Moralisation de la vie politique, "la loi ne sera pas magique"

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Le Temps de le dire

mercredi 14 juin 2017 à 9h03

Durée émission : 55 min

Le Temps de le dire

© Patrick KOVARIK / AFP - Le 14 juin 2017, François Bayrou et Edouard Philippe à l'Élysée

De transgression en règlement, ainsi va la démocratie. Le projet de loi sur la moralisation de la vie politique était étudié ce matin en Conseil des ministres.

Il était attendu pour le 30 mai. Le projet de loi sur la moralisation de la vie politique est présenté ce matin en Conseil des ministres. Et sous un autre nom: on ne parle plus de "moralisation" mais projet de loi intitulé pour "la confiance dans notre vie démocratique". Il s'agit du premier grand projet de loi du quinquennat Macron, entre les deux tours des élections législatives. A-t-on besoin de lois pour rendre les élus plus vertueux?
 

"Il faut bâtir un socle sur quoi devra se développer une culture de la probité et de l'exemplarité"

 

plus de morale: fallait-il une loi pour ça?

"Ce sont les trangressions qui font apparaître le besoin de règles." Et ce travail-là est inhérent à la vie démocratique, comme nous l'explique en somme Frédéric Worms, auteur de l'essai "Les maladies chroniques de la démocratie" (éd. DDB). "La loi vise à répondre à des trangressions en énonçant des principes sur des problèmes auxquels ont n'avait pas pensé auparavant." Selon lui, c'est sur des "cas" précis de "transgression" que la loi doit porter.

Corruption, népotisme, mensonge, dissimulation, prévarication. Est-ce à dire que ces mots appartiendront un jour au passé? Bien sûr que non, il ne faut "surtout pas croire" que la loi sera "magique", prévient Frédéric Worms. Parmi les dispositions qui devraient être prévues: le non-cumul des mandats, l'interdiction pour les députés ou sénateurs d'employer des membres de leur famille ou encore la disparition de la réserve parlementaire. Des dispositions qui font écho aux affaires qui ont marqué la dernière campagne présidentielle et qui continuent de secouer la vie politique française.

 



 

Des citoyens plus exigeants ou moins confiants?

"Il faut bâtir un socle sur quoi devra se développer une culture de la probité et de l'exemplarité", explique Eric Alt, dont l'association, Anticor, a été consultée par François Bayrou: "Nous avons suggéré au ministre un certaine nombre de propositions, dont certaines ont été reprises, d'autres ont été ignorées."

La confiance est-elle rompue entre les politiques et les Français? "Ce qui a été ébranlé, c'est la confiance", pour Frédéric Worms. Les récentes affaires ont également mis au jour des évolutions dans l'exigence des citoyens, qui ne supportent plus l'impunité apparente dont ont pu bénéficier certains. Si les Français s'intéressent toujours à la politique, notre Eric Alt, "face aux manœuvres politiciennes, ils éprouvent une sorte de dégoût, de mépris."
 

"L'intitulé de la loi ne dit pas ce qu'il y a dedans mais ce que l'on veut obtenir grâce à elle"

 

La nécessaire confiance

"La démocratie est fondée sur le mandat, et donc sur la confiance de l'électeur envers celui qui le représente, rappelle Eric Alt, si celui qui représente l'électeur n'est pas digne de confiance, c'est le principe même de la démocratie qui est en jeu." Avoir ainsi modifié le nom du projet de loi, de la morale à confiance, n'est pas sans signification. Pour Frédéric Worms, "l'intitulé de la loi ne dit pas ce qu'il y a dedans mais ce que l'on veut obtenir grâce à elle".

 

Invités

  • Eric Alt , magistrat, vice-président de l'association Anticor, membre du conseil d'administration de l'association Sherpa

  • Frédéric Worms , philosophe, professeur à l'Ecole normale supérieure (ENS), membre du Comité consultatif national d'éthique

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Le présentateur

Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.