[DOSSIER] Un an après les attentats de Paris

Un an après les attentats, qu'ont-ils fait de nous? Le vendredi 13 novembre 2015, des attaques terroristes étaient perpétrées à Paris et à Saint-Denis. RCF vous propose un dossier en mémoire des victimes et pour redire l'importance de la fraternité.

Un an après, ce que les attentats ont fait de nous

Le Temps de le dire

Depuis les attentats de Paris la menace terroriste est toujours présente dans les esprits. Demeure aussi ce problème de fond qui pousse des jeunes à la violence. Par Stéphanie Gallet.

Les attentats ont-ils changé notre rapport à la liberté? A l’égalité? A la fraternité? Il y a un an, la France découvrait que chacun pouvait devenir une cible. Avant il y avait eu Toulouse et Montauban en 2012, Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher en janvier 2015. Comme le dit Guillaume Goubert, on aurait dû penser alors que chacun était visé, mais on croyait à une attaque ciblant les juifs ou à une réaction contre la presse satirique. Le 13 novembre 2015 on a découvert que les victimes pouvaient être n'importe lesquels d'entre nous. Les attentats sont maintenant une réalité avec laquelle il nous faut vivre.
 

Les stigmates des attentats

Un an après, nos blessures ont-elles cicatrisé? Après le Bataclan et les terrasses des cafés des Xè et XIè arrondissement de Paris, il y a eu les attentats de Bruxelles le 22 mars, le meurtre des policiers de Magnanville le 13 juin, la tuerie sur la Promenade des Anglais à Nice le soir du 14 juillet, l'assassinat du Père Jacques Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray le 26 juillet... Si bien que "la cicatrisation n'est pas possible", pour Guillaume Goubert, qui observe une "israélisation de la vie française: on s'organise pour faire face au risque avec beaucoup de mesures de sécurité".
 

la peur des jeunes vs la défaite des politiques

Les 20-30 ans se demandent aujourd'hui qui ils sont. Dans "Les nouveaux enfants du siècle" (éd. Cerf), Alexandre Devecchio auscule la génération de ceux qui sont né autour de 1989. "Une génération qui a grandi avec la peur du déclassement." Une jeunesse en quête de son identité à qui on propose une culture "du vide". Une génération à qui on ne sait pas dire qui elle est. "On est à une époque où les réponses ne sont plus d'ordre technique", convient Guillaume Goubert.
 

"Ce qui peut soutenir l'espérance ce n'est pas de renforcer la peur, c'est de montrer des lieux et des situations où des gens s'engagent et font bouger les choses."

 

La peur qui mobilise, l'angoisse qui paralyse

Prendre des consciences des menaces cela peut réveiller, souligne le P. François Euvé, céder à l'angoisse, cela "paralyse". "Ce qui peut soutenir l'espérance ce n'est pas de renforcer la peur, c'est de montrer des lieux et des situations où des gens s'engagent et font bouger les choses." Du pire surgissant parfois le meilleur, certains se sont révélés dans ces épreuves. et on a vu augmenter le nombre de personnes s'engager dans des associations, dans la réserve de la police ou de la gendarmerie...
 

"Les questions de fond ne sont pas réglées."

 

les questions de fond toujours pas réglées

Il y a certes le devoir de mémoire ; il ne faut pas oublier non plus que "les questions de fond ne sont pas réglées", rappelle le P. Euvé, qui publie "Au nom de la religion?" (éd. L'Atelier). "C'est tout un climat, toute une absence d'horizon, de projet, qui peut pousser certains à des actions extrêmes." Du côté Guillaume Goubert ce mouvement de fond s'apelle aussi colère: une colère latente à laquelle "il faut vraiment faire attention".

"Il y a effectivement une crise de décivilisation occidentale", selon les mots d'Alexandre Devecchio. L'élection de Donald Trump, le vote extrémiste en Autriche, le Brexit... Autant de signes que le journaliste du Figaro analyse comme une "aspiration au retour des Etats nations: on est dans un double mouvement de fracturation qui peut entraîner un morcellement, il y a aussi un sursaut après le chaos, le retour d'une forme de patriotisme apaisé." Un période de "grandes transformations" qui incite en tout cas à la vigilence.

 

Bataclan: un an après l'attentat, la nécessaire fraternité

Grand Angle

La fraternité n'est pas une option. Un an après l'attentat au Bataclan, il appartient à chacun de réinvestir l'idée de fraternité. On en parle avec Christophe Henning.

A l'approche du triste premier anniversaire de l'attaque du Bataclan, c'est aussi l'heure de la fraternité. Si les peurs sont tenaces, les initiatives se multiplient pour favoriser la rencontre et le dialogue. La fraternité inscrite au fronton des mairies est-elle toujours une valeur nationale? Pour François-Xavier Maigre, elle "était devenue le parent pauvre de notre devise républicaine". L'attentat du 13 novembre est pour chacun un appel à redécouvrir et à réinvestir cette notion qui n'a rien de l'angélisme naïf.
 

 

"C'est très important d'apporter des fleurs à nos morts, c'est très important de voir plusieurs fois le livre d'Hemingway "Paris en une fête", parce que nous sommes une civilisation très ancienne, et nous porterons au plus haut nos valeurs, et nous fraterniserons avec 5 millions de musulmans qui exercent leur religion librement et gentiment, et nous nous battrons contre les 10.000 barbares qui tuent soi-disant au nom d'Allah."
Danielle Mérian, le 14 novembre 2015

 

"Cela me paraissait absolument indispensable que les musulmans ne soient pas les boucs-émissaires de l'affaire." L'intervention de Danielle Mérian du 14 novembre, lançant un appel à la fraternité, a rapidement fait le tour du web. "La fraternité je l'ai vécue", dit celle que ces quelques secondes d'intervention sur BFMTV ont rendue célèbre. 30 secondes qui sont en quelque sorte enracinées dans toute une vie. Danielle Mérian est une "enfant de la guerre de 40, de la guerre d'Algérie, traumatisée à 7 ans en découvrant les photos des camps de concentration". Voyant "ce que l'homme peut faire à l'homme", elle est devenue avocate.
 

La fraternité n'est pas une option.

 

On donne facilement la parole aux "prophètes du chaos", comme le dit François-Xavier Mairge, ceux qui mettent du côté des naïfs les artisans du dialogue. Or, la fraternité n'est pas une option, même si elle n'a rien de facile. Le Père François Euvé le rappelle en tout cas: "Il n'y a pas d'autre chemin pour traverser la violence et le mal qui resteront présents dans le monde: il n'y a pas de fatalité."

 

Attentats de Paris: qu’est-ce que l’état d’urgence ?

Suite aux attentats, le président de la République a décrété l’état d’urgence. Une situation qui lui accorde des pouvoirs particuliers, et qu'il souhaiterait prolonger pendant trois mois.

L’état d’urgence est un régime d’exception, qui doit être pris par décret adopté en conseil des Ministres. Ce qui a été le cas vendredi soir, dans la foulée des attentats perpétrés par des terroristes à Paris. L’origine de ce régime remonte à une loi votée en 1955, sous la présidence du général De Gaulle, pour faire face aux évènements d’Algérie.

L’état d’urgence peut être déclaré sur tout ou une partie du territoire, en cas de périls imminents résultants d’atteintes grave à l’ordre public, soit en cas d’évènements présentant par leur nature et leur gravité le caractère de calamité publique. L’état d’urgence donne notamment au préfet le pouvoir d’interdire la circulation des personnes ou des véhicules dans les lieux et aux heures fixés par arrêté, mais également de mettre en place des zones de protection.

L’état d’urgence permet également d’interdire le séjour sur le territoire, de toute personne identifiée comme pouvant entraver l’action des pouvoirs publics. Des assignations à résidence peuvent également être prononcées, tout comme l’instauration de couvre-feux. L’état d’urgence autorise également la fermeture de lieux publics.

Le préfet, chargé de mettre en œuvre l’état d’urgence, peut également décider des publications de la presse, des stations de radios et des chaînes de télévision ou encore des projections au cinéma. La justice est également déssaisie de certaines prérogatives. Ainsi les autorités administratives peuvent procéder à des perquisitions de jour comme de nuit, et la justice militaire peut même être déclarée compétente.

François Hollande a décrété l’état d’urgence vendredi soir. Ce régime d’exception court sur les douze jours qui suivent. Pour le prolonger, le Parlement doit voter une loi qui fixe la nouvelle échéance. En 2007, le comité Balladur chargé de la révision de la Constitution avait proposé l’inscription de l’état d’urgence aux côtés de l’état de siège, figurant à l’article 36. François Hollande souhaiterait reprendre cette proposition, dans la révision de la Constitution qu’il a présentée lundi aux parlementaires, réunis en Congrès à Versailles. 

Qui sont les djihadistes? Une typologie par Olivier Roy

Qui sont les djihadistes? Une typologie par Olivier Roy

Pour Olivier Roy, la violence terroriste n'est pas nouvelle. Ce qui est nouveau c'est que "la mort est au cœur du projet terroriste d'aujourd'hui".

Vouloir la mort, comment est-ce possible? Coment cela peut-il être un objectif? La présence des djihadistes dans la société contemporaine nous sidère. Puis nous interroge. Peut-on cerner ce qui caractérise ce basculement dans la violence, que l'on nomme radicalisation? Pour Olivier Roy, auteur du "Djihad et la mort" (éd. Seuil), la violence terroriste n'est pas nouvelle. Mais ce qui est nouveau c'est que "la mort est au cœur du projet terroriste d'aujourd'hui".
 

"Daech joue sur tous les codes de la culture jeune d'aujourd'hui"

 

"Centralité" de la mort

Le tournant, Olivier Roy le situe en 1995, avec l'affaire Khaled Kelkal à Villeurbanne. Avant cela, "les terroristes faisaient tout pour tuer sans être tués". Depuis ils "se font tuer ou bien attendent que la police les tue". Ce qui fait dire à Olivier Roy que chez les terroristes comme chez les djihadistes il y a une "centralité de la mort".

La question n'est pas tant le désir de révolte que celle de l'attentat suicide dans un cadre religieux. Pourquoi vont-ils vers "ce grand récit que Daech a mis au point en faisant l'apologie de la mort la mise en scène de la violence et de la cruauté"? Pour Olivier Roy "Daech joue sur tous les codes de la culture jeune d'aujourd'hui". En réponse à un sentiment de manque de reconnaissance, Daech offre un modèle d'héroïsme directement inspiré des jeux vidéo: pouvoir de vie et de mort, pouvoir de domination sexuelle.
 

"La carte du djihad ne se superpose pas exactement à la carte des quartiers difficiles"

 

qui sont les terroristes?

Parmi les terroristes et djihadistes, on trouve 60 à 65% "de seconde génération, c'est-à-dire des enfants d'immigrants de religion musulmane". Les convertis atteignent eux les 25% dès la fin des années 90. Une part qui a tendance a augmenté. Depuis environ trois ans, des femmes rejoignent Daech. La plupart des terroristes ayant agi en France et en Belgique sont des "petits délinquants". "Et pratiquemment aucun de ces jeunes n'a de formation religieuse", notre Olivier Roy, qui ajoute: "La carte du djihad ne se superpose pas exactement à la carte des quartiers difficiles."

 

Un an après les attentats, le Bataclan va rouvrir

Un an après les attentats, le Bataclan va rouvrir

Quasiment un an jour pour jour après les dramatiques attentats du 13 novembre, la salle de concert parisienne va rouvrir ses portes, samedi, avec un concert du chanteur Sting.

Les impacts de balles, les corps étendus et le sang ont disparu de la grande salle du Bataclan. Mais les souvenirs sont toujours vifs dans la mémoire collective, et surtout dans celle des rescapés. Néanmoins, près d'un an après les dramatiques attentats du 13 novembre, le Bataclan s'apprête à ouvrir ses portes au public. Samedi, c'est le chanteur Sting qui donnera le premier concert après l'attentat qui coûta la vie à 90 personnes, l'an dernier.

Un concert qui va se jouer à guichet fermé. Les places mises en vente cette semaine se sont d'ailleurs toutes écoulées en moins d'une demi-heure. Dans le public il y aura une délégation d'officiels mais aussi et surtout des blessés, des rescapés, et des proches des victimes. Cela dit, parmis les familles de victimes ou les rescapés, certains ne pourront pas être présents.

C'est ce qu'explique Carole Damiani, psychologue. Elle accompagne les rescapés du 13 novembre et leurs familles. Elle est la directrice de l'association Paris aide aux victimes. 

A noter que la star britannique, qui sort vendredi 11 novembre un nouvel album , a refusé de prendre un cachet pour ce concert. Les recettes du show seront d'ailleurs intégralement reversées à deux assosications de victimes du 13 novembre.  Un millier de places étaient mises en vente pour cette réouverture symbolique, et très attendue.

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