"Déradicaliser": une priorité politique, un chantier complexe

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Le Temps de le dire

mercredi 30 mars 2016 à 9h03

Durée émission : 55 min

Le Temps de le dire

© AFP/François Guillot

Qu'est-ce qui fait qu'un jeune bascule dans une logique mortifère? Un phénomène complexe que l'on ne peut expliquer qu'au cas par cas. On en parle avec Stéphanie Gallet.

Elles ont 16 ans ou 17 ans, voire plus. Un jour, elles jettent leur maquillage et leur parfum, se voilent les cheveux, changent de garde-robe, se coupent de leurs amies et passent leur temps sur Internet. Elles deviennent obsédées par la religion, le pur, l'impur, ce qui est licite et ce qui ne l'est pas. Et commencent à fuguer, en rêvant qu'elles partent en Syrie trouver un mari et sauver des orphelins. Parfois, ce sont des garçons comme les autres qui quittent tout en laissant à leurs parents un mot pour expliquer qu'ils sont partis rejoindre l'Etat islamique pour un combat "juste". La radicalisation de ces jeunes nous inquiète: certains reviennent commettre des attentats en France.

"Il y a des niveaux de radicalité", comme l'explique Mourad Latrech. Il distingue des formes de radicalité "que tout le monde peut comprendre" avec d'autres "que l'on ne peut pas accepter... qui sacrifient des vies humaines pour une cause". Et entre des changements de comportement qui inquiètent l'entourage proche et l'acte terroriste, il y a un écart. Vouloir attaquer les intérêts de la France ou partir en Syrie, c'est déjà un "deuxième niveau", observe Fleur de la Haye, qui expose un phénomène complexe. "Les personnes qui s'occupent de la radicalité en France ont elles-mêmes du mal à définir ce terme de radicalisation." Il ne faut pas en effet confondre islam rigoriste et terrorisme.

Qu'est-ce qui fait qu'un jeune bascule dans une logique mortifère? Les itinéraires de ces djihadistes racontent tous des histoires d'échecs mutliples, voire de petite délinquance, avant de basculer dans le terrorisme. Des histoires de mauvaises rencontres au mauvais moment. Cependant, il est difficile de dessiner des catégories de jeunes susceptibles de se radicaliser. Mourad Latrech explique que la situation est "très subtile" et plaide pour une prise en compte "au cas par cas". Les recruteurs de candidats au djihad l'ont bien compris d'ailleurs, qui adaptent leur discours en fonction de la personne qu'ils veulent convaincre. "Pour certains ils vont vendre juste de l'aventure, pour d'autres ils vont vendre plutôt une justice, pour d'autres ils vont vendre plutôt un esprit communautaire."

La "déradicalisation": le mot est sur toutes les bouches. Depuis les attaques de novembre 2015 à Paris elle est même devenue une priorité politique, une véritable urgence pour un pays traumatisé par la violence terroriste. Comment dissuader ces jeunes de partir faire le djihad? Comment leur redonner le goût de la France et des Français? Depuis plusieurs mois, des structures ont été chargées d'accompagner ces jeunes radicalisés pour les faire revenir à une vraie vie en France et leur éviter de sombrer. Le ministère de l'Intérieur a mis en place un numéro vert d'"assistance aux familles et prévention de la radicalisation violente".

Invités

  • Fleur de la Haye , journaliste, chef de rubrique Actualité au magazine Phosphore, @fcancale

  • Mourad Latrech , co-fondateur Saphir News, @lmourad

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La grande émission interactive pour aborder tous les sujets de société, qui font l'actualité. Antoine Bellier reçoit ses invités pour réfléchir, approfondir, apprendre et donner du sens à tous les sujets du moment. Posez vos questions ou témoignez en direct pendant l’émission 04 72 38 20 23 ou par mail à l'adresse letempsdeledire[arobase]rcf.fr.

Le présentateur

Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.