Covid-19: doit-on parler d'une décroissance forcée?

Présentée par PR-20547

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La chronique Écologie

mardi 28 avril à 7h20

Durée émission : 3 min

Covid-19: doit-on parler d'une décroissance forcée?

​Les mesures gouvernementales « pour l’après » commencent à paraître et font évidemment parler : se dirige-t-on vers davantage de décroissance ?

Pour paraphraser un membre du gouvernement, le monde de demain est censé garder les mêmes bases que celui d’hier avec des avions et des voitures à gogo, une croissance entièrement fondée sur la ponction croissante sur les ressources de la planète, bref on reste sur notre élan, sur ce qu’on sait faire. On sait tous que les conséquences du changement climatique et de la perte de biodiversité feront passer la pandémie pour une plaisanterie, mais on n’a toujours pas l’imagination pour penser d’autres moteurs de développement. Notre époque parle sans arrêt d’innovation, mais tout ce qu’on invente depuis 150 ans, c’est des voitures toujours plus grosses, du nucléaire ou du solaire au lieu du charbon mais le paradigme reste tristement le même.

Est-il vrai que les écologistes ou les collapsologues se réjouissent de cette décroissance forcée ?

Je n’en ai pas vu. Ce qui se passe, ce n’est pas ce qu’on appelle en politique la décroissance. Nous vivons une panne brutale de toute l’économie, sans avoir rien planifié, sans avoir choisi ce qui ralentit, s’arrête ou au contraire se développe à la place, nous voyons les activités vitales aussi perturbées que les autres, à cause d’une contrainte extérieure, du domaine du biologique, de l’écologique. C’est exactement ce que les tenants de la décroissance veulent arriver à éviter. La société sobre dont rêvent les écologistes n’est pas une utopie, elle s’impose à cause des limites planétaires. Le but, c’est une mise en place, anticipée, planifiée, progressive pour échapper aux chocs. C’est le contraire d’une démarche opportuniste qu’on lancerait sous la pression des événements. Dire que ce que nous vivons actuellement réjouisse qui que ce soit, ou que ça donne une image de ce que serait une société de décroissance, c’est un contresens complet.

Mais ceux qui demandent à fermer les lignes aériennes intérieures le font sous la pression de l’événement ? Oui et non, parce que ça fait longtemps que c’est une proposition écologiste de renoncer à l’avion pour les trajets qui prennent deux heures en train. Nous sommes obligés de faire des choix sous pression en ce moment, puisque cette pression existe. On pourrait dire en effet que ce n’est pas le bon moment, du coup, pour lancer une transition. Mais ce qui me frappe c’est que ce n’est jamais le bon moment. Quand tout va « bien », on ne voit aucune nécessité de changer et quand tout va mal, les politiques, les entrepreneurs veulent d’abord restaurer l’antérieur. On le connaît, on le maîtrise bien. C’est oublier que le contexte change, la planète change sous nos pieds et c’est ce qui rend notre référentiel caduc. Donc même dans l’urgence, il faut nous projeter sur le long terme et appréhender ce changement sous peine de voir nos mesures tomber à plat.

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Le présentateur

Johannes Herrmann

ornithologue, auteur avec Mahaut Hermann de La Vie Oubliée Crise d’extinction Agir avant que tout s’effondre Edition Première partie Membre de la rédaction de la revue Limite http://revuelimite.fr/ sur Twitter : @Taigasangare