Dossier - Attentat de Nice

Ce jeudi 29 octobre, une attaque au couteau à Nice, dans la basilique Notre-Dame de l’Assomption et ses alentours, a causé la mort de trois personnes.

L'attaque de Nice doit nous inviter à "un dialogue plus fort et plus profond"

EMISSION SPECIALE

L'émotion est vive après l'attaque de Nice, qui a frappé l'Église catholique en son sein. Pour Mgr Dominique Lebrun, cet attentat doit nous inviter à "un dialogue plus fort et plus profond".

L'émotion est vive après l'attaque au couteau dans une église de Nice ce matin. "Aujourd'hui, la Nation toute entière se tient aux côtés de nos concitoyens catholiques", a déclaré Emmanuel Macron. Le pape François a dit prier "pour les victimes, pour leurs familles et pour le bien-aimé peuple français, afin qu'il puisse réagir au mal par le bien". Dans une déclaration à l'AFP, la Conférence des évêques de France (CEF) a qualifié cette attaque d'acte "innommable" et souhaité que "les Chrétiens ne deviennent pas une cible à abattre". RCF diffuse en direct une édition spéciale pour revenir sur ce drame qui a coûté la vie à trois personnes. Et frappé l'Église catholique en son sein.

 

 

"le Dieu qui demande de tuer n'existe pas"

L'archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun et Roseline Hamel, la sœur du Père Jacques Hamel, assassiné en 2016 dans l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray, ont signé un communiqué commun pour dire leur solidarité avec les proches des victimes et rappeler que "le Dieu qui demande de tuer n'existe pas". Ce soir sur RCF, Mgr Lebrun a aussi une pensée pour "les proches de cet homme qui a cru pouvoir tuer au nom de Dieu".

 

quel est le projet de la société française ? 

L'archevêque de Rouen insiste, ces attentats doivent nous interroger sur notre projet de société : "Quel est notre projet au fond ? demande-t-il, quel est le projet de la nation française aujourd'hui ? Comment ce projet accueille-t-il le projet des croyants ? Nous n'avons pas de programme, non plus, mais nous avons quand même un projet pour la société. De même, il faut interroger nos frères musulmans, ont-ils un projet pour la société ? Quel est ce projet ?"

Mgr Lebrun l'admet, il y a parfois "une incompatibilité" entre nos projets de société, celui de la société française et celui des catholiques : "il faut qu'on puisse se le dire et qu'on soit pas empêchés non plus de le dire par une espèce de censure qui mettrait les lois de la République comme un absolu". L'archevêque de Rouen souligne qu'il "peut y avoir un fanatisme aussi des lois de la République qui ne serait pas de bon aloi".

 

Un appel au dialogue et à la prière

"Il faut que nous ayons un dialogue plus fort et plus profond." Mais il faut "aller au dialogue avec un doute", prévient Mgr Lebrun : "Si je suis sûr de moi, je suis dans l'absolu, je vais devenir fanatique". "Moi catholique je ne connais pas complètement Dieu, il s'est révélé en Jésus mais il me dépasse. Je vais avec mes questions, mes doutes." On peut ainsi se demander "où était Dieu dans cet attentat ?" 

Pour l'archevêque, il faut "continuer de prier" car si "la prière n'est pas un moyen magique", elle "est très puissante, ne serait-ce que pour convertir notre cœur, mettre devant le Seigneur nos sentiments les plus profonds". Or, "au plus profond de nous-mêmes, de tout être humain il y a le désir de fraternité".

 

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"Nos armes, ce sont la Foi, l’Espérance et la Charité" - Prière pour les victimes des attentats

Prière du matin

Nous portons ce matin dans nos prières les victimes des attentats de Nice, leurs familles et leurs amis, le diocèse de Nice et tous les Français qui vivent dans l’angoisse et la tristesse.

Aujourd’hui, étant données les circonstances, et pour que nous puissions, dans notre prière du matin, porter les victimes des attentats d’hier, leurs familles et leurs amis, le diocèse de Nice et tous les Français qui vivent dans l’angoisse et la tristesse, je vous propose que nous méditions le texte de la lecture d’hier. Je pense qu’elle est très adaptée à ce que nous vivons, mais je l’ai choisie, parce que les 3 personnes qui ont été assassinées hier avait l’habitude de prier, deux d’entre eux étaient venues dans cette église pour trouver un moment de paix et de recueillement, pour se confier au Seigneur et le rencontrer. Ils avaient peut-être lu ce passage de la lettre aux Éphésiens. Je vous propose que tous ensemble, nous prolongions leur prière, nous accomplissions ce qu’ils n’ont pas eu le temps d’achever, qu’unis à toute l’Église nous leur prêtions notre voix, notre cœur.

 

lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens (Ep 6, 10-18)

Frères, puisez votre énergie dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés les esprits du mal qui sont dans les régions célestes. Pour cela, prenez l’équipement de combat donné par Dieu ; ainsi, vous pourrez résister quand viendra le jour du malheur, et tout mettre en œuvre pour tenir bon.

Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix, et ne quittant jamais le bouclier de la foi qui vous permettra d’éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais. Prenez le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu.

 

Nos armes ce sont la Foi, l’Espérance et la Charité

Oui, tenez bon frères et sœurs, saint Paul nous le demande. Les terroristes viennent avec des armes, la haine dans le cœur. Ils croient avoir gagné, mais nous savons que notre Espérance voit au-delà de la mort. Nos armes, ce ne sont pas, ni des couteaux, ni des paroles de jugement ou de condamnation, nos armes, saint Paul nous le rappelle, ce sont la Foi, l’Espérance et la Charité.

Nous sommes tentés de répondre à la haine par la haine, à la violence par la violence. Nous savons que par nous-mêmes nous sommes incapables de sortir vraiment de cette logique, mais Seigneur, toi qui es le prince de la Paix, vient mettre dans nos cœurs les armes de l’Évangile, les armes du chrétien, le bouclier de la foi, le casque du salut, et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu.

Donne-nous, encore et toujours la force d’annoncer l’Évangile de la paix. Donne-nous ton Esprit Saint pour que, contre vents et marées, nous soyons toujours capables de témoigner que rien ne pourra nous séparer de l’amour du Christ, "ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur". Voilà notre Espérance, voilà notre Foi et nous voulons la proclamer même dans les difficultés. Que le Seigneur, frères et sœurs, remplisse vos cœurs de sa Paix et son Espérance.

 

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Attentat à Nice: un appel à l'unité de l'imam Tareq Oubrou

Réagissant à l'attaque qui a eu lieu jeudi 29 octobre à Nice, l'imam Tareq Oubrou dénonce une "​barbarie inqualifiable" et exprime aussi sa solidarité avec les catholiques.

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"Cet acte vise le chaos, la séparation non seulement entre les musulmans et la société et les musulmans et leurs frères catholiques." Réagissant à l'attaque qui a eu lieu jeudi 29 octobre à Nice, l'imam Tareq Oubrou dénonce une "​barbarie inqualifiable". S'il qualifie de "terrible" cette "situation de voir sa religion souillée par cette monstruosité, cette barbarie inqualifiable", il exprime aussi sa solidarité avec les catholiques : "Nous sommes très peinés car ça touche une commuanuté que nous aimons beaucoup, la communauté des catholiques." 

Auteur de plusieurs essais sur l'islam contemporain, dont, en 2019, "Appel à la réconciliation. Foi musulmane et valeurs de la République française" (éd. Plon), Tareq Oubrou rappelle la richesse du dialogue interreligieux, en particulier dans les années 70 et 80. "Nous avons été initiés dans un dialogue interreligieux avec nos frères et prêtres catholiques." Pour l'essayiste, "il ne faudrait pas céder à cette tentative de repli et de division".

 

Attaque au couteau dans une église à Nice, "les catholiques refusent de céder à la peur"

Ce matin, un attentat terroriste a eu lieu dans une église de Nice. "C’est parce qu’elles se trouvaient dans la Basilique que ces personnes ont été attaquées", a réagit l'Église de France.

Ce jeudi 29 octobre vers 9 heures, une attaque au couteau a eu lieu à Nice, dans la basilique Notre-Dame de l’Assomption et ses alentours, causant la mort de trois personnes et plusieurs blessés. La Conférence des évêques de France annonce que les églises sonneront le glas aujourd'hui à 15 heures. En solidarité avec les victimes, RCF adapte ses programmes.

 

"Malgré la douleur qui les étreint, les catholiques refusent de céder à la peur"

 

une attaque terroriste islamiste

La première victime a été tuée à l'intérieur de la basilique Notre-Dame de l’Assomption, égorgée comme l'a été le Père Jacques Hamel, le 26 juillet 2016 à Saint-Etienne-du-Rouvray. Alors que le Parquet antiterroriste a ouvert une enquête, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, le président de la Conférence des évêques de France, se rend sur place dans l'avion d'Emmanuel Macron.
 

Le maire de Nice, Christian Estrosi, a déclaré que l'auteur de cet attentat a "répété Allah Akbar... alors qu’il était médicalisé sur place", ce qui indique qu'il s'agit d'un acte terroriste islamiste. Une attaque qui survient 13 jours après l’assassinat de Samuel Paty, le 16 octobre dernier à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).

 

Un communiqué de la Conférence des évêques de France

"C’est parce qu’elles se trouvaient dans la Basilique que ces personnes ont été attaquées, assassinées. Elles représentaient un symbole à abattre", déclare ce matin la Conférence des évêques de France dans un communiqué. "Malgré la douleur qui les étreint, les catholiques refusent de céder à la peur et, avec toute la nation, veulent faire face à cette menace traître et aveugle."

 

Prière pour les victimes de Nice

Ce jeudi 29 octobre à 15 heures, les églises de France sonnent le glas en solidarité avec les victimes de l'attentat de Nice. La Conférence des évêques de France publie une prière.

Ce jeudi 29 octobre à 15 heures, les églises de France sonneront le glas en solidarité avec les victimes de l'attentat de Nice. La Conférence des évêques de France publie une prière.

 

Prière pour les défunts et leur famille

Seigneur,

Nous te confions notre pays alors qu’il vient de connaitre un nouvel événement dramatique à travers l’assassinat de plusieurs personnes dans la basilique Notre Dame de Nice.

Ton Fils, sur la Croix, a crié le désespoir de notre humanité. Entends notre cri. Il nous entraine aussi dans sa résurrection. Qu’il nous enracine dans une authentique espérance.

Nous te prions pour les défunts et leur famille. Nous te confions leur douleur.

Nous te prions pour la communauté chrétienne et tous les habitants de la ville de Nice. Donne tout particulièrement aux catholiques d’être confortés et renouvelés dans leur témoignage évangélique.

À la veille de la Toussaint, que l’Esprit Saint fasse plus que jamais de nous des artisans de paix, dans la justice et la vérité.

Par l’intercession de Notre Dame, nous te prions.

 

"Le droit au blasphème blesse profondément", par Mgr Jean-Pierre Batut

Parole aux Églises

Pour Mgr Jean-Pierre Batut, ce qui exacerbe les tensions "c'est d'abord la surenchère de Charlie Hebdo dans la provocation, encouragée par nos gouvernants".

Nous sommes à nouveau endeuillés par l'odieux attentat qui a été commis hier, et qui plus est dans une église. Et nous nous demandons tous avec angoisse quand cela va-t-il cesser et que faudra-t-il pour que cela cesse définitivement. Alors faisons un retour en arrière : ce qui a exacerbé les tensions ces derniers jours ce n'est pas l'attentat contre Samuel Paty, ni même les rodomontades du président turc, mais c'est d'abord la surenchère de Charlie Hebdo dans la provocation, encouragée par nos gouvernants et d'abord par le premier d'entre eux.

Et pour quelle raison ? Uniquement par bravade. Encourager à la provocation dans un tel contexte ne relève pas du courage mais de la bravade. C'est non seulement stupide mais potentiellement meurtrier, car des personnes innocentes risquent de le payer de leur vie et cela a été le cas.

Je sais qu'on va m'accuser, en disant cela, de faire le jeu des islamistes et de baisser pavillon devant eux. Je récuse catégoriquement cette accusation et je vais essayer maintenant d'expliquer pourquoi. Notre société est de plus en plus pauvre en nuances, et raisonne de manière binaire. Elle se cramponne à deux affirmations : la première est la laïcité, avec le droit de croire ou de ne pas croire ; la seconde est la liberté d'expression, avec ce qu'on appelle le droit au blasphème. Mais comment le droit de croire et le droit de ne pas croire pourront-ils coexister de manière féconde en favorisant ce fameux vivre ensemble, dont on nous rebat les oreilles ? Peut-être par le dialogue, quand il est possible, mais certainement pas par le blasphème et l'insulte !

Qu'on le veuille ou non, le droit au blasphème oublie toujours de prendre en compte les personnes concrètes attachées à une religion ou à une manière de la vivre. Il est nécessairement contre-productif car il ne convainc que ceux qui sont déjà convaincus. Mais surtout, il blesse profondément. Même si certaines personnes ont une manière naïve ou irrationnelle de croire, cela justifie-t-il qu'on soit blessant envers elles ? 

En réalité, le droit de croire ou de ne pas croire, et le droit de critiquer ceux qui croient, ne peuvent exister qu'en relation à un devoir : celui de respecter autrui. Et qu'on ne vienne pas me dire que je plaide pour l'autocensure ! Depuis quand le tact et le souci de ne pas blesser relèveraient-il de l'autocensure ? Et si vous n'en êtes pas convaincus, je vous encourage lire saint Paul : "Si vous blessez la conscience de vos frères qui est faible, c'est contre le Christ que vous péchez." (1Co 8, 12) Il est difficile d'être plus clair !

 

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