Les clés du conflit entre l’Iran et l’Arabie saoudite

5 janvier 2016 Par

Rien ne va plus entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Les deux pays viennent de rompre leurs relations diplomatiques. Ce qui pourrait être lourd de conséquence au niveau mondial.

Tout a commencé samedi dernier par l’exécution du cheikh chiite Nimr Baqer Al-Nimr, par l’Arabie saoudite, le plus puissant Etat sunnite au monde. Une exécution qui  a mis le feu aux poudres entre l’Iran et le royaume des Saoud. Ce cheikh était un personnage éminemment respecté en Iran, et son exécution a sonné comme une provocation pour la république islamique.  L’homme, qui était l’un des plus virulents critiques de la dynastie sunnite, est depuis considéré comme un "ayatollah martyr" pour la population chiite.

De nombreux pays de confession chiite ont d’ailleurs critiqué cette mise à mort. Mais c’est l’Iran qui est allé le plus loin en rompant ses relations diplomatiques avec l’Arabie saoudite. Dans la foulée, des violences ont éclaté à Téhéran devant l’ambassade saoudienne, incendiée par des foules furieuses, à coups de cocktails Molotov. Ce à quoi l’Arabie saoudite a répondu, en rompant elle aussi le contact avec Téhéran, sommant les diplomates iraniens de quitter le territoire saoudien.

Les deux puissances sont très souvent en désaccord sur les moyens à apporter pour régler les crises au Moyen-Orient, comme c’est notamment le cas en Syrie et au Yémen. En Syrie, l’Iran soutient Bachar al-Assad et le Hezbollah, alors que l’Arabie saoudite participe de près ou de loin à la coalition internationale menée par les Etats-Unis, et dénonce la présence d’Iraniens sur des terres arabes. Au Yemen, un pays considéré comme une arrière-boutique de l’Arabie saoudite, cette dernière bombarde sans arrêt depuis mars les rebelles chiites Houthis, soutenus par Téhéran.

L’Arabie saoudite, qui est traditionnellement soutenue par les Etats-Unis, se trouve aujourd’hui dans une position délicate et craint de perdre ce soutien depuis la signature de l’accord sur le nucléaire iranien, le tout sur fond de crise économique et de guerre de clans. De l’autre côté, Téhéran, elle aussi dans une situation peu flamboyante sur le plan militaire et économique, cherche à se positionner comme le défenseur des intérêts chiites dans le monde.

Un conflit interreligieux qui vient parasiter les efforts de la communauté internationale pour résoudre les crises au Moyen-Orient, et notamment sur la question syrienne, pour laquelle on pouvait espérer un embryon d’alliance contre l’Etat islamique. Une crise qui vient rappeler aux Occidentaux ô combien il sera difficile de pacifier cette région du monde tant que le monde musulman sera secoué par des querelles internes. Des luttes d’influence qui tiennent semble-t-il, pour les principaux leaders chiites et sunnites, une place plus importante que l’éradication de Daech.