Législatives en Turquie : l’AKP perdrait du terrain

30 octobre 2015 Par

La campagne électorale pour les élections législatives anticipées en Turquie s’achève ce vendredi, dans un contexte particulièrement pesant.

Décidemment, cette campagne électorale pour les élections législatives anticipées aura été bien particulière. Pas, voire peu de meetings, une ambiance morne suite notamment au récent attentat d’Ankara, qui a poussé l’opposition, dont le Parti démocratique des peuples (HDP), pro-kurde, à annuler tous ses rassemblements publics.

Les électeurs turcs ont encore deux jours pour se décider. L’enjeu pour la population, quelle que soit la couleur politique, est multiple : sortir d’une société polarisée, d’une crise politique d’envergure, et de la violence à plusieurs visages renforcée depuis plusieurs mois par l’instabilité aux frontières avec le conflit syrien. Côté politique, le chef de l’Etat, Recep Tayyip Erdogan, souhaite un vote qui donnera une majorité stable au premier parti du pays, l’AKP, le sien, pour former un gouvernement solide. Le principal parti de l’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), souhaite en revanche un nouveau gouvernement, qui ne soit pas sous l’influence du président. Quant au HDP, la formation politique la plus libérale, il reste sur sa vision anti-répression et antimilitariste du pouvoir.

Pour l’instant, le parti du président Erdogan est donné favori. Mais avec quel résultat ? Les sondages racontent ce que veulent leur faire dire leurs commanditaires. Cela dit, l’AKP pourrait ne plus réaliser d’aussi bons scores qu’avant. Certains instituts le donnent victorieux à plus de 47 %, alors que d’autres lui attribuent un résultat autour de 40 %. Soit 10 % de moins qu’avant. Il serait dans ce cas difficile pour lui de s’assurer une majorité absolue au Parlement.

Quant au parti pro-kurde, il pourrait franchir largement le seuil d’éligibilité de 10 %, et ainsi obtenir des sièges au Parlement. La Turquie se dirigerait donc à nouveau vers une nouvelle coalition gouvernementale. Ce qui ne risque pas de lui faire retrouver sa stabilité politique. A moins qu’un nouveau scrutin soit annoncé pour l’hiver, ou le printemps prochain.

Les précisions de Bayram Balci, ingénieur de recherche au CNRS, spécialiste de la Turquie, interrogé par Léna Bouillard.