Gilets jaunes: une France en colère

© Des gendarmes mobiles face à des gilets jaunes sur la place de l'Etoile à Paris. ALAIN JOCARD AFP 12/2018

Depuis plusieurs semaines, la contestation des gilets jaunes ne cesse de prendre de l'ampleur. Aujourd'hui, Etat et manifestants se font face, et toute tentative de dialogue semble illusoire.

​Gilets jaunes : gare au chaos !

L'édito de Tugdual Derville

Chaque vendredi Tugdual Derville propose son éditorial.

Le mouvement des "gilets jaunes" me paraît typique de l’histoire de France. Il me fait penser aux jacqueries du passé qui enflammaient le peuple exaspéré par le pouvoir central. L’ancien régime se finançait par la fameuse gabelle, l’impôt sur le sel, en monopolisant son stockage et sa distribution. Denrée nécessaire, le sel jouait le rôle de notre essence, rapportait d’indispensables revenus à la couronne… et provoquait des rébellions. Notre histoire est émaillée d’émeutes liée au sel. Connaissez-vous les Bonnets rouges ? Pas ceux qui ont fait reculer l’écotaxe, mais ceux de 1675. Déjà en Bretagne, ils contestaient les taxes sur les timbres, le tabac et le sel. Plus tôt, la gabelle avait provoqué la révolte des Nus-pieds en Normandie. Cet impôt, déjà complexe, générait des exemptions, des fraudes et une économie parallèle. Sa suppression pouvait ruiner des milliers de malheureux qui vivaient du trafic. Sur ce plan, le relais semble pris par le tabac et le cannabis.

Rien de nouveau donc sous le soleil avec nos gilets jaunes. Les réseaux sociaux ont tout de même permis à cette jacquerie d’être générale, flexible, presque impossible à canaliser. Les protestataires se sentent pressurisés et méprisés ; aucun corps intermédiaire pour les représenter ou réguler la violence. Quand on sait celle qu’un conducteur peut générer avec son véhicule, on ne s’étonne ni des morts, ni des blessés car ce sont des êtres humains fragiles qui barrent les routes. Je ne sais pas si cette idée est aussi « géniale » que l’a dit le député Lassale après avoir arboré le jaune fluo dans l’hémicycle. En voyant des scènes opposant les mêmes concitoyens – je veux dire ceux qui ont les mêmes difficultés, et qui se sentent abandonnés par les élites parisiennes – les uns tentant de se rendre à leur travail en voiture, les autres tentant de les en empêcher, en entendant les altercations devant des forces de l’ordre débordées, j’ai pensé à Ravagede Barjavel. Ce roman d’anticipation décrit une France sombrant dans l’anarchie puis la barbarie, à partir d’un incendie catastrophique. Pillages, massacres, règlements de comptes.

Nous en sommes capables, autant aujourd’hui qu’hier. Comme au temps des guerres de religion, de la Terreur et, plus récemment, pendant l’occupation nazie ou au moment de l’épuration qui suivit la Libération. Brutalité, vengeance, justice expéditive. Le peuple manque de repères. Certains n’ont rien à perdre. Les cités sont hors-la-loi. Nos chefs sont déconsidérés. Gare au chaos ! Et place aux bâtisseurs de paix.

Attention : ceci n'est pas une photo des gilets jaunes !

Attention : ceci n'est pas une photo des gilets jaunes !

Ce vendredi David Groison revient sur une photo qui a été beaucoup partagé sur les réseaux sociaux mais c'est une "fake news" !

C’est une image postée le 17 novembre à 23H43 sut Twitter. Le samedi soir de la première journée de mobilisation donc. Un message : « Bonjour Emmanuel Macron, Juste pour en avoir le cœur net : combien voyez-vous de #GiletsJaunes sur cette image ? » La photo qui l’accompagne est impressionnante. Des centaines d’hommes et de femmes en gilets phosphorescents, qui débordent sur des voies d’autoroutes vidées de leurs voitures. Ils sont sur le bitume, sur le terre-plein central, sur les bas côtés. Le photographe est un peu en hauteur, sûrement sur un pont. Il nous permet de voir la scène d’en haut. Et d’appuyer ainsi la perspective. Les deux voies toutes droites semblent infinies. Le point de fuite est au centre de l’image. Et les manifestants semblent innombrables eux-aussi.
 
C’est la masse qu’ont cherché à montrer les manifestants. C’est la masse qu’ont voulu montrer les journalistes. Et c’est cette même masse qu’a cherché à minimiser le gouvernement. Là, c’est un internaute anonyme qui a posté le premier cette image. D’ailleurs, c’est amusant : le premier plan de cette photo est plutôt vierge de gilets jaunes. C’est le bitume que l’on voit. De quoi minimiser la foule ? Non, au contraire ! Cela permet de situer le contexte : une photo où l’on aurait des gilets jaunes du sol au plafond aurait moins de force finalement, car on ne serait pas les situer.
 
Mais c’est une photo qui date du 1er février 2014 et prise lors d’une manifestation de travailleurs frontaliers dans le Haut-Rhin, à Saint Louis. C’est l’auteur de la photo d’origine, Monsieur Massart qui a contacté l’AFP pour leur fournir les originaux et les aider à corriger cette fake news – grâce à leur excellent compte AFP Factuel, qui permet de corriger les images truquées, les infos bidonnées.
 
Alors bien sûr, on voit des gilets orange dans la foule. C’est étrange. Mais bon… Dans toutes les manifestations, il y a des gens qui ne respectent pas scrupuleusement la consigne. C’est bel et bien le problème des photos qui circulent ainsi sur les réseaux sociaux : on peut facilement changer une légende, un contexte et leur donner un tout autre sens. Et notre œil est incapable de le repérer. Une autre image censée représenter les gilets jaunes à Clermont Ferrand, sur la place de Jaude a été partagée plus de 100000 fois ! C’est une photo prise le 13 mai 2017, qui représente la foule des supporters du club de rugby de Clermont, pour la finale de la Champions Cup. Ils portent le maillot jaune de l’ASM Clermont Auvergne. Vu d’en haut, encore une fois, c’est une marée jaune.

Mais pour être complet, on a aussi vu l’inverse : des photos d’un gilet jaune isolé sur un carrefour d’un petit village, ou de trois personnes place de la République à Paris. Ce qui me fait conclure : une image sans légende ne délivre aucune information. Et quoiqu’on en pense, les légendes vérifiées, les plus exactes, les plus factuelles, et bien, ce sont les journalistes qui sont allés faire ces photos qui nous les donnent.
 

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​Raidissement général

Regard politique

Chaque mercredi François Ernenwein vous propose son éditorial politique.

Va-t-on vers la fin de la révolte des « gilets jaunes» ?

Pour l’instant, le gouvernement ne semble pas disposé à lâcher grand-chose face à la fronde des « gilets jaunes ».  Pour deux grandes raisons : la première, évidente, est qu’il considère que la fiscalité environnementale a un sens pour lutter contre le réchauffement climatique; la seconde, moins visible, est que les « gilets jaunes » constituent un électorat d’ores et déjà perdu pour le président de la République et la République en marche. Ils n’ont donc rien à attendre de ces populations aujourd’hui révoltées.

Ainsi, un fort sentiment de blocage l’emporte toujours quelques jours après le 17 novembre.  Chacune des parties tient son cap… Des « gilets jaunes » ont décidé de poursuivre des opérations sur les autoroutes et aussi dans des dépôts pétroliers. Mais avec une mobilisation beaucoup plus faible que celle de samedi dernier.

D’où vient cette obstination ?

Le fait que leur colère ait été entendue selon les termes du premier ministre dimanche soir n’a pas modéré l’ardeur de certains d’autant que premier ministre a indiqué que le gouvernement tiendra le « cap » qu’il s’est fixé.  Le mouvement a pris de l’ampleur à la Réunion où un couvre-feu partiel a été instauré dans la moitié des communes. Deux appels à «bloquer» Paris depuis la place de la Concorde samedi 24 novembre circulent  largement relayés.

La révolte est évidemment bien plus large que la seule protestation contre le prix des carburants. Si le mouvement a pu prendre cette ampleur, c’est parce qu’il se nourrit par des craintes profondes dans des pans entiers du territoire national et dans de nombreuses catégories sociales qui pensent faire les frais des réformes engagées. Les peurs du déclassement social, de perte de pouvoir d’achat ont nourri la contestation

La situation est donc bloquée ?

L’épreuve de force s’est poursuivie lundi et mardi autour de barrages que les forces de l’ordre ont eu pour consigne de dégager. Le ministre de l’Intérieur a dénoncé la « dérive totale » des manifestations. Cette spirale ne dessine pas nettement une issue. Elle peut même donner le sentiment d’une impasse dangereuse pour les « gilets jaunes », le pouvoir et les forces de l’ordre.
Des offres ont été pourtant formulées afin de renouer le fil du dialogue. Dès samedi,  le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, avait appelé Emmanuel Macron  à «réunir très rapidement» syndicats, patronat et associations «pour construire un pacte social de la conversion écologique ». Il s’est heurté à une fin  de non-recevoir nette et claire, formulée dimanche soir par Edouard Philippe. Mais Emmanuel Macron a affirmé mardi que « c’est dans le dialogue qu’on peut en sortir »

Va-t-il débuter ?

Le paysage ne pourra en effet rester éternellement figé. Afin de contenir les rancœurs, le gouvernement devra  évidemment réduire le fossé entre la vie dans les grandes métropoles et le reste du territoire (le périurbain, le monde rural…) qui se sent abandonnés par les  pouvoirs publics (fermetures d’hôpitaux, de dessertes de transport, désertification des centres-villes). Personne ne peut se satisfaire de l’installation de deux France séparées et de plus en plus antagoniques.

La fonction du pouvoir en général et du président de la République est de maintenir l’unité. Elle impose de rassurer ceux qui craignent pour leur avenir. Non pas en  cédant à des exigences souvent contradictoires – moins d’impôts et plus de services publics – portées par les « gilets jaunes » et certains mouvements extrémistes. Une solution existe : organiser en France  par de solides péréquations, un  partage beaucoup équitable de notre richesse nationale

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"Nous ne nous rencontrons plus"

L'édito de Mgr Benoist de Sinety

Chaque jeudi Benoit de Sinety vous propose son éditorial.

LE RADIO DON RCF, DU 19 AU 25 NOVEMBRE 2018 - Chaque année, RCF vous propose de vivre une semaine exceptionnelle à nos côtés, une semaine de mobilisation pour votre radio chrétienne. Saviez-vous que seulement un auditeur sur 10 donne à RCF ? Votre don est essentiel, nous comptons sur votre générosité. Merci pour votre soutien ! 
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Contrairement au XXè siècle où les élites avaient tout intérêt à régler les problèmes des pauvres parce qu’ils étaient militairement et économiquement vitaux, au XXIè siècle la stratégie la plus efficace pourrait être de se débarrasser des classes populaires et de pans entiers des classes moyennes pour permettre aux plus riches de vivre « à fond » : c’est par ce résumé du livre à la mode de Yuval Noah Harari, « Homo Deus, une brève histoire de l’avenir » que la Fondation Jean Jaurès achève la présentation de son rapport intitulé : « 1985-2017 : quand les classes favorisées ont fait sécession ».

Les chiffres sont lapidaires : en trente ans, à Paris tandis que le nombre d’employés et d’ouvriers était divisé par deux, celui des professions intellectuelles et des cadres doublait.  Et les chiffres sont assez comparables dans la plupart des grandes villes comme Lyon, Nantes ou Toulouse. Dans les centres, les derniers quartiers où sont cantonnés les plus modestes sont de plus en plus circonscrits tandis que se dilate l’espace où prennent place les plus aisés.

Ces chiffres traduisent, entre autre, le divorce qui semble s’opérer dans notre société : nous nous connaissons de moins en moins les uns les autres car nous ne nous rencontrons plus. La fin du service militaire qui, quoiqu’on en dise permettait à 70% des hommes d’une même classe d’âge de vivre ensemble pendant un an, comme la disparition progressive des colonies de vacances, n’arrangent rien à cela. Si le quartier, l’école, les loisirs, ne permettent plus ces rencontres, le risque est grand de nous voir grandir les uns à côté des autres, nous regardant d’un œil méfiant pour ne pas dire défiant, tout en cherchant à se préserver et donc à cultiver un « entre soi » mortifère.

Les grands stades de foot, où se pressent chaque dimanche des dizaines de milliers de personnes sont eux aussi des lieux témoins de cette évolution. Sport populaire promu en religion mondiale, les tribunes désormais distinguent les riches des pauvres, comme les escaliers qui y mènent. Ce clivage entre la France d’en-haut et celle d’en bas énoncé à la suite du premier tour des Présidentielles de 2002, doit être pour l’Eglise un appel puissant. Sous nos clochers, qu’il n’y ait ni place réservée, ni ostracisme d’aucune sorte.

Quel défi pour chaque chrétien de se sentir appelé à avancer à contre-courant de ces faux prophètes de la modernité. SI nul n’est étranger pour Dieu, alors nul ne doit être étranger pour les disciples du Christ : ayons soif de rencontrer, de connaitre, d’accueillir… Dans une société qui se morcelle et considère l’autre d’abord comme un problème à régler ou comme un risque potentiel, que les chrétiens soient les prophètes de la seule vraie fraternité, celle que Dieu établit entre tous.

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Marcher pour le climat ou marcher pour de l’essence moins chère ?

La chronique Écologie

Chaque mardi Cyrille Frey vous propose sa chronique écologie dans la Matinale.

Nous allons parler gilets jaunes et contradictions françaises autour du gasoil.

Bien sûr, il n’y a pas grand-chose d’écologique dans la décision du gouvernement de taxer un peu plus le gasoil. En tout cas on ne voit pas trop la cohérence quand dans le même temps Emmanuel Macron annonce travailler avec Donald Trump pour du pétrole moins cher, et qu’on ferme des lignes de chemin de fer. On n’est clairement pas dans une orientation politique de décarboner l’économie. Mais on est en droit de s’interroger sur ce que signifie, en l’espace de quelques semaines, alterner marches pour le climat et mouvement pour de l’essence moins chère.

Autrement dit les gilets jaunes seraient de mauvais écolos ?

Bien sûr que non, c’est beaucoup plus compliqué. Nous héritons d’un monde totalement dépendant du pétrole et qui en sort très lentement. Mais on se retrouve avec une société clivée, des territoires clivés entre ceux qui ont un peu de marge de manœuvre pour commencer à décarboner leur vie et ceux qui ne peuvent pas. Le gros problème d’une politique de taxes plutôt qu’un vrai plan de sortie de la dépendance au pétrole et à ses dérivés, c’est qu’elle va mettre dans l’impasse les plus vulnérables. Il y a bien sûr les ruraux pour qui la voiture est une obligation parce que les services publics disparaissent à toute vitesse de leur territoire, aux petits professionnels qui ont besoin d’un véhicule pour travailler. Cette mesure les place en situation de coupables face à des citoyens plus privilégiés qui ont la possibilité d’échapper au tout voiture. Cette mesure qui n’a même pas vraiment de but écolo risque d’encore diviser la société et aggraver l’image d’une écologie pour riches citadins qui piétine les plus fragiles.

Finalement ce serait un problème d’approche inadaptée.

Oui, parce que cette taxe c’est à peu près la pire manière de se demander quel monde on veut pour demain. A terme, et même assez vite, il faut de toute façon qu’on sorte du pétrole parce que le pétrole abondant et pas cher c’est fini. Fut un temps, en consommant l’énergie d’un baril on en extrayait 100, aujourd’hui c’est moins de 5. Même si ses prix s’envolent, le pétrole est physiquement de moins en moins accessible. Et nous n’avons pas tous l’excuse d’être 100% contraints dans nos consommations. 50% des trajets domicile-travail faits en voiture font moins d’un kilomètre ! Il nous faut tous individuellement et collectivement sortir du gasoil. Ça veut dire que ceux qui peuvent ne doivent pas attendre, et qu’il faut exiger aussi les choix politiques courageux pour aller vers un monde où la pétrochimie (pas seulement le gasoil) ne coulera plus à flots.

"Le déclin du courage"

L'édito du Père Antoine Guggenheim

Antoine Guggenheim vous propose son édito et son analyse de la colère sociale en France.

"Le déclin du courage est peut-être ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui". Ces quelques mots d’Alexandre Soljenitsyne sont à méditer aujourd’hui (Discours de Harvard 1978).

La violence des anarchistes de droite et de gauche existera toujours. Elle se répand aujourd’hui rapidement à cause de l’entre-soi et du présentisme des réseaux sociaux. Mais quand des gilets jaunes pratiquent la même violence : c’est n’importe quoi ! Manque de courage ?

La violence, c’est la sortie de la politique. La violence est odieuse. La politique construit la paix par la justice. Si la population est majoritairement derrière le mouvement, comme on le dit, la violence est complètement illégitime. L’appel à la violence physique, psychique ou spirituelle, est une atteinte à la dignité humaine. La menace de violence est un crime. Manque de courage ?

Dire, comme certains : "la violence, les destructions de biens privés ou publics, les blessés, les morts, c’est la faute du gouvernement !", c’est n’importe quoi. Comment des adultes peuvent-ils dire cela ? Comment vont-ils éduquer leurs adolescents alors, qui sont souvent dans ce déni de responsabilité ! Reconnaître ses responsabilités, reconnaître ses fautes elles-mêmes, c’est le premier pas de la justice réparatrice dont nous avons tous besoin. Manque de courage ?

Si le mouvement est majoritaire dans le pays qu’attendent les syndicats pour inviter à la grève générale ? Ils contribueraient ainsi à chercher une sortie par en-haut, à transformer en une crise politique et sociale un mouvement qui se prétend majoritaire et se comporte en minorité insurrectionnelle. Manque de courage ?

Qu’un ministre ait un salaire de 7 Smic, qui trouvera cela anormal ? Pas moi. Mais qu’un chef d’entreprise, et son staff, aient des salaires de 100 Smic, 500 Smic ou 1.000 Smic : comment l’accepter ? Comment le concevoir ? Où vont-ils vivre pour échapper au sentiment d’injustice dont ils sont l’objet, quand il n’y a plus aucune mesure sensée à l’inégalité de salaires ? Où vont-ils installer leurs usines ? Où vont-ils éduquer leurs enfants ? Où vont-ils se faire enterrer ? Manque de courage ?

L’Etat, tous pouvoirs confondus, ne sait pas se réformer. Nos autorités démocratiques exercent leur mission, juste et nécessaire, dans une verticalité insupportable et contre-productive. Alexis de Tocqueville en avertissait pourtant déjà ses lecteurs, la démocratie peut être plus autoritaire et centralisatrice que la monarchie. Manque de courage ?

Les plateaux télé sont ouverts à tous et s’enrichissent de l’intelligence des Français qui ne font pas partie du cercle des experts : quel souffle ! On voit le monde différemment quand on ne gagne 5.000 euros par mois. Mais que des éditorialistes patentés écoutent des propos apocalyptiques sans répliquer, voire avec empathie, quel épuisement spirituel ! Manque de courage ?

Et les chrétiens dans tout ça ? Qu’ont-ils appris du Christ pour éclairer les consciences, être lumière du monde et ferment dans la pâte au milieu de ces violences ? L’attitude spirituelle que nous sommes appelés à vivre et à faire rayonner, ce n’est pas celle de l’Apocalypse, et de sa violence toujours à convertir, mais celle de l’Avent, douce lumière qui vient habiter l’obscurité de la nuit. Travailler à faire grandir la lumière qui vient, y compris à travers cette crise, qui est aussi spirituelle, c’est travailler à l’avènement d’un avenir plus humain à construire ensemble, au-delà des exclusions.

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​S’inquiéter de l’autre

L'édito de Sr Véronique Margron

Chaque mardi Véronique Margron vous propose son éditorial.

Devant ce qui s’est passé samedi dernier en France à Paris surtout, mais ailleurs aussi, comme déchaînement d’une violence sans limite, nous sommes désemparés, au-delà de toute compréhension des requêtes de justice sociale des gilets jaunes.

Me revient le titre d’une livre d’Emmanuel Hirsch, philosophe et éthicien, Le soin, une valeur de la République. Un livre parut en 2016 et écrit dans le questionnement abyssal provoqué par les attentats de 2015.
Ce dont il parle c’est l’engagement souvent à mains nues, de toutes ces vigies de notre démocratie qui préservent ce lien à la vie, quand il est par ailleurs menacé de rompre quand une barbarie, sous quelque forme qu’elle se manifeste, risque d’anéantir notre exigence de dignité. Ces soignants de toutes natures, professionnels, bénévoles, aidants, proches, ne peuvent déserter, alors que tant d’autres ont abdiqué.
 
S’inquiéter de l’autre est alors au cœur du pacte républicain. Il y a quelques jours, le quotidien Libération organisait à Paris un forum "la santé à cœur ouvert", autour d’une table ronde de philosophes, anthropologues, écrivains et médecins. La santé, non au sens technoscientifique, mais en sa dimension la plus humaine, la plus essentielle et primordiale, cette relation discrète et fondamentale qui unit le personnel soignant au malade. Une relation qui en dit long, disaient les intervenants, sur les valeurs que porte une société, car finalement "le soin c’est une manière d’habiter le monde", selon la philosophe Cynthia Fleury.

Le soin, c’est ce qui fait que chacun de nous se sent encore unifié malgré la maladie et la souffrance. C’est ce qui fait que notre corps social ne se fragmente pas, malgré les profondes détresses des uns. Le soin, c’est refuser de séparer les vulnérables -par la maladie, la vieillesse ou par l’appauvrissement - des autres. Le soin, c’est refuser de renoncer. C’est rendre à chacun son histoire, et rendre possible une histoire. Alors en ces heures sombres, supplions que tous, politiques, gilets jaunes, citoyens de tous milieux et de toutes sensibilités, croyants ou non, aient au cœur cettenécessaire inquiétude active de l’autre. Et prenons notre part.
 

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Face aux gilets jaunes "il n’y a qu’une seule voie : celle de la vérité partagée"

La chronique des EDC

Dans son éditorial Jean-Marie Valentin vous propose une réflexion pour expliquer les causes de la tension sociale persistante.

Comment comprenez-vous la crise des gilets jaunes ?

C’est une crise de confiance qui procède d’une crise de la vérité. Le fait de lier "hausse d’impôts" et transition écologique est une entorse à la vérité. C’est un peu comme si on nous disait qu’augmenter la TVA sur la baguette de pain allait solutionner la faim dans le monde. Alors les gens disent "stop on n’a plus confiance, on ne sait pas sur quoi repose vos décisions mais certainement pas sur la vérité". Et tout est remis en question jusqu’à la légitimité du chef.

Quel est le rapport avec l’entreprise ?

Cette situation est très proche de celle que l’on rencontre dans les conflits sociaux. Lorsque j’étais avocat j’ai eu l’occasion d’intervenir à plusieurs reprises dans le cadre de restructurations à forts enjeux sociaux, notamment aux côtés des représentants des salariés. Des restructurations qui donnaient lieu à des conflits, des occupations d’usines et des séquestrations de dirigeants. Et je me suis aperçu que bien loin des caricatures, le principal moteur de ces conflits sociaux violents était le rapport à la vérité.

Comme lorsqu’une fermeture d’usine est clairement un arbitrage compétitif en faveur d’une autre usine dans le monde à plus faibles coûts et que la direction déroule des éléments de langage que tout le monde sait faux pour expliquer le contraire. J’ai vu des représentants des salariés devenir fous de voir en face d’eux des managers de transition leur raconter des bêtises avec une sorte d’arrogance qui signifiait : vous pouvez toujours gueuler, cette fermeture aura lieu, c’est pour ça qu’on nous paie. Et le pire, c’est que ces managers étaient finalement satisfaits de rendre fous les représentants des salariés puisque cela leur permettait de dénoncer leur radicalité et leur incapacité à comprendre le monde. Comme aujourd’hui, le gouvernement face aux gilets jaunes.

Et comment sort-on de ce genre d’impasse ?

Pour sortir de l’impasse selon les principes qui nous animent, il n’y a qu’une seule voie : celle de la vérité partagée. Et celle-ci implique 3 choses :
La première : l’acceptation - par ceux qui dirigent - que la vérité puisse être celle de l’autre, qu’il soit gilet jaune ou représentant des salariés. Le dirigeant se faisant contemplatif : personne n’ayant à lui seul le monopole du bien commun.
La deuxième chose est la considération - de ceux qui dirigent - pour l’autre, en commençant par les plus fragiles, le dirigeant se faisant serviteur pour les affirmer dans leur dignité.
Enfin, il faut un chef en première ligne, capable d’aimer l’autre comme nous le rappelle le général de Villiers dans son dernier ouvrage, avec la pleine autorité pour décider et engager en conséquence les voies et moyens nécessaires, le dirigeant se faisant subsidiaire pour faire grandir la communauté dont il a la charge. C’est en trouvant cette voie de vérité que l’on forme une véritable communauté de travail en situation de crise et j’imagine une véritable communauté nationale.

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Gilets jaunes: "il y a un déficit de dialogue dans la société" pour Mgr Ribadeau-Dumas

Gilets jaunes: "il y a un déficit de dialogue dans la société" pour Mgr Ribadeau-Dumas

La colère des gilets jaunes ne faiblit pas. Face à cette mobilisation, qui a donné lieu à de nombreux débordements, l'Eglise de France réagit.

Gilets jaunes: une colère qui ne faiblit pas

Depuis plusieurs semaines la colère des gilets jaunes déstabilise la France. L’Eglise catholique en retrait jusqu’à présent, commence à s’exprimer par la voix des évêques et des représentants des mouvements.

Le 21 novembre dernier, Mgr Aubry, évêque de Saint-Denis à la Réunion, où la contestation est très vive, a publié un texte intitulé : "Les gilets jaunes et les casseurs, causes et remèdes". Le 23 novembre, l’action catholique ouvrière s’exprimait elle aussi pour soutenir les gilets jaunes. "Ils crient leur colère et portent des revendications sociales face à un pouvoir souvent méprisant et arrogant envers les plus faibles et favorisant les plus riches".
 

"Sacrifices", "presques pauvres"

Le Secours catholique s’engage également constatant que la hausse du prix des carburants frappe les "presque pauvres", pour qui "un surcoût mensuel de quelques dizaines d’euros à la pompe est synonyme de sacrifices sur des dépenses essentielles".

Comment l’Eglise accompagne la crise que traverse la France actuellement ? Etienne Pépin a interrogé le porte-parole de la Conférence des Evêques de France, Mgr Olivier Ribadeau-Dumas.
 

Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, porte-parole de la Conférence des Evêques de France:

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Construire ensemble la transition écologique

La chronique Écologie

Aider les pauvres n’est pas une option. Cyrille Frey rappelle ces propos du pape alors que le mouvement des gilets jaunes montre que notre société a tendance à opposer écologie et pauvreté.

LE RADIO DON RCF, DU 19 AU 25 NOVEMBRE 2018 - Chaque année, RCF vous propose de vivre une semaine exceptionnelle à nos côtés, une semaine de mobilisation pour votre radio chrétienne. Saviez-vous que seulement un auditeur sur 10 donne à RCF ? Votre don est essentiel, nous comptons sur votre générosité. Merci pour votre soutien ! 
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De retour d’un week-end sur les routes en un temps de mobilisation des gilets jaunes…
 
Ce week-end qu’ai-je vu ? Des incendies monstres et meurtriers en Californie, provoqués par une sécheresse qui bat tous les records, des pluies diluviennes à Barcelone, des Gilets jaunes qui m’ont soumis une pétition demandant la dissolution du ministère de l’écologie.
Voilà, en trois coups on a tout faux. On n’en est plus à attendre la catastrophe, elle est là. Et ça n’est même pas quelque chose qui se passe au bout du monde, les pays occidentaux ne sont pas épargnés. Et à côté de ça on a des personnes qui sont tellement dans l’impasse qu’ils demandent, pour arriver à boucler les fins de mois, qu’on arrête toute politique écologique parce que pour eux ça ne se traduit que par des taxes. Alors que le pape François et bien des précurseurs avant lui martèlent que l’écologie est une question de justice vis-à-vis des pauvres, on est arrivé à ce résultat que les pauvres se positionnent contre l’écologie.
 
Donc finalement on aurait produit ce qu’on craint, des riches écolos et des pauvres anti-écolos ?
 
Je crains qu’on ne soit en train de payer des années de politique écologique qui ne s’est pas souciée de porter des alternatives à ceux qui ne peuvent pas payer plus. Bien sûr, tous ceux qui ont protesté ce week-end ne sont pas des personnes pauvres ou sur le fil du rasoir. Mais il est bien évident qu’une politique écologique qui consiste principalement à taxer les produits utilisés par tous va pénaliser les plus vulnérables. Sachant que ce sont déjà eux qui sont en première ligne face aux conséquences de la crise écologique. Un agriculteur qui manifeste pour le gazole moins cher, quand dans 30 ans le gazole, la pétrochimie, lui feront faute, il sera encore plus coincé. Aujourd’hui, les Français expriment qu’ils ne veulent pas payer la transition écologique. Le problème, c’est que quoi qu’il arrive, une société comme la nôtre sera forcée, peut-être brutalement, de décroître dans ses revendications de niveau de vie. Forcée parce que la planète va manquer sous nos pieds.
 
Mais alors c’est l’impasse complète ?
 
La situation n’incite pas à l’optimisme. On est dans un labyrinthe qu’on a construits nous-mêmes, en s’y mettant à plein d’acteurs et de générations, il en train de s’effondrer sur nous et on n’arrive pas à en sortir. Ce sont les plus pauvres qui y sont le plus enfoncés, le plus coincés au centre. Ils ont le sentiment qu’on les abandonne comme les troisième classe du Titanic. Il faut donc qu’on construise la transition tous ensemble. C’est un peu utopique mais c’est ça, aussi, que nous a dit ce dimanche le pape en disant qu’aider les pauvres n’est pas une option.

La réaction du gouvernement face aux "gilets jaunes"

La chronique Économie

Chaque jeudi Vincent de Féligonde vous propose sa chronique économie.

A trois jours de la mobilisation des «gilets jaunes», Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont voulu reprendre l’initiative.

Oui. Il leur fallait jouer finement : montrer qu’ils entendent le raz-le-bol des Français face à l’augmentation du prix de l’énergie - particulièrement ceux des territoires périphériques, qui n’ont pas le choix d’utiliser leur voiture et qui peuvent avoir des notes de chauffage astronomique -, tout restant en cohérents avec leur volonté de faire peser sur le pétrole _ et donc la pollution _ une partie des prélèvements fiscaux, plutôt que sur le travail. «On ne va pas annuler la taxe carbone, nous n'allons pas changer de pied, nous n'allons pas renoncer à être à la hauteur de cet enjeu qui est considérable», qu'est la transition écologique, a insisté le premier ministre.

Quelles mesures vous paraissent les plus significatives ?

Tout d’abord, Edouard Philippe a annoncé un renforcement de la prime à la conversion. Une mesure qui connaît un énorme succès puisqu’en 18 mois, 280 000 Français ont remplacé leur vieille voiture polluante en un modèle neuf ou d’occasion moins émetteur en CO2. L’objectif d’atteindre 500 000 véhicules durant le quinquennat sera doublé à un million.

Ça se passera comment concrètement ?

Les 20% de ménages les plus pauvre toucherons 4000 euros, voire plus, pour changer de voiture. Idem pour les actifs non imposables qui font plus de 60 kilomètres par jour pour aller travailler.
Les gros rouleurs qui utilisent une petite voiture de 3 ou 4 chevaux, donc peu polluante, comme une Peugeot 107 ou une Dacia Sandero, verront amélioré le barème de leurs indemnités kilométriques. Paradoxalement, cela favorisera plutôt les modèles diesel, qui émettent peu de CO2 mais beaucoup de particules fines.

Les mesures annoncées ne concernent pas que les automobilistes…

Non. Le gouvernement a aussi décidé d’aider les ménages qui se chauffent au fioul. Un mode de chauffage extrêmement polluant et dont le prix fluctue fortement avec les prix du pétrole. Il concerne environ un ménage sur huit contre un sur quatre en 1990. Il sert à chauffer en général des maisons rurales, peu rénovées et isolées et occupées par des ménages à faible revenus.
Tout d’abord, le chèque énergie, qui remplace les tarifs sociaux du gaz et de l’électricité, va passer de 150 à 200 euros en moyenne pour les 3,7 millions de ménages qui le touchaient jusqu’ici. Il bénéficiera à 2 millions de ménages supplémentaires.

Et il y a la surprise du chef : le remplacement des chaudières à fioul…

Oui. Edouard Philippe veut voir disparaître toutes les modèles individuels d’ici dix ans. L’Etat prendra en charge un tiers du coût du changement. Mais pour les remplacer par quoi ? Plus de quatre foyers sur dix qui utilisent le fioul ne sont pas à proximité d’un réseau de gaz naturel. Certains estiment que cette mesure est avant tout un moyen de sauver le parc nucléaire d’EDF…

Pensez-vous que cela peut apaiser les gilets jaunes ?

Difficile à dire. Le premier ministre a d’ores et déjà mis en garde hier ceux qui voudraient « mettre le bololo partout ».

« Mettre le bololo » ? On voit ce qu’il veut dire… C’est une expression qu’il a inventé ?

Non. C’est du « langage mili », militaire. Il s’agit d’un mot d’argot provenant des opérations extérieures en Afrique et désigne une situation chaotique, un grand désordre. Bololo, c’est le nom d’un quartier délabré de N'Djamena, la capitale du Tchad.

Les gilets jaunes poursuivent leur mobilisation en France

Le dossier du jour

Même si la mobilisation est moindre que samedi dernier, les gilets jaunes poursuivent leurs opérations de blocage un peu partout sur le territoire.

Sont principalement ciblés les autoroutes, quelques ronds points stratégiques et des dépôts pétroliers ou stations services. Au nom du principe de la libre circulation et à la demande du ministre de l’Intérieur, les préfets et les forces de l'ordre multiplient les interventions destinées à dégager méthodiquement, et si possible sans confrontation, les sites les plus stratégiques. Mais cela ne démotive en rien les manifestants, bien décidé à inscrire leur contestation dans la durée. Illustration à Caen où Bastien Bougeard de RCF Calvados-Manche a recueilli ces témoignages sur des barrages dans l’agglomération normande.
 

Une mobilisation qui touche toutes les régions de France

Toute les régions de France sont plus ou moins impactées par le mouvement, jusque dans les Outre-mer. Les gilets jaunes sont notamment extrêmement mobilisés sur l'île de la Réunion. Devant l’ampleur des barrages mais aussi des violences et pillages perpétrés par des bandes de jeunes, le gouvernement a décrété un couvre-feu nocturne pour trois jours.

Le président de région, Didier Robert, a demandé une dérogation pour La Réunion sur l’augmentation de la taxe sur les carburants pour les trois prochaines années. Le mouvement essaime aussi en Belgique. Depuis vendredi dernier des manifestants tentent de bloquer les raffineries du pays même si jusqu’ici, la mobilisation reste peu massive.
 

Un mouvement qui refuse les syndicats, et responsable de débordements

Alors que ce mouvement se veut apolitique, le soutien des syndicats n'est pas non plus souhaité. Sur les barrages, les manifestants sont unanimes : pas besoin des structures classiques pour organiser la contestation. Beaucoup ne croient plus au pouvoir des négociations des partenaires sociaux. Du côté des syndicats, on voit ce mouvement, autant avec sympathie qu’avec inquiétude. Et on pointe du doigt l’attitude du gouvernement à leur égard. C'est ce qu'explique Joseph Thouvenel, vice-président de la CFTC. A noter que la fédération FO Transports a appelé mardi soir ses adhérents et sympathisants à rejoindre le mouvement des gilets jaunes afin de défendre le pouvoir d’achat.

Les manifestations ont fait, depuis samedi, deux morts et 552 blessés dont 95 membres des forces de l'ordre. Ces quatre jours de manifestation ont donné lieu à 582 interpellations et 450 gardes à vu. Lundi un premier gilet jaune a été condamné à quatre mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Strasbourg pour mise en danger de la vie d'autrui et entrave à la circulation. Christophe Castaner a dénoncé mardi la dérive totale du mouvement, évoquant une radicalisation avec des revendications qui ne sont plus cohérentes et qui vont dans tous les sens.
 

Emmanuel Macron appelle au dialogue et aux solutions de terrain

On sent que le gouvernement joue le pourrissement du mouvement et mise sur la montée de son impopularité auprès des Français bloqués. Mais au-delà des réponses ou non à apporter, pour le sociologue et politologue, Jean Viard, ce mouvement est la traduction de la profonde mutation sociologique et civilisationnelle que nous vivons aujourd’hui.

A noter que le président Macron a estimé que c'est par le dialogue, l'explication et la capacité à trouver les solutions de terrain, qu'il sera possible de mettre fin au mouvement. En attendant, les gilets jaunes invitent sur les réseaux sociaux à une nouvelle journée de mobilisation nationale, samedi à Paris. La préfecture prévient qu’aucune manifestation ne sera tolérée place de la Concorde.

Gilets jaunes: l'échec de la démocratie représentative?

Le dossier du jour

Manifestations, scènes de violences, le mouvement des gilets jaune ne faiblit pas, mettant à mal l'exécutif qui ne semble plus savoir comment réagir.

Devant l’ampleur de la crise, Emmanuel Macron a demandé à Edouard Philippe de recevoir dès lundi matin les chefs de file des partis politiques et les gilets jaunes pour tenter de trouver une solution politique. Mais cette colère sourde contre contre la taxe carbone dissimule un malaise plus profond et interroge justement sur l’exercice de la démocratie.
 

Le malaise entre les citoyens et les corps intermédiaires

Depuis plus de deux semaines maintenant, les gilets jaunes ne décolèrent pas. Ils manifestent contre la hausse des prix des carburants et pour l'augmentation du pouvoir d'achat. Né sur les réseaux sociaux, ce mouvement se présente comme citoyen et apolitique.

Il révèle en fait le malaise profond qui existe aujourd’hui entre les citoyens et les corps intermédiaires. Pour Quentin Sauzay, président et cofondateur d'Echo, le premier lobby citoyen participatif non partisan, c’est une phase nouvelle de notre démocratie qui se joue aujourd’hui.
 

L'échec de la démocratie représentative

Ce mouvement des gilets jaunes révèle le fossé entre une partie de la population et les élites. C’est aussi le constat de l’échec de la démocratie représentative. Derrière cette défiance et ce rejet des élites, se cache des interrogations sur la légitimité de choix politique mais aussi la question de la représentativité de certains élus.

A ce sujet, Quentin Sauzay est formel : il faut remettre le citoyen au coeur du processus de décision. Non pas dans le cadre d'une réunion entre le gouvernement et un collectif mais plutôt sur le terrain en associant les administrés aux décisions et aux projets communs. C’est à dire en redonnant toutes ses lettres de noblesse à la démocratie participative. Ce que fait depuis longtemps Jo Spiegel, le maire de Kingersheim, une commune de 13.000 habitants dans le Haut-Rhin, à quelques kilomètres de Mulhouse.
 

Des laboratoires pour la démocratie participative

Jo Spiegel préfère d'ailleurs parler de "démocratie-construction" plutôt que de démocratie participative. Pour le philosophe Jean-Pierre, Rosa membre des Semaines Sociales de France et auteur de "Ce que dit la Bible sur la ville" (éd. Nouvelle Cité), l’exemple du maire de Kingersheim est une réponse à la crise démocratique. Il défend une juste articulation entre participation citoyenne et démocratie sociale.

Outre cette expérience locale, il existe aussi un laboratoire de la démocratie participative : les halles civiques. Deux lieux situés dans le XIème et le XXème arrondissement de Paris. Ils accueillent une vingtaine d’associations, d’entreprises qui agissent pour développer la participation citoyenne et le débat public. Ils partagent une conviction : les pouvoirs publics sont déconnectés du réel. Un sentiment grandissant, en France, à l'approche des fêtes de fin d'année.

Gilets jaunes et politique, où est l'intérêt collectif ?

La chronique des Scouts et Guides de France

François Mandil vous propose son éditorial et réagit à la crise des gilets jaunes.

Qu’est-ce que le mouvement des gilets jaunes inspire aux scouts et guides de France ?

Je discutais avec un ami franc-comtois mobilisé et qui me disait "nous, on ne fait pas de politique". Alors, pardon, mais lutter contre les taxes, demander la démission du président, demander un nouveau mode de scrutin pour élire les députés … si ce n’est pas de la politique, qu’est-ce que c’est ?

Et évidemment, ça m’a rappelé l’éternel débat au sein du scoutisme : "nous, on ne fait pas de politique". Alors, pardon, mais s’engager pour la planète, déclarer que les jeunes ont toute leur place dans la société, rappeler que l’important ce sont les liens humains et pas la marchandisation, s’engager pour la paix, si ce n’est pas de la politique, qu’est-ce que c’est ?

Dès qu’on commence à réfléchir à l’organisation collective, on fait de la politique. Par contre, ni les gilets jaunes, ni les scouts n’ont d’affiliation partisane.

Quoi qu’on pense du mouvement social en cours, on ne peut pas nier les injustices sociales, c’est un fait, même si tous les manifestants ne sont pas pauvres, même si personne ne peut  revendiquer représenter "le peuple". Il faut bien sûr s’émouvoir et rejeter toute forme de violence, notamment celle apparue lors des différentes manifestations. On devrait pourtant s’émouvoir et rejeter tout autant la violence sociale, le déclassement, les inégalités. "Il n’y a pas de paix sans justice" rappelle Denis Moutel, évêque Saint-Brieuc et Tréguier dans un texte publié hier avant de citer le Pape François dans Laudato Si. "Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale. Les possibilités de solution requièrent une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature".

Une façon de dire que le moratoire sur l’augmentation des taxes sur le carburant annoncé hier n’est pas la solution.

C’est bien le drame et le danger de la situation actuelle : personne n’est capable de proposer un horizon collectif, ni les gilets jaunes, ni le gouvernement, ni d’ailleurs les associations ou syndicats ou partis politiques totalement désemparés. Bien sûr il faut aussi lourdement taxer le kérosène et le fuel du transport maritime, ou encore repenser le mode de représentation démocratique, mais nous avons besoin d’un projet collectif cohérent global avec une vision claire, pas simplement d’une série de mesures. Et il me semble que, si on n’y arrive pas, c’est parce qu’on ne veut pas regarder en face les dégâts causés par une société consumériste où la seule valeur est l’argent, où on se bat pour le pouvoir d’achat et non pas pour le pouvoir de vivre.

Ce mouvement social est né sur Facebook, cette parodie de démocratie où pullulent les visuels simplistes voire complotistes, où on trouve beaucoup de monde pour raconter n’importe quoi à propos du pacte mondial pour les migrations de l’ONU mais personne pour se mobiliser contre le programme "Action publique 2022" qui achève la casse des services publics de proximité. C’est tout le contraire de l’éducation populaire qui consiste, pour les jeunes comme pour les adultes, à construire collectivement. C’est dans la méthode scoute, c’est le fameux "voir juger agir" de la doctrine sociale de l’Eglise.

Il est temps de renoncer à la somme des intérêts personnels pour choisir l’intérêt collectif. Il est temps de se replonger dans Laudato Si et d’écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres.

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FORMULE CLUB/ Spécial "Gilets jaunes"

FORMULE CLUB/ Spécial "Gilets jaunes"

Malgré l'annonce de l’annulation de la hausse du prix du carburant, les "gilets jaunes" continuent leur mobilisation : nouvelle manifestation demain à Paris dans un climat de haute tension.

Le moratoire sur la hausse du prix du carburant annoncé par le Premier ministre transformé en abandon pur et simple par le président de la République, indique, ajouté à la crise entre la population et l’Etat, l’émergence d’une crise interne au sein même de l’exécutif.

Et ces crises, qu'elles soient internes ou externes, ne semblent pas faire faiblir la mobilisation des gilets jaunes qui se préparent à un acte IV du mouvement ce samedi. La crainte, actuellement dans tous les esprits, serait que les violences soient encore plus importantes que la semaine passée.

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Gilets jaunes: les conséquences économiques d'un mouvement inédit en France

Gilets jaunes: les conséquences économiques d'un mouvement inédit en France

​Les annonces du gouvernement pour apaiser la colère des Gilets jaunes n’auront pas suffi à calmer les esprits. Une nouvelle mobilisation est prévue demain à Paris mais aussi en province.

Le mouvement des Gilets jaunes entamé le 17 novembre dernier semble définitivement s'inscrire dans la durée et ses conséquences économiques commencent à se faire sentir. Des voitures en flammes sur l'avenue Kléber à Paris, les dégradations de l'Arc de Triomphe ou encore les pavés qui volent au-dessus des manifestants et des policiers. Toutes ces images tournent en boucle sur les chaînes de télévision en France mais aussi à l’étranger.
 

Des conséquences directes sur le tourisme en France

“Les tirs de gaz lacrymogènes ont commencé très tôt. La police est en place pour éviter que les scènes de violence sur les Champs-Elysées ne se reproduisent”. Voilà le type de commentaires que l’on peut entendre actuellement sur CNN au sujet de la mobilisation des Gilets jaunes. Une image d'une France en proie aux violences de rue qui a des conséquences directes sur le tourisme à Paris comme nous l’explique Didier Arino, directeur de Protourisme, un Cabinet spécialiste des études et du conseil dans les secteurs du tourisme.

70% des nuitées hôtelières à Paris sont réalisées par des clientèles étrangères. Mais Il n’y a pas que Paris qui fait les frais de ce mouvement de grogne des gilets jaunes. Direction la Gironde où la Chambre de Commerce et d’Industrie a mis en place une plateforme d’accueil téléphonique et un mail pour conseiller les entreprises en cette période de crise. Car pour certaines, la situation devient critique après presque trois semaines de conflit.  C'est ce qu'explique Patrick Seguin le Président de la CCI de Gironde.
 

Les commerçants et l'industrie également impactés

A quelques semaines des fêtes, la situation est préoccupante et c’est le commerce de proximité qui est particulièrement impacté. Une situation que déplorent les commerçants du centre-ville de Quimper, même s’ils disent comprendre le ras-le-bol des manifestants. Le mouvement des Gilets jaunes impacte de nombreux secteurs économiques, l’hôtellerie, les commerces de proximité mais aussi les restaurants. Illustration à Chanas, dans l'Isère. Au bord de la nationale 7 se tient le restaurant d'Arnaud Millet, "A quatre mains". Son établissement est cerné par les Gilets jaunes. Et depuis trois semaines, il peine à faire le plein de couverts.

L'Association nationale des industries alimentaires a estimé de son côté que les pertes liés aux blocages s’élevaient à plus de 13 milliards d'euros dans l'agroalimentaire. Reste qu'au-delà du mouvement des Gilets jaunes, c’est le pouvoir d’achat des Français et un moral en berne qui ne les incitent ni à consommer ni à partir en vacances.

A l’occasion de l’acte IV de ce mouvement des Gilets jaunes, de nombreux commerçants ont déjà prévu de baisser leur rideau demain parce qu’ils craignent des dégradations où tout simplement parce que la clientèle ne sera pas au rendez vous.

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Gilets jaunes: "comprendre n’est pas excuser" pour Jean-Marie Petitclerc

Gilets jaunes: "comprendre n’est pas excuser" pour Jean-Marie Petitclerc

​Plus de 100.000 personnes ont manifesté partout en France, samedi dernier, pour l’acte IV de la mobilisation des Gilets jaunes.

A Paris comme ailleurs, le pays a été le théâtre d’actes de violences circonscrites par des forces de l’ordre venues cette fois en grand nombre. Comment sortir de cette violence et renouer le dialogue en France ? Réponses du père Jean-Marie Petitclerc, éducateur, salésien de Don Bosco.
 

Après un nouveau week-end très agité en France, quelle est votre réaction à la vue des images qui tournent en boucle sur les chaînes de télévision ?

"Ce qui est nouveau, ce sont les Monsieur et Madame tout le monde qui se laissent embarquer dans ce cycle de violences. Il y a une vraie responsabilité éducative vis-à-vis des plus jeunes. Il faut distinguer la violence comme mode d’expression d’une colère qu’il faut écouter. Mais comprendre n’est pas excuser. Et puis il y a une violence mode d’action qu’il s’agit d’interdire et de sanctionner. Quelle leçon pour les jeunes ! On voit les lycéens se mettre au diapason d’une telle violence. On éduque au combat ou au dialogue ? Et en tant qu’éducateur, je trouve que l’exemple de ces adultes qui accompagnent ces participants est une des vraies questions qui se posent dans notre pays" explique le père Jean-Marie Petitclerc.
 

Comment rattraper le coup ? Comment convertir cette violence en un esprit de dialogue en France ?

"Il y a une colère qui est légitime. Mais tout mon travail d’éducateur a toujours consisté à aider des jeunes en colère à exprimer, à mettre des mots, à traduire, pour éviter le recours à la violence. Pour ces adultes, c’est un peu pareil. Là on peut se dire que le pouvoir a un peu fauté au niveau de l’écoute de cette colère. Il y a vraiment à travailler sur la justice sociale, essayer de retrouver un climat dans notre pays, et la valeur de la fraternité" ajoute l'éducateur.
 

Emmanuel Macron va s’exprimer dans quelques heures. Qu’attendez-vous de lui ?

"J’attends de lui des mesures concrètes. Il faut éteindre l’incendie. Il faut aussi recréer sur les territoires les conditions d’un dialogue. Il doit renouer avec les maires. Il s’agit sans doute d’inventer des instances plus territorialisées si l’on veut créer plus de justice sociale. Il faut prendre en compte les différences territoriales" conclut le père Petitclerc.

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Gilets jaunes: pour Pierre de Villiers, "un chef c'est quelqu'un qui écoute"

Gilets jaunes: pour Pierre de Villiers, "un chef c'est quelqu'un qui écoute"

Ancien chef d’État-Major qui a démissionné en juillet 2017 suite à un désaccord budgétaire, le général Pierre de Villiers publie "Qu’est-ce qu’un chef ?" (éd.Fayard).

A propos de l’allocution d’Emmanuel Macron mardi soir, le général Pierre de Villiers déclare : "je crois que chacun est dans son rôle et j’attends maintenant la suite des événements". Et à propos de la crise des gilets jaunes : "nous assistons à quelque chose de singulier dans la Vème République, une crise sociétale avec un fossé qui s’est creusé progressivement entre ceux qui dirigent et ceux qui exécutent".

"J’ai eu un différend avec le président de la République sur l’arbitrage budgétaire, et la page est tournée, je suis très heureux dans ma nouvelle vie". Pierre de Villiers ajoute : "je veux témoigner et transmettre ce que j’ai appris, je veux participer aux grands changements qu’il va falloir faire dans notre société, nous sommes dans un changement d’époque plus que dans une époque de changements".

Qu'est-ce qu'un chef

Après avoir voyagé en France ces derniers mois, le général Pierre de Villiers a senti que "sur le fond on est passé de l’espérance à l’inquiétude", "j’ai senti cette colère et je l’ai écrit dans mon livre". Pour lui on restaure la confiance dans un pays par "l’humanité, par l’écoute". "Un chef c’est quelqu’un qui écoute, qui entend et qui comprend, je crois qu’il faut restaurer ce circuit de confiance qui est réciproque par du respect de la considération". Pour le général Pierre de Villiers "nous assistons à une deshumanisation de notre société et l’homme pourrait être en train d’organiser sa propre éviction".
 

La violence

Le général Pierre de Villiers trouve condamnable la violence des gilets jaunes, "dans l’armée nous connaissons les mécanismes de la violence". "Quand la haine se dissipe la violence s’instaure, c’est un cercle vicieux, il faut l’arrêter tant qu’il est encore temps". Pour lui "seule la force fait reculer la violence, mais ça ne règle pas la paix durable".  "Quand on apporte la sécurité il faut aussi apporter le bonheur et le développement, du travail et de la considération".

Sur le service national universel le général Pierre de Villiers soutient "la démarche de reconstituer le creuset national, on ne peut pas se diluer le sentiment d’appartenance à notre nation".

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Emmanuel Macron peut-il calmer la colère des "gilets jaunes"?

Emmanuel Macron peut-il calmer la colère des "gilets jaunes"?

Lors d'une allocution télévisée, Emmanuel Macron a dit vouloir décréter "l'état d'urgence économique et sociale". Les "gilets jaunes" entendent mais attendent plus du président.

C'est à une crise sociale sans précédent que doit faire face le président de la République et la majorité présidentielle depuis plusieurs semaines. Un peu partout en France le mouvement des "gilets jaunes" rappelle que la France des territoires, celle des classes modestes et moyennes souffre d’une précarisation de plus de plus grande et n’en peut  plus de faire des efforts. Ce lundi 10 décembre, Emmanuel Macron a pris la parole pour apporter une réponse aux "gilets jaunes", un discours de 12 minutes retransmis à la télévision. Dont on peut retenir plusieurs axes : une posture de fermeté, des mots de compassion, des annonces à effet immédiat et des promesses.

 

"GILETS JAUNES" - UNE FRANCE EN COLÈRE - Depuis plusieurs semaines, la contestation des gilets jaunes ne cesse de prendre de l'ampleur. Aujourd'hui, Etat et manifestants se font face, et toute tentative de dialogue semble illusoire.
> Voir le dossier de RCF

 

 

PAUVRETÉ ET ÉCOLOGIE

Certes, il y a les enjeux environnementaux auxquels chacun doit contribuer car c’est notre avenir à tous qui se joue-là. Mais que pèse la préservation de la planète quand on peine à boucler ses fins de mois ? Il ne faut pourtant pas s’y méprendre : les classes laborieuses ne sont pas d’affreux pollueurs ni de méchants indifférents au sort de notre terre.

 



 

Macron, le tournant social

Si la colère sociale gronde, on perçoit bien que la solution consiste à associer avec pertinence : justice sociale et justice climatique. Emmanuel Macron n’a pas insisté sur cet équilibre hier dans son allocution. Il a voulu privilégier quelques annonces censées amorcer le tournant social de son quinquennat. Pourront-elles calmer la colère des "gilets jaunes" ?
 

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"Gilets jaunes", la fraternité malgré tout

"Gilets jaunes", la fraternité malgré tout

Les auditeurs de RCF prennent la parole et témoignent de la manière dont ils vivent le mouvement des gilets jaunes. Beaucoup d'empathie, de solidarité, de désir de fraternité.

Alors que le mouvement des gilets jaunes dure depuis un mois et que notre pays vit une situation tout à fait inédite, les auditeurs d'RCF partagent leur ressenti, leurs idées pour avancer, pour construire un avenir fraternel malgré les difficultés sociales et environnementales, malgré la peur devant l’inconnu et devant la violence qui s’est fait jour parfois.

Certains sont gilets jaunes, d'autres sympathisants du mouvement , d'autres encore plutôt critiques. Certains ont défilé samedi 8 décembre à la marche pour le climat et d'autres avec les gilets jaunes, certains encore avec les deux puisque dans de nombreuses villes les cortèges se sont mêlés, comme pour illustrer que l’opposition entre crise sociale et crise environnementale ne tient pas. Quels que soient leur sentiments, leurs convictions, leurs espoirs, leurs craintes et même leurs colères, tous adoptent un ton respectueux des autres, de ceux qui ne pensent pas comme eux. Tous veulent contribuer à bâtir une société plus fraternelle. 

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