Le prix Sakharov décerné à deux Yézidies rescapées de Daesh

28 octobre 2016 Par

© Prix Sakharov 2014 crédit Claude TRUONG-NGOC

Deux femmes irakiennes de la communauté yézidie, anciennes esclaves de Daesh, recevront le 14 décembre de la part des députés européens, le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit.

Les députés européens ont décerné, jeudi 27 octobre, le prix Sakharov à Nadia Murad Basee et Lamiya Aji Ashar. Les deux femmes irakiennes venant de la communauté yézidie ont été réduites en esclavage par Daesh en août 2014. Elles ont réussi à s'échapper et se consacrent désormais à la dénonciation de la traite des êtres humains et à la défense du peuple yézidi. Les deux femmes recevront leur prix le 14 décembre à Strasbourg. Le prix Sakharov, décerné chaque année, récompense la liberté d'esprit. 

100 survivants interrogés

Le père Patrick Desbois a publié avec Nastasie Costel un ouvrage intitulé "La fabrique des terroristes", dans lequel ils mettent en lumière le génocide des Yézidis commis par Daech. "C'est un peuple très ancien mais tristement dont on ne connaissait pas le nom avant d'en constater le massacre", explique-t-il. Les Yézidis croient en Dieu, n'ont jamais accepté d'être musulman et n'ont pas de livre sacré. "La religion se transmet par oralité", complète le père Desbois. 

Les Yézidis sont originaires de la région de Sinjar en Irak. Ils possèdent des temples avec des lieux de purification. Le groupe Etat islamique a considéré les Yézidis comme une religion du diable du fait de l'absence de livre sacré et le refus de la communauté à se convertir à l'islam radical. "La communauté a connu un véritable génocide", insiste le père Desbois qui a interrogé plus de 100 survivants. Daesh a arraché les nouveau-nés à leur famille et réduit les filles en esclaves sexuelles.

Le dilemme des familles

"Le groupe Etat islamique kidnappait les enfants et téléphonait aux parents pour demander une rançon", explique le père Desbois. Il estime les sommes à 15 000 dollars pour les garçons et 25 000 dollars pour les filles. Ce la posait parfois des questions dramatiques aux familles. Les sommes sont très importantes pour la communauté, donc parfois, les familles devaient se demander quel enfant sauver", détaille le prêtre. 

Les survivants à Daesh souffrent aussi à leur libération. "Les jeunes garçons ne se souviennent plus qui ils sont", insiste le père Desbois. Il ajoute : "ils ont été coupés de leur parents pendant 2 ans, il faut donc leur apporter une aide pour qu'ils se ré-identifient comme yézidis et éviter qu'ils partent avec des réfugiés et deviennent de véritables bombes humaines", témoigne le prêtre.

"Il faut une reconnaissance du génocide"

Comment se reconstruire après une telle expérience ? Pour le père Desbois, il faut d'abord de l'amour pour ces gens. "Mais aussi la justice", assure-t-il. "Ils se souviennent des noms et des visages de leurs bourreaux, il faut une reconnaissance du génocide", insiste-t-il. "Personne n'est encore désigné comme coupable, il faut nommer les choses", appelle le prêtre.

A ce jour, certains Yézidis sont coincés sur des sites de réfugiés, comme à Lesbos, croit savoir le père Desbois. "Ils sont victimes de génocide mais n'ont pas de statut particulier", regrette le prêtre qui assure que la prière du pape sur le massacre des chrétiens d'Orient lui a ouvert les yeux. Le père Patrick Desbois indique aussi qu'il n'avait jamais entendu parler des Yézidis quelques mois auparavant. "C'est terrible si on peut exterminer tous les peuple dont on ne connait pas le nom. Que va devenir la planète dans ce cas ?" s'interroge-t-il. 

Réécouter l'émission Chrétien à la une avec le père Patrck Desbois

 

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