​Jean-Yves Camus: "La nouvelle génération de négationnistes ne prend plus les précautions que prenait Robert Faurisson"

23 octobre 2018 Par

Robert Faurisson, l’ancien universitaire lyonnais qui affirmait que les chambres à gaz n’avaient jamais existé, est décédé le 21 octobre dernier d’une crise cardiaque.

Le négationniste le plus célèbre de France est mort. Robert Faurisson est décédé dimanche 21 octobre dernier à Vichy, dans l’Allier, à l’âge de 89 ans. Cet ancien maître de conférences en littérature contemporaine à l’université de Lyon II avait clamé durant des années que les chambres à gaz n’avaient pas existé. Il avait d’ailleurs été condamné à plusieurs reprises pour contestation de crimes contre l’humanité.

Ses thèses avaient été publiées dans la presse en 1978, entraînant une vague de réactions chez les victimes de la Shoah, en France, comme dans le monde entier. Robert Faurisson soutenait mordicus que le génocide des juifs durant la Seconde guerre mondiale était un mensonge, que les chambres à gaz n’avaient jamais existé et que les déportés étaient morts de maladie et de malnutrition.

Jean-Yves Camus, politologue, spécialiste de l'extrême-droite, au micro de Margot Hemmerich:

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Malgré la mort de Robert Faurisson, ses thèses perdurent encore aujourd’hui. "Une page se tourne mais la nouvelle génération ne prend même plus les précautions que prenait Robert Faurisson, qui expliquait toujours qu’il n’était pas d’extrême-droite, qu’il n’était pas néonazi, qu’il n’avait pas d’engagement politique. La nouvelle génération est véritablement néonazie, hardcore. Elle nie l’existence du génocide des juifs car elle cherche à réhabiliter soit une forme de fascisme, soit carrément le national-socialisme. Son discours est du coup moins audible. Elle n’a pas la légitimité universitaire sur laquelle jouait Robert Faurisson, elle est purement militante" explique Jean-Yves Camus, politologue, spécialiste de l’extrême-droite.
 

Jean-Yves Camus, politologue, spécialiste de l'extrême-droite au micro de Margot Hemmerich:

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Ce dernier ajoute que "le travail historique qui a été entamé l’a été très souvent en dehors de France. Ce sont les historiens américains en particulier qui ont véritablement écrit l’histoire de la Shoah à un moment où la France n’était peut-être pas encore, y compris au sein de l’université, suffisamment prête à aborder cette période. Le négationnisme s’exprimait de l’intérieur, et la France a été pionnière dans ce domaine. Et ce sont grâce à des yeux étrangers, que dans les années 70, les yeux se sont ouverts sur le fait que non la Shoah n’avait pas été uniquement l’œuvre des troupes d’occupation allemandes mais que oui, elle avait eu des complices français".