Présidentielle : vote en ordre dispersé chez les chrétiens

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Chrétiens à la Une

vendredi 5 mai 2017 à 13h30

Durée émission : 25 min

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© PHILIPPE HUGUEN AFP

La qualification d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen divise les chrétiens, et plus particulièrement les catholiques.

La qualification d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle a mis en lumière la diversité du vote chrétien et notamment catholique. Les critiques qui ont suivi la déclaration de la Conférence des évêques de France au lendemain du premier tour en sont une flagrante illustration.

L'épiscopat français divisé

L’épiscopat français rappelle des points d’attention, de discernement qui doivent guider le vote tout en se gardant bien de se prononcer sur un nom. Pour Mgr Georges Pontier, qui a dû sortir de son silence à la suite de la publication du communiqué de la CEF, "le rôle de l’Eglise est plus que jamais de ne pas prendre parti pour l’un ou l’autre candidat mais de rappeler à chaque électeur ce que notre foi nous invite à prendre en compte".

En 2002 pourtant, les évêques avaient appelé clairement à ne pas voter pour le FN. Aujourd’hui, ils ne donnent pas de consignes de vote. Il faut dire que ce contexte a changé. Le clivage droite/gauche est en train de s’effacer, avec un candidat qui essaye de s’en affranchir, Emmanuel Macron. Ce remodelage du paysage politique déstabilise l’électorat en général, et, visiblement, l'électorat catholique également.                 

Si cette absence de consignes de vote a été relayée par bon nombre d’évêques, certains affirment de manière plus ou moins explicite qu’il faut faire barrage au Front National quand d’autres encore prônent l’abstention. Plus d'un évêque sur trois s'est exprimé sur la question. Parmi eux,  l'archevêque de Bordeaux.

Pour Mgr Jean-Pierre Ricard, l’Eglise n’a pas à favoriser une candidature. Il estime notamment qu’"aucun candidat n’incarne à lui seul l’idéal évangélique". Il livre également ses clés de discernement en vue du second tour et des élections législatives. Autre exemple, celui de Mgr Dominique Rey.

Dans une vidéo publiée sur YouTube, l'évêque de Fréjus-Toulon affirme qu'on peut s'abstenir lors d'une élection. Mgr Rey égrène également une liste des principes non-négociables que le candidat doit respecter. Mgr Rey appelle au vote en conscience. Pour lui il y a un certain nombre de principes non négociables : l’euthanasie, avortement, mariage homosexuel, PMA, GPA.

 

Une tendance pro-Macron

Les religieux et religieuses ont eux-aussi pris la parole. Ils ont estimé nécessaire de prendre position. "Optons pour la fraternité, l’ouverture, l’hospitalité", c'est l'appel lancé par la CORREF à la veille du second tour qui opposera dimanche Emmanuel Macron à Marine Le Pen. Engagés à créer du lien entre les personnes, les religieux et religieuses refusent de souscrire à toute logique de discrimination, de repli sur soi, d’exclusion et de peur. Ils incitent aussi à se rendre aux urnes car les chrétiens ne sont pas des citoyens de seconde zone.

Alors que la Conférence des Évêques de France a choisi de ne pas donner de consigne de vote, les protestants, les juifs et les musulmans de France prennent position ensemble. A trois jours du second tour de l’élection présidentielle, qui oppose Emmanuel Macron à Marine Le Pen, et après avoir appelé individuellement à faire barrage au FN, la Fédération protestante de France, le grand rabbin de France et le CFCM publient une déclaration conjointe.

Dans ce texte, signé par le pasteur François Clavairoly, Haïm Korsia et Anouar Kbibech, ils appellent très clairement "à voter pour Emmanuel Macron". Ici, pas d’allusion à telle ou telle tendance politique, à une éventuelle menace, le nom du leader d’En Marche ! est écrit noir sur blanc, ce qui ne laisse aucune ambigüité.

Enfin, c'est la société civile qui a fait entendre sa voix dans cet entre deux-tours. Trente-neuf associations et mouvements catholiques ont dans une déclaration commune condamnée implicitement le programme du Front National. Dans ce texte intitulé "Transformons la clameur du monde en espérance", ils appellent à prendre position contre "la tentation du repli sur soi".

On retrouve entre autres la Caritas, la JOC, le MRJC, le Mouvement chrétiens des cadres et dirigeants et bien d’autres. Mais il y a aussi les défenseurs de la vie de la famille, de l’éducation, des enjeux sociétaux. "Notre seul parti" disent les associations familiales catholiques, "c’est la famille".  

Cette élection présidentielle va sans doute laisser des traces, créer une fracture chez les chrétiens. Alors à quoi ressemble plus précisément l’électorat catholique aujourd’hui ? L’Eglise doit elle prendre position au nom de tous les fidèles ? Les critères objectifs de discernement ont il évolué entre le premier et le second tour ? Y-a t-il une hiérarchie dans ces critères de discernement ? L’abstention, le vote blanc en font-ils partie ? Décryptage de ces sujets avec François Euvé, le rédacteur en chef de la Revue Etudes.
 

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