Jean-François Ploquin: "impossible de tenir prochainement des élections en RDC"

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Le Grand Invité

mercredi 21 septembre 2016 à 7h50

Durée émission : 15 min

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© La permanence d'un parti d'opposition détruite à Kinshasa crédit : JUNIOR D.KANNAH / AFP

Jean-François Ploquin, directeur général de l’association Forum Réfugiés COSI expose la situation actuelle en République Démocratique du Congo où des violences ont éclaté en début de semaine

La République Démocratique du Congo est en proie aux violences depuis lundi. L'opposition et la jeunesse ont affronté les forces de l'ordre lors de manifestations qui ont dérapé. Plusieurs sièges de partis ont été incendiés. Le président Joseph Kabila doit théoriquement quitter le pouvoir à la fin de l'année. Mais à court terme, la tenue d'élections semble illusoire et le président Kabila pourrait rester à la tête de l'Etat une fois son mandat terminé. Jean François Ploquin, directeur général de l’association Forum Réfugiés COSI, précise la situation dans le pays. 

"Des élections, un cauchemar logistique"

Lundi, l'opposition avait appelé à la mobilisation à Kinshasa pour demander le départ du président Joseph Kabila. Mais certains manifestants ont caillassé le forces de l'ordre, brulé une permanence du parti au pouvoir et détruit des véhicules et des vitrines. En réponse, la police a tiré à balles réelles et avec des grenades lacrymogènes. Les tensions se sont poursuivies dans la nuit de lundi à mardi. Des permanences de partis de l'opposition ont à leur tour été incendiées. L'Etat a dénombré 17 morts alors que l'opposition parle de 80. 

Mercredi, la situation reste tendue, selon Jean-François Ploquin avec des tirs sporadiques dans plusieurs quartiers de la capitale et des actes de pillage isolés. "Il n'y a pas de retour au calme après la répression de lundi", résume-t-il. Les autres grandes villes du pays connaissent aussi des heurts, mais "Kinshasa constitue la capitale politique donc cristallise les tensions", explique Jean-François Ploquin. 

Les manifestants demandent le départ du président Joseph Kabila. Son mandat expire le 20 décembre. Ne pouvant pas se représenter, il semble tout faire pour retarder l’élection. Mais selon Jean-François Ploquin, il est impossible de tenir des élections prochainement. "Le pays, très vaste, est recouvert en bonne partie de forêt, de montagnes ou de marécages. C'est un cauchemar logistique. Se pose également la question du fichier électoral. Du fait de la forte démographie, il y a une grande évolution du nombre d'électeurs depuis le dernier scrutin."

"Pas une menace directe pour l'Europe"

Dans ce contexte, "Joseph Kabila joue la montre", indique Jean-François Ploquin. "Il reste évasif sur ses projet, sans dire s'il se présentera ou pas à la future élection. La commission électorale aurait dû mieux s'organiser pour prévoir des élections. On sent que Joseph Kabila a la volonté de se maintenir au pouvoir sans mandat. Face à cela, l'opposition et jeunesse demandent le respect de la démocratie." "L'opposition justement, demeure très fragmenté", précise Jean-François Ploquin. "Elle regroupe aussi bien des figures très anciennes, des anciens soutiens de Kabila, que des nouveaux visages. Il y a aussi des franges d'opposition modérées et radicales." "Le pouvoir sait jouer avec cet éparpillement", termine Jean-François Ploquin. 

Face aux violences du début de semaine, plusieurs états, dont la France, l'Union Européenne et l'ONU ont fait part de leur préoccupation. Mais pour Jean-François Ploquin, "la communauté internationale ne devrait pas aller au-delà de pressions. Pour l'Europe, l'Afrique centrale se situe bien plus loin que la Libye, par exemple, donc même si le pays tombe dans le chaos, il ne constituera pas de menace directe", conclut Jean-François Ploquin.

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