La position du Qatar est liée à des raisons géologiques. Le Qatar exploite l’un des gisements gaziers les plus importants au monde, avec l’Iran" explique le rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques et membre de l’Institut Français d’Analyse Stratégique.

Dans les semaines à venir, si la situation ne s’améliore pas, le Qatar qui est une presqu’île va devenir une île. Les liaisons avec les autres pays du Golfe vont être coupées. Sur le plan symbolique c’est très fort. C’est un isolement politique, géographique et économique qui traduit véritablement un affaiblissement géopolitique du Qatar.
 

Les dernières émissions

L'émission

Du lundi au vendredi à 8h10

Chaque matin, Stéphanie Gallet reçoit une personnalité au cœur de l’actualité nationale ou internationale. Décryptage singulier de notre monde et de ses enjeux, mais aussi découverte d’un parcours, d’un engagement. Au cœur de la grande session d’information du matin, une rencontre quotidienne pour prendre de la hauteur avec bienveillance et pour donner du sens à l’information.  

Le présentateur

François Ballarin