Isabelle de Gaulmyn: L'affaire Preynat, "un silence collectif et une culpabilité collective"

7 septembre 2016 Par

© Crédit : Isabelle de Gaulmyn

Journaliste et ancienne scoute dans le groupe du père Preynat, Isabelle de Gaulmyn explique le raisonnement et le but de son livre sur l'affaire de pédophilie qui touche le diocèse de Lyon.

L'affaire a éclaté cette année et secoué le diocèse de Lyon, mais aussi l'Eglise catholique dans son ensemble. Le père Bernard Preynat est accusé et a reconnu des actes de pédophilie commis dans les années 80 dans la paroisse Saint-Luc, à Sainte-Foy-lès-Lyon, dans la banlieue lyonnaise. Mais le silence n'a été brisé qu'à l'automne dernier. Des victimes du prêtre se sont rassemblées en association, le Parole Libérée. Jeudi 8 septembre paraît en librairie "Histoire d'un silence". Son auteure, Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef adjointe de la Croix, originaire de la paroisse en question et scoute du groupe du père Preynat, décrit les raisons de cet ouvrage et livre son point de vue sur cette affaire.

L'intégralité de l'interview d'Isabelle de Gaulmyn

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"On n'a pas pris le temps d'écouter les victimes"

"Ce livre, c’est une sorte de nécessité", commence la journaliste. "Je me suis retrouvée impliquée dans cette affaire : je suis une ancienne de cette troupe scout, je suis journaliste, j’ai parlé de cette affaire avec le cardinal Barbarin ; je me suis demandé pourquoi je n'ai rien dit ?" poursuit Isabelle de Gaulmyn. Pour elle, "il y avait un sentiment de culpabilité personnel, je me suis dit que j’aurais pu agir depuis 2005, j’aurais pu demander des comptes, ou saisir la justice. Je me suis demandé pourquoi moi je n'ai rien fait, et pourquoi tous nous n'avons rien fait ? Tout le monde était au courant des bruits, des rumeurs." La rédactrice en chef adjointe de la Croix explique : "Pour moi, c'est l’histoire d'un silence collectif, et d'une culpabilité collective. Une partie de la commune de Sainte-Foy-lès-Lyon, de la communauté catholique, des familles, des prêtres, des responsables du diocèse étaient plus ou moins au courant et nous n'avons rien fait : c’est la raison de ce livre."

Isabelle de Gaulmyn voit plusieurs raisons dans cette mécanique du silence. D'abord l’époque : "En 1991, la pédophilie n’était pas considérée comme aujourd'hui. Ensuite je pense qu’il y a eu des erreurs de gestion de la part du diocèse : le dossier est resté vide, il n’y a pas eu de suivi", détaille la journaliste. Elle ajoute : "Après, du point de vue des familles, lorsque l'on est dans l'Eglise catholique, souvent, on n’ose pas parler. Je parle d’une forme de docilité qui peut choquer mais, dans l'Eglise, on n'aime pas le débat. Si on parle, on se dit que cela va faire mal à l'Eglise." "Le silence s’explique aussi parce qu’on n’a pas pris le temps d’écouter les victimes", conclut Isabelle de Gaulmyn.
 

"Le cardinal Barbarin aurait dû aller plus loin"

Pour écrire son ouvrage, la journaliste recueille le témoignage des victimes, parfois ses amis ou ceux de ses frères. Pour elle, "l'Eglise n'a pas su mettre les victimes au centre de ses préoccupations et au centre de sa politique contre la pédophilie. On s'est beaucoup préoccupé des prêtres, en les mettant à l'écart, mais on n’a pas mis les victimes au cœur de l'Eglise. 

Isabelle de Gaulmyn revient aussi sur le rôle du cardinal Philippe Barbarin, l'archevêque de Lyon. La journaliste et le prélat ont abordé le sujet, en 2005 croit Isabelle de Gaulmyn, en 2007 dit le cardinal. Selon elle, la date est peu importante, mais l'archevêque aurait du aller "plus loin" après sa conversation avec le père Preynat. "Il aurait dû faire appel à un expert, un psychiatre par exemple", juge Isabelle de Gaulmyn. Selon elle, ce n'est pas à un évêque de juger un prêtre pédophile, mais à une commission indépendante sans membre de la hiérarchie ecclésiale.

Aujourd'hui, l'association la Parole Libérée a permis de mettre à jour les secrets des victimes du père Preynat. Pour la journaliste, il est pimordial que les langues se délient. "Les victimes s'interdisaient d'en parler, en pensant que personne ne les croiraient. Elles ont besoin de reconnaissance. L’Eglise doit reconnaitre ce qu'il s'est passé, dire clairement que cela s'est passé, et que cela s'est passé dans l'Eglise", achève Isabelle de Gaulmyn.
 

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