Pour les évêques de France, le Synode ne fait que commencer

4 novembre 2015 Par

Le collège épiscopal français est partagé sur certaines orientations du document final du Synode sur la famille. Plusieurs évêques souhaitent des approfondissements.

Le Synode sur la famille ne fait que commencer. C’est la conclusion que l’on peut tirer à l’issue du premier échange ce mercredi matin entre évêques de France sur le rapport final du Synode, au deuxième jour de l’Assemblée plénière de la Conférence épiscopale à Lourdes. Après avoir écouté les retours d’expérience des membres de la délégation française du Synode, plusieurs évêques, souvent les plus jeunes, ont bousculé l’unanimité de la lecture faite par la délégation.

Président délégué de ce Synode, le cardinal archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois, a commencé par livrer sa perception de deux clivages chez les Pères synodaux. Le premier se fonde sur la compréhension de l’ampleur des mutations anthropologiques et sociales que connaît le monde actuel et sur leur capacité à traverser toutes les frontières en raison des techniques modernes de communication. On a en effet souvent assisté durant ce Synode à une confrontation entre plusieurs évêques africains et de nombreux évêques occidentaux.

Le second clivage est de "nature pastorale" pour le cardinal Vingt-Trois : pour certains, la réaffirmation de la doctrine catholique sur le mariage et la famille "suffira pour bouger les cœurs ; pour d’autres, cette réaffirmation doit être accompagnée d’« une relation personnalisée qui permette aux gens de mesurer les enjeux de leur liberté".

 

"Pédagogie divine"

L’évêque de Nantes, Mgr Jean-Paul James, l’archevêque de Lille, Mgr Laurent Ulrich, et l’évêque du Havre, Mgr Jean-Luc Brunin, président du Conseil Famille et Société, tous les trois présents au Synode, ont relevé l’insistance de la "pédagogie divine" dans le document final comme fondement de la pastorale de l’Eglise, en particulier face à des situations de couples vivant en concubinage et qui souhaitent s’approcher des sacrements ou faire baptiser leurs enfants. Cette "pédagogie" met en valeur les notions de cheminement et d’accompagnement, l’"accompagnement de l’action salvifique de Dieu dans la vie de toute personne et de toute famille quelque soit sa situation", a souligné Mgr Brunin.

Et ce "paradigme" a rassemblé, selon lui, un large consensus lors de ce Synode. Enfin, pour l’évêque du Havre, le Synode "s’est inscrit dans la tradition du Concile Vatican II", celle de vivre "une démarche de pastoralité doctrinale". Et de citer le pape Jean XXIII qui déclara en mai 1963 durant le Concile : "Ce n’est pas l’Evangile qui change, c’est nous qui commençons à le comprendre mieux".

Au cours de son intervention également, Mgr Georges Pontier a souhaité que la Conférence épiscopale entame un travail en commun sur une autre manière de préparer les candidats au mariage sacramentel, à la suite du rapport final du Synode. Le sens des sacrements dans la vie d’une personne a constitué un sujet de débats très vifs entre Pères synodaux, a aussi indiqué le président de la Conférence des évêques. "Qu’est-ce que signifie une vie chrétienne sans accès aux sacrements ?", a-t-il interrogé dans l’hémicycle, en lien avec la question de l’accès aux sacrements des personnes divorcées remariées civilement.

 

Ambiguités

La question a suscité une série de réactions parmi les évêques, reflétant un collège épiscopal partagé sur l’interprétation de plusieurs paragraphes du document final. Mgr Olivier de Germay, évêque d’Ajaccio, souligne que "tout n’est pas réglé sur les situations irrégulières" au regard de l’Eglise et conclut que le Synode a peut-être déplacé la question de l’accès aux sacrements vers la question de l’intégration des personnes divorcées remariées dans l’Eglise. Il estime que certains critères de discernement inscrits dans le paragraphe 85, voté à la majorité des deux tiers à une voix près, sont "ambigus" car il n’est pas précisé si "ces critères relèvent de l’accompagnement, de l’intégration ou de l’accès aux sacrements".

Il demande la définition de critères objectifs en matière d’accès aux sacrements, ce qu’attendent du pape nombre d'évêques. François pourrait publier assez rapidement une exhortation apostolique post-synodale. L’intervention de Mgr de Germay a fait dire à l’évêque de Pontoise, Mgr Stanislas Lalanne, qu’un débat était en effet "nécessaire" sur ces questions. Pour Mgr Michel Aupetit, évêque de Nanterre, il s’agit de savoir "comment nous allons accompagner la conscience personnelle et l’éclairer dans une société de la revendication,  du "j’ai droit à" ? ; comment nous allons accompagner la question de la conversion".

Mgr Nicolas Brouwet demande de son côté que l’on sorte du "vague" pour éviter "les polémiques" quand Mgr Pontier souligne que l’Eglise "n’est pas dans l’accompagnement d’un modèle de famille". "Y a-t-il alors des modèles de famille ?", demande de préciser l’évêque de Tarbes et Lourdes. A la lumière de cet échange en séance plénière à Lourdes, le collège épiscopal français devrait approfondir certaines de ces questions, probablement sur la base de la traduction que fera le pape François du document final du Synode.

Le témoignage de Mgr Aillet, évêque de Bayonne

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