Parler de confinement quand on est moine, c’est original.

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Carte blanche de François Prouteau, président de Fondacio

lundi 4 mai à 18h25

Durée émission : 3 min

Carte blanche de François Prouteau, président de Fondacio

Beaucoup de chrétiens et pasteurs d’Église, évêques, prêtres, religieux et laïcs, s’expriment sur la situation ecclésiale que nous vivons actuellement, avec notamment le manque de messe. Ce manque difficile à vivre nous invite à regarder plus loin, et à méditer sur cette situation, à réfléchir, à écouter et à discerner.

Pour ma part, j’ai lu un message récent très intéressant du frère François Cassingena-Trévedy, moine bénédiction à l’Abbaye de Ligugé. Parler de confinement quand on est moine, c’est original. Ses mots inspirés m’inspirent. Je vous en livre quelques morceaux choisis.
« Nous voici entrés de nouveau dans un âge de la Peur, comme l’histoire de notre Occident en a traversé d’autres... Naguère encore nous éprouvions la peur de la menace nucléaire, plus récemment celle du terrorisme international : la peur du Covid 19 ne fait qu’en masquer momentanément une autre, avec laquelle d’ailleurs elle se combine : celle du bouleversement climatique. Bref, parce que nous sommes mortels, et que la peur est toujours, in fine, peur de la mort, quelque peur nous accompagne toujours. Réaction naturelle et universelle, la peur inhibe pour commencer, mais elle déclenche aussi l’action : après avoir paralysé, elle se découvre motrice. [...]
Le déconfinement, évidemment nécessaire à plus ou moins longue échéance, suscite de légitimes inquiétudes. [...] Car il faut bien nous le redire : nous sommes entrés pour longtemps dans un âge d’austérité et de minoration de nos libertés chéries, absolues, mais avec la chance de pouvoir explorer une tessiture plus grave et plus émouvante de notre vie [...].
Je pense pour ma part à certaines « fractions du pain », tout à fait inofficielles, exorbitantes, que j’ai vécues ici ou là, à la dure, et qui, avec le recul, m’apparaissent, fulgurantes, comme de véritables eucharisties. Je pense à tant d’amis non pratiquants, agnostiques, athées, qui sont tellement beaux dans leur humanité toute simple et laborieuse, tellement avancés dans l’intuition de ce qui fait l’essentiel de nos vies… Bref, la crise que nous traversons révèle un clivage dangereux et place l’Église à la croisée de deux chemins possibles, dont l’un est une tentation : ou bien la perpétuation introvertie d’un certain fonctionnement religieux, ou bien la dilatation joyeuse et aventureuse [...]  à d’autres dimensions du monde réel et de la pensée [...].
L’évangile du quatrième dimanche du Temps pascal, évangile dit du « Bon Pasteur », est à cet égard d’une saisissante actualité... – en plein temps de confinement ! – l’image du pâturage à ciel ouvert, de l’espace appétissant dans lequel les « brebis » intelligentes entrent et sortent, circulent en parfaite liberté [...]. Image magnifique de ce qu’est, par vocation, l’Église. 
Le Christ nous met à l’aise, au large, dans un espace qui n’a d’autres dimensions que les siennes, illimitées. La « pastorale » qu’il instaure et qu’il nous confie ne fait ni des toutous, ni des consommateurs, ni des assistés, mais des brebis attentionnées qui ont l’oreille fine. [...] L’espace qui leur est ouvert n’est pas un espace rationné : c’est un espace infini de vie, d’interprétation, de liberté. Car le Peuple de Dieu n’est pas un peuple de répétiteurs, mais un peuple d’interprètes, au sens quasi musical du terme. »

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Le présentateur

François Prouteau

François Prouteau est le président du mouvement Fondacio