​Pédophilie dans l’Eglise: pour le père Lombardi, "il faut agir dans le sens de la prévention"

20 février 2019 Par

​Tous les regards sont tournés vers Rome, où s’ouvre jeudi 21 février au Vatican une rencontre internationale pour la protection des mineurs, à l'initiative du pape François.

Le 12 septembre dernier, sur la suggestion du Conseil des cardinaux, le Saint Père décidait de réunir tous les présidents des conférences épiscopales des cinq continents pour parler de la prévention des abus sur les mineurs et les adultes vulnérables. Une annonce qui intervenait après la révélation, dans l’été, de nouvelles affaires, notamment aux États-Unis.

Un des objectifs de cette rencontre internationale est de permettre aux évêques de prendre conscience de ce drame et de la souffrance des victimes. "Je vous invite à prier pour ce rendez-vous que j'ai voulu comme un acte de forte responsabilité pastorale devant un défi urgent de notre époque", a notamment déclaré le pape François lors de l'Angélus dimanche dernier, devant la foule rassemblée place Saint-Pierre. Il y a quelques semaines, il avait également souligné que cette réunion ne doit pas être un congrès d'études mais une rencontre de pasteurs.

Trois axes de travail sont au programme : la responsabilité des évêques, le fait qu'ils doivent rendre des comptes et la transparence. Avec en filigrane : la prévention. Le pape veut établir des procédures car selon lui, les évêques ne savent pas toujours quoi faire face aux cas d'abus sexuels. Les bonnes pratiques mises en place par certains pays vont ainsi pouvoir être partagées. C'est le père Federico Lombardi, ancien porte-parole du Saint-Siège, qui a été nommé modérateur lors de ces quatre journées. Il répond aux questions de Florence Gault.

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Quel est l’objectif d’une telle rencontre ?

"Tous les représentants des pasteurs de la planète sont invités pour prendre conscience ensemble, de la gravité du problème des abus et de la nécessité de protéger les mineurs, ainsi que de la responsabilité qu’ils ont comme pasteur, en agissant d’une façon cohérente avec cette responsabilité, pour ne plus cacher de problèmes qui par le passé ont été oubliés, sans voir la souffrance des victimes. Il faut vraiment aller de l’avant avec une crédibilité récupérée de la part de l’Eglise, pour être au service de la protection des mineurs dans la société et dans le monde. C’est un problème très grave, pas seulement dans l’Eglise. Protéger les mineurs contre chaque forme de violence, d’abus, d’offense à la dignité. Si l’Eglise qui prétend avoir une autorité morale et spirituelle n’est pas vraiment cohérente et crédible, comment peut-elle aider l’humanité à faire le bien des nouvelles générations ? C’est la question que nous devons affronter".
 

Avez-vous l’impression qu’aujourd’hui la loi du silence est rompue ?

"Je pense que c’est une situation nouvelle. Aujourd’hui on se rend compte qu’il y avait une réalité pas connue, ou oubliée, ou intentionnellement cachée, pour donner la priorité à l’image de l’Eglise et de l’institution. Il faut vraiment reprendre le point de départ : la gravité des faits et la souffrance qu’ils causent pour agir avec efficacité, pour rétablir justice et vérité, et pour agir dans le sens de la prévention. Dans le long terme, la question n’est pas seulement de punir les fautes, mais surtout éviter que cela se répète, ou du moins que ce soit absolument exceptionnel. Ce sont vraiment les grandes lignes".
 

Il y a beaucoup d’attente de la part des victimes. La place de leurs témoignages sera-t-elle centrale dans ce temps de rencontre ?

"La place des victimes est centrale. On ne comprend le problème si on ne comprend pas la souffrance des victimes. Mais on ne peut pas donner la parole à toutes les victimes du monde, au cours de cette rencontre. C’est la raison pour laquelle les participants ont été pressés de rencontrer les victimes dans leur pays, avant de venir, pour comprendre que le problème existe chez eux. L’écoute des victimes est préalable à cette rencontre. Le témoignage et l’expérience des victimes est le point de départ du raisonnement".
 

Prévention et bonnes pratiques seront au cœur de ce temps de rencontre…

"Oui. Il y a des pays et des conférences épiscopales qui ont déjà fait beaucoup, il faut le reconnaître. Comme aux Etats-Unis, ou en Allemagne. Il faut des procédures. Il faut aussi avoir une attention sur les changements de forme des abus. Dans le monde digital d’aujourd’hui, on a toute une forme de risques pour le respect et la dignité des mineurs qui est impressionnante. Il faut aussi se rendre compte de cela".
 

Est-ce que ce sommet n’arrive pas un peu tard ?

"Je ne le pense pas. Dans les différents pays, on a approché le problème quand on a eu des scandales ou des cas importants. Naturellement, il y a tout un chemin à faire pour accélérer la prise de conscience dans les différentes parties du monde et de l’Eglise. J’espère que ce sommet sera une part importante pour donner une impulsion décisive et profonde dans la nécessité d’agir. Dans le pontificat de François, la conscience de l’universalité du peuple de Dieu qui se met en marche ensemble, avec une solidarité et une conscience commune peut être vraiment une nouveauté très forte, avec des possibilités pour mieux affronter le problème".
 

Avec quoi voudriez-vous que les participants repartent ?

"Je voudrais vraiment qu’ils repartent avec une conscience du sérieux du problème de la protection des mineurs. Nous sommes une Eglise avec une mission de service à la jeunesse, à l’enfance, à la famille, à la société. Un service de dignité, de croissance positive de la personne. C’est fondamental. Notre mission comme Eglise est en cause. Nous devons vraiment être crédibles et enthousiastes sur l’importance de cette mission. Nous devons être cohérents. Cela implique une conversion profonde, et la joie d’être au service des plus petits".

 

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