Financement des religions: "nous vivons une laïcité par ricochet" estime Mgr Ribadeau-Dumas

8 novembre 2018 Par

Mgr Olivier-Ribadeau Dumas a estimé qu'une mesure destinée à mieux encadrer le financement de l'islam ne devrait pas concerner les autres religions, transparentes à ce sujet.

La loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État pourrait être amendée pour réguler l'islam. Le quotidien "L’opinion" a dévoilé lundi dernier les pistes d'un avant-projet de loi pour faciliter la transparence du financement des cultes. Le gouvernement vise en particulier l’islam en France, qui bénéficie de fonds issus de pays du Maghreb ou du Golfe.

Le texte prévoit notamment de rendre obligatoire la tenue de comptes annuels par les associations religieuses, et de soumettre à déclaration les dons étrangers de plus de 10.000 euros. L'administration pourrait aussi refuser un don si le lieu de culte favorise les appels à violence.

"Dans les contacts réguliers que j’ai avec les pouvoirs publics, aussi bien le ministère de l’Intérieur que les services du Premier ministre m’avaient informé il y a quelques temps que ce projet de loi sur les cultes était en chantier. Donc je ne suis pas étonné que l’on en parle aujourd’hui. J’attends de voir exactement les mesures qui seront proposées" explique Mgr Ribadeau Dumas, le porte-parole de la Conférence des Evêques de France.

"J’ai eu un contact avec le ministère de l’Intérieur qui m’a indiqué que ce qui a été dit ne serait peut-être pas dans le projet de loi. Il faut donc être très attentif à ne pas se prononcer sur ce qui n’est encore que des rumeurs. Il y a deux points qui me semblent peut-être importants : il ne faut pas qu’un tel projet de loi ravive des querelles sur la laïcité dans notre pays. La deuxième chose, c’est que la question des ressources des cultes est une vraie question, y compris pour le culte catholique" ajoute-t-il.

"Aujourd’hui, pour l’Église catholique, pour ce qui est du contrôle de nos financements, tout semble assez clair. Nos comptes sont publiés, ils sont contrôlés. Je ne pense pas qu’il y ait de souci pour nous. Et je ne souhaiterai pas qu’un durcissement des mesures pour une religion particulière impose un durcissement pour les autres cultes, lesquels sont bien encadrés. Nous vivons parfois une laïcité par ricochet. En voulant prendre des mesures pour un culte, ce sont finalement tous les cultes qui sont touchés" conclut Mgr Ribadeau-Dumas en parlant de l’islam.
 
Pour favoriser l'autonomie financière des cultes, des exceptions pourraient par ailleurs être introduites à l'interdiction de financement public des cultes, pour la restauration des édifices religieux.

Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, porte-parole de la Conférence des Evêques de France:

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