Libye: à Tripoli, les milices font régner la terreur

5 septembre 2018 Par

La Libye est le théâtre d'une situation humanitaire et militaire catastrophique. Entre crise migratoire et affrontements entre milices, Tripoli est à feu et à sang.

Plusieurs dizaines de morts à Tripoli

Après dix-huit mois d’un calme relatif, Tripoli est à nouveau le théâtre de combats meurtriers entre milices. Ces affrontements hypothèquent le scénario de sortie de crise en Libye et la perspective d’élections d’ici la fin de l’année. Depuis une semaine, ces combats entre milices rivales ont fait plusieurs dizaines de morts.

Les troubles ont éclaté le 27 août dernier, lorsque la 7ème Brigade, principale milice de Tarhouna, banlieue méridionale de Tripoli, qui assurait autrefois la sécurité au Sud de la capitale, a progressé en direction de l’aéroport international avant de se heurter à la milice des révolutionnaires de Tripoli, elle-même composée de plusieurs milices de quartiers. Pour Kader Abderahim, maitre de conférence à Sciences Po Paris, c'est un nouvel épisode symptomatique de la situation lybienne. 

Kader Abderahim, maître de conférence à Science Po Paris:

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"On assiste aujourd’hui à un énième épisode des rapports de force entre les tribus, les milices, et le gouvernement installé à Tripoli. Il y a en plus une grande confusion car on n’est pas parvenu à jeter les bases d’un Etat ou d’une administration avec tous ses attributs, et notamment celui d’assurer la protection et la sécurité de tous les citoyens de Tripoli. Et aujourd’hui les combats qui durent depuis une semaine sont un énième épisode de cette confusion libyenne que l’on a parfois bien du mal à comprendre et à décrypter, mais qui en réalité est très simple" explique ce spécialiste.

"Il s’agit d’une lutte à mort pour le pouvoir. Et cette fameuse septième brigade qui était censée répondre à l’autorité du ministre de la Défense, et donc être loyale au gouvernement, s’est retournée contre le gouvernement pour défendre des intérêts particuliers, et notamment ceux de sa tribu" conclut Kader Abderahim.
 

L'état d'urgence décrété par le Premier ministre

Sur place, la confusion semble totale, et nuit aux efforts de trêve durable. Et pour cause, ce sont des milices dépendant du ministère de l’Intérieur qui s’opposent actuellement à des milices dépendant du ministère de la Défense. A tel point que le Premier ministre libyen, Fayez al-Sarraj, a choisi de décréter l’état d’urgence.

Il faut dire que la chute de Kadhafi a accéléré la corruption, déjà bien présente sous son règne, en Libye. A tel point que les milices ont désormais d’importantes velléités de pouvoir. Ces groupes sont aujourd’hui dirigées par des chefs de guerre millionnaires, qui n’ont aucun mal à les armer, et à alimenter cette situation de chaos.