Obama accorde la grâce présidentielle à Chelsea Manning

19 janvier 2017 Par

A trois jours de la fin de son mandat, le président américain sortant a réalisé un geste fort en commuant la peine de C. Manning, condamnée en 2013 pour espionnage et fraude de documents.

Chelsea Manning, ex-militaire transgenre de nationalité américano-britannique, connue auparavant sous le nom masculin de Bradley Edward Manning, était analyste dans l’armée des Etats-Unis. Elle s’est faite connaître pour avoir fourni des milliers de documents classés Secret Defense sur l’armée américaine au site Wikileaks, qui les a ensuite dévoilées au grand public, ce qui lui avait valu une condamnation à 35 ans de prison en 2013. 

FUITE DE MILLIERS DE DOCUMENTS SECRETS DE L’ARMéE AMéRICAINE

En 2010, cette lanceuse d’alerte avait fourni au site Wikileaks près de 700 000 documents confidentiels de l’armée américaine sur la mort de civils tués pendant la guerre d’Afghanistan ou lors d’un raid aérien effectué à Bagdad en 2007 (en révélant notamment une vidéo de ce raid). Arrêtée en juin 2010, elle avait été détenue au secret avant d’être jugée par la cour martiale qui, en 2013, a prononcé sa condamnation. 

CONDAMNéE à 35 ANS DE PRISON

Reconnue coupable de vingt chefs d’accusation tels que l’espionnage, fraude, et vol de documents diplomatiques et militaires confidentiels le 21 août 2013 alors âgée de 25 ans, elle avait été acquittée du chef d’accusation le plus lourd, celui d’"intelligence ave l’ennemi" qui aurait pu la condamner à perpétuité. Au lendemain de sa condamnation, Chelsea Manning avait révélé son identité transgenre et son souhait d’entamer des procédures pour changer de sexe. La justice américaine a reconnu le changement de nom de Manning, qui reste toutefois un homme aux yeux de la loi. Depuis 2010, elle était incarcérée dans la prison militaire de Fort Leavenworth, dans l’Etat du Kansas. 

LIBéRéE POUR LE MOIS DE MAI

Une peine finalement annulée puisque le président Obama a annoncé qu’elle sera libre pour le 17 mai, un délai de quatre mois considéré comme standard pour pouvoir permettre à l’administration en charge de Manning de régler les détails de sa réhabilitation. L’ancien avocat de Chelsea Manning avait dénoncé les conditions de son incarcération, cette dernière avait été placée en isolement, après sa première tentative de suicide en juillet 2016. Un acte qui s’apparente à de la torture psychologique, violant les principes de la Constitution américaine. Ce droit de grâce du Président est prévu par l’article II de la Constitution des Etats-Unis. 

UN GESTE SALUé PAR WIKILEAKS ET EDWARD SNOWDEN

Une libération prochaine vue comme une victoire pour Wikileaks, tel que le site l’a écrit sur son compte Twitter. Un geste qui pourrait bien avoir des conséquences pour Julian Assange, fondateur de Wikileaks. Ce dernier avait écrit sur le compte Twitter du site, le 12 janvier : "Si Obama accorde la grâce à Manning, Assange accepte l’extradition vers les Etats-Unis en dépit de l’anti-constitutionnalité flagrante". Agé de 45 ans, ce natif d’Australie est réfugié depuis 2012 à l’ambassade d’Equateur à Londres, fuyant le chef d’accusations qui pèsent sur lui et le mandat international lancé contre lui par la Suède avec comme motif culpabilité pour viol. Sur son compte Twitter, Edward Snowden, l’ancien salarié de la CIA ayant révélé l’affaires des écoutes de la CIA et NSA, réfugié en Russie, a également réagi : "Disons-le franchement et de bon cœur : merci Obama". Mais du côté des Républicains, on s’insurge devant la grâce accordée, notamment chez le sénateur John McCain annonçant une "grave erreur" et Paul Ryan qui l’a qualifiée "d’outrageante". Le porte-parole de la Maison Blanche, John Earnest, a insisté sur la différence entre Edward Snowden et Chelsea Manning. Le premier a fuit en Russie, tandis que la deuxième a fait face à la justice américaine, pris part à son procès et a reconnu ses torts. Ce dernier geste d’Obama porte à 1385 le nombre total de grâces accordées durant l’exercice de ses fonctions présidentielles. Un record aux Etats-Unis !