Dernière tentative pour sortir l'Ukraine du conflit

7 février 2015 Par

L’initiative présentée à Moscou par Angela Merkel et François Hollande pourrait être "une des dernières chances" de ramener la paix en Ukraine mais il n’est pas "certain" qu’elle aboutisse.

"Il n’est pas certain que ces discussions aboutissent (...) mais cela vaut le coup d’essayer". Quelques heures après s'être entretenue avec Vladimir Poutine aux côtés de François Hollande, Angela Merkel n'a pas voulu laisser planer trop d'espoir sur une issue favorable aux discussions. "C’est une des dernières chances", a pour sa part prévenu le président français, de retour à Paris. "Si nous ne parvenons pas à trouver un accord durable de paix, nous connaissons parfaitement le scénario: il a un nom, il s’appelle la guerre".
Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a jugé pour sa part qu’il existait de "bonnes raisons d’être optimiste" après les discussions de vendredi au Kremlin. "Nous estimons qu’il est tout à fait possible d’avoir des résultats et de tomber d’accord sur des recommandations qui permettront aux deux côtés de vraiment dénouer le conflit", a-­t-­il ajouté à Munich. Poursuivant sa course contre la montre diplomatique, avant de nouvelles discussions dimanche soir avec Moscou, Mme Merkel a rencontré en marge de la conférence sur la sécurité qui se tient à Munich le président ukrainien Petro Porochenko et le vice­président américain Joe Biden. Confronté à une situation militaire et économique désastreuse, M. Porochenko est sous pression face aux séparatistes, qui réclament plus d’autonomie et la prise en compte des gains territoriaux de ces dernières semaines dans les négociations. Il lui revient maintenant de s’entendre avec M. Poutine sur les concessions qu’il est prêt à faire en échange de garanties sur l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

La diplomatie ou les armes

Le temps presse alors que les appels se multiplient pour livrer des armes à l’armée ukrainienne afin de rééquilibrer le rapport de forces sur le terrain où les rebelles sont activement soutenus par Moscou en hommes et équipements, selon les Occidentaux. Cette option, même si elle n’a pas été validée pour l’heure par le président Barack Obama, a accentué les craintes d’un embrasement total aux portes de l’UE.
"Ce conflit ne peut être réglé militairement", a martelé la chancelière allemande, prise à partie par plusieurs "faucons" anglo­saxons, dont l’ancien ministre de la Défense britannique Malcolm Rifkind, qui lui a demandé si "une diplomatie sans armes, ce n’est pas comme de la musique sans instrument". "Je ne vois pas en quoi un meilleur équipement de l’armée ukrainienne impressionnerait le président Poutine (...) Cela conduira plutôt à plus de victimes", a-­t­-elle dit. Sergueï Lavrov a, lui, averti qu’un tel scénario "ne ferait qu’accélérer la tragédie". Pendant que les tractations diplomatiques se poursuivent, les bombardements continuent l’Est de l'Ukraine, tuant au moins cinq civils et cinq soldats en 24 heures. Les tirs au lance­roquettes ont notamment repris de plus belle autour de Debaltseve, noeud stratégique âprement disputé, après une courte trêve qui a permis d’évacuer 753 civils dont 81 enfants vendredi.