Jean-Eric Branaa: "la communauté noire ne voit pas les effets de la politique aux USA"

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Le Grand Invité

vendredi 23 septembre 2016 à 7h50

Durée émission : 15 min

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© Les manifestants face à la police à Charlotte crédit :SEAN RAYFORD / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Jean-Eric Branaa, spécialiste des questions politiques et de société aux Etats-Unis, détaille le contexte raciale entourent les émeutes dans la ville de Charlotte en Caroline du Nord.

Aux Etats Unis, le couvre feu est maintenu dans la ville de Charlotte et les militaires de la Garde nationale restent déployés en renfort. Les autorités cherchent à prévenir tout débordement lors de la troisième nuit consécutive de manifestations destinées à dénoncer l’homicide d’un afro-américain par un policier. Jeudi, à Washington, le groupe des élus noirs du Congrès a symboliquement marché, pour demander à voir en urgence la ministre de la Justice. Jean-Eric Branaa, spécialiste des questions de politique et de société et aux Etats-Unis, invité de matinale, revient sur le phénomène raciale outre-Atlantique.

 
"Auparavant, la violence policière était cachée"

"Depuis 2012, beaucoup de gouttes auraient pu faire déborder le vase", explique Jean-Eric Branaa. Il poursuit : "la première, en 2012, correspond à la mort de Trayvon Martin, un afro-américain de 17 ans en Floride. A l'époque, le président Obama s'en était ému, arguant que Trayvon Martin aurait pu être son fils. Il existe une injustice raciale aux Etats-Unis qu'Obama souhaitait gommer. Il avait notamment prononcé un fameux discours à Philadelphie en 2008 en ambitionnant de faire passer le pays dans un ère post-raciale." Jean-Eric Branaa tranche : "mais aujourd'hui, on se rend compte que la situation n'a pas changé. Certains, comme Donald Trump, estiment même qu'elle s'est aggravée. Cette question pourrait devenir un problème d'ampleur dans la campagne actuelle."

Jean-Eric Branaa indique : "aujourd'hui, nous avons une vision plus forte de ce qui se passe du fait de l'émergence des nouveaux médias. Les affaires se trouvent médiatisées grâce aux caméras sur les smartphones et les réseaux sociaux. La violence policière était cachée, maintenant, chaque citoyen peut être témoin. On assiste à un changement de rapport entre la police et la population. Désormais, d'ailleurs, les policiers en intervention sont équipés de caméra."

Ecart de salaire du simple au double entre noirs et blancs

Cette nouvelle affaire n'aura pas de répercussion sur le résultat de la future élection selon Jean-Eric Branaa. "Elle arrive trop près du scrutin", insiste-t-il. "La population afro-américaine soutient majoritairement Hilary Clinton. Le seul danger pour la candidate démocrate, ce serait que cette population n'aille pas voter. La Caroline du Nord constitue l'un des "swing state", un état qui peut faire basculer l'élection." 

"Les responsables politiques américains communiquent beaucoup au sujet de la communauté afro-américaine", précise Jean-Eric Branaa. "Mais dans la vie quotidienne, les afro-américains ne voient pas les effets d'une éventuelle politique en leur faveur", nuance-t-il. "La population noire est beaucoup plus touchée par la petite délinquance et les arrestations. Cela s'explique par la différence de richesse entre les communautés. L'écart de pauvreté entre noirs et blancs n'a jamais été comblé. On observe une moyenne salariale du simple au double entre les deux communautés", termine Jean-Eric Branaa. 

 

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