Le Gabon sous haute tension après les élections

1 septembre 2016 Par

Des heurts ont éclaté au cours de la nuit dans la capitale Libreville après l'annonce de la courte victoire du président sortant Ali Bongo face à Jean Ping à l'élection présidentielle.

Symbole de la tension qui régnait au Gabon après le scrutin présidentiel du lundi 29 aout, la commission électorale a mis quatre jours pour annoncer le résultat de l'élection. Dès lundi, pourtant, le camp de l'opposition et son candidat, Jean Ping (73 ans), revendiquaient la victoire, après le seul tour de scrutin organisé. Finalement, la commission électorale a désigné vainqueur le président sortant, Ali Bongo (57 ans) pour un nouveau septennat. Ce dernier rassemble 49,80 % des voix contre 48,23 % à Jean Ping. L'écart, infime, moins de 6000 voix, a convaincu l'opposition de rejeter les résultats. D'autant que certaines provinces comme le Haut-Ogooué, fief d'Ali Bongo, affichent une participation de 100%. L'opposition, appuyée par une partie de la société civile, demande donc un nouveau décompte des bulletins. Parmi cette société civile, Laurence Ndong est enseignante chercheuse, auteur de "Gabon, pourquoi j'accuse", paru aux éditions l'Harmattan. Pour elle, la tricherie est grotesque.

Laurence Ndong donne même des chiffres précis sur les suffrages présidentiels.

En parallèle, les militants de l'opposition et les forces de l'ordre se sont violemment affrontés dans la nuit de mercredi à jeudi. Des manifestations des partisans du candidat battu ont été dispersées à coups de gaz lacrymogènes, de grenades assourdissantes et de jets d'eau. En représailles, les opposants au président Bongo ont partiellement incendié l'Assemblée nationale. Les forces de l'ordre ont donc bouclé la capitale avec la mise en place de check-points et le déploiement de véhicules blindés aux carrefours et sur les grands axes de circulation. Des tirs ont été entendus toute la nuit et des colonnes de fumée s'échappaient de plusieurs quartiers populaires. Jean Ping a affirmé que son quartier général avait été pris d'assaut par la garde républicaine dans la nuit. Les violences auraient causé la mort de 3 à 4 personne et une vingtaine de blessés.

L'ambassade de France a appelé ses ressortissants à éviter tout déplacement jusqu'à nouvel ordre. Jeudi après-midi, le Président François Hollande a fait part de sa profonde inquiétude après les événements de cette nuit au Gabon. Il a condamné avec la plus grande fermeté les violences et les pillages ainsi que les menaces et attaques portées contre les partisans des principaux candidats. François Hollande appelle toutes les parties à la retenue et à l’apaisement, à travers une plus grande transparence sur les résultats du scrutin.L'Union Européenne a également appelé au calme et réitéré le même souci de transparence. Mais pour l'instant, la commission électorale a refusé de publier les résultats détaillés. Washington a également exprimé sa vive inquiétude et appelé les forces de sécurité à respecter les droits des citoyens et les manifestants à garder le calme.
 

Les candidats
Jean Ping, 73 ans, ancien président de la Commission de l'Union africaine et ancien ministre gabonais des affaires étrangères.
Ali Bongo, 57 ans, président sortant élu en 2009, fils d'Omar Bongo, au pouvoir au Gabon de 1967 à sa mort, en 2009.

 

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