Pierre Mathiot: "la victoire d'Emmanuel Macron remet en question les partis traditionnels"

8 mai 2017 Par

Pierre Mathiot, politologue et professeur à Science Po Lille, réagit à la victoire d’Emmanuel Macron, dimanche 7 mai.

La victoire d'Emmanuel Macron n'est pas une surprise

Pour le politologue, la victoire d’Emmanuel Macron n’est pas une surprise. "On s’y attendait. Aucun sondage n’avait jamais donné Marine Le Pen en situation de l’emporter donc ce n’est pas une surprise. Là où il y a une légère surprise c’est sur l’écart entre les deux candidats. Emmanuel Macron l’emporte avec un score nettement supérieur à celui que les enquêtes d’opinion lui avaient donné dans les deux semaines entre les deux tours. Ce n’est pas une surprise non plus mais l’on a affaire à une abstention et à un nombre de bulletins blancs et nuls qui est élevé, mais qui s’explique par les résultats du premier tour" explique-t-il.

Il y cinq ans, Emmanuel Macron n’était pas encore nommé  conseiller économique de François Hollande. Il y a encore un an, il était quasiment inconnu du grand public. Une ascension fulgurante que Pierre Mathiot analyse en expliquant que la plus grande surprise de cette élection présidentielle, ce n’est pas le score historiquement élevé de Marine Le Pen, mais l’élection d’Emmanuel Macron. "Dans notre tradition politique, il n’était jamais arrivé qu’un jeune homme qui il y a cinq ne faisait pas de politique, se retrouve président de la République après avoir créé un mouvement, après seulement deux ans d’expérience de ministre, sans n’avoir jamais exercé de mandat électif" ajoute le politologue.

 

Une remise en question des partis traditionnels

Une victoire qui en dit long sur l’échiquier politique français. "La première chose, c’est que la victoire remet en question les partis traditionnels, qui structuraient les politiques publiques en France depuis de très nombreuses années. Et puis la remise en cause du clivage historique entre la droite et la gauche. Faire campagne en expliquant n’être ni de droite ni de gauche, ou plutôt de droite et de gauche ne l’a pas empêché de l’emporter" analyse Pierre Mathiot.

Concernant l’abstention et le vote de sanction, Pierre Mathiot explique que "Marine Le Pen et Emmanuel Macron avaient rassemblé plus de 16,5 millions de voix à eux deux sur un total de 37 millions d’électeurs au premier tour. Ce qui fait que beaucoup d’électeurs d’autres candidats ne se sont pas reconnus dans Marine Le Pen, et peu d’entre eux ne se reconnaissaient pas non plus dans Emmanuel Macron. Cela indique des choses sur l’état de notre système démocratique".

 

Cap vers les législatives

Marine Le Pen a indiqué dans son discours que le FN était devenu la principale force d’opposition de France. Une sorte de victoire pour la présidente du FN. "Il est vrai que le FN représente la première force d’opposition si l’on s’en tient à l’élection présidentielle. Sauf que cela demande confirmation. Cela sera véritablement le cas à la condition que lors des législatives en juin prochain, le Front National emporte un nombre de députés qui le place en deuxième position derrière En Marche !" prévient le politologue.

L’illustration que pour tous les partis et mouvements, le prochain objectif ce sont bien entendu les élections législatives. "Jusqu’au 18 juin, on va avoir cinq ou six semaines d’entre-deux politiques. Emmanuel Macron va désigner un gouvernement, ce sera une bonne manière de voir s’il tient ses engagements politiques. Il va probablement expliquer qu’il faut voter pour ses candidats en présentant ce qu’il va faire s’il a une majorité. Et puis il y aura la vérité des urnes une fois de plus. C’est après le 18 juin que l’on pourra évaluer si le président Macron a une majorité nette ou pas et ce qu’il faudra en déduire pour lui en termes de capacité à mettre en œuvre son programme" conclut Pierre Mathiot.

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