Reprise des cultes : les réactions de Mgr Rougé et du rabbin Haïm Korsia

19 mai 2020 Par

Le Conseil d'Etat a ordonné hier de lever l'interdiction des rassemblements dans les lieux de culte. Le grand rabbin de France et l'évêque de Nanterre réagissent à cette décision.

Le juge des référés du Conseil d’État  a ordonné au gouvernement de lever l’interdiction générale et absolue de réunion dans les lieux de culte. Il lui demande d’édicter à sa place des mesures strictement proportionnées aux risques sanitaires en ce début de "déconfinement".

"Tous les moments du culte sont des moments à risque"

Le grand rabbin de France, Haïm Korsia, rappelle que même si " la frustration est évidente depuis le premier jour ", on doit avant toute chose " protéger la vie" et qu'"il n'est pas question de faire prendre le moindre risque à une personne ". Il  estime, au micro d'Etienne Pépin,  que "tous les moments du culte sont des moments à risque"." Ce n'est pas la même chose d'assister pendant 2 heures à un office dans une synagogue et de chanter avec son coeur, sa voix, sa force et sa foi, à côté de quelqu'un, et de faire les courses pendant 10 minutes en croisant vaguement quelqu'un" , souligne l'ancien aumônier en chef du culte israélite des armées, aumônier de l'École polytechnique. 

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"N'AYEZ PAS PEUR"

"Nous avons à dépasser la peur de vivre", déclare de son côté Mgr Matthieu Rougé, l'évêque de Nanterre. " Il va falloir pendant un certain temps conserver des précautions sanitaires mais nous avons à retrouver le goût de vivre, d'aller de l'avant, de reconstruire notre société sur le plan économique de la façon la plus ajustée qu'il soit. On se rappelle du "N'ayez pas peur' , refrain du pontificat de Jean-Paul II; le fait que nous puissions vivre et partager notre foi nous fait contribuer à ce que la société qui vient soit une société de confiance et d'espérance !'"

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" Avancer vers un redémarrage au rythme du déconfinement de toute la société, de manière extrêmement responsable" 

Le membre du conseil permanent de la Conférence des évêques de France (CEF), ancien aumonier des parlementaires, souligne l'importance du rôle du Conseil d'Etat. 
"Ce qui est très intéressant dans cette décision, c'est que d'une part elle clarifie la situation présente et permet d'avancer vers un redémarrage au rythme du déconfinement de toute la société de manière extrêmement responsable sur le plan sanitaire bien-sûr. Mais au delà de cela, le Conseil d'Etat qui joue un rôle régulateur constant depuis les années 20 dans les relations Eglise-Etat rappelle que la liberté de culte n'est pas simplement la liberté de croire individuelle et cachée, c'est aussi la liberté de se rassembler dans tous les lieux de culte pour célébrer et partager la foi.

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"Par tempérament et par détermination spirituelle, j'essaie de cultiver toujours la paix mais la paix, ce n'est pas la mollesse. J'ai un grand désir de pouvoir vivre et annoncer l'Evangile de manière plus intense, ajoute l'évêque. Je suis impressionné de voir que pour beaucoup de Français disent leur joie que les cultes puissent redémarrer. C'est très encourageant et enthousiasmant pour les temps qui s'ouvrent !" 

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Une atteinte à la liberté de culte

Le décret qui avait été pris par le Premier ministre le 11 mai dernier, dans le cadre du déconfinement, interdit toujours les rassemblements dans les lieux de cultes, à l'exception des cérémonies funéraires. Saisie en référé par plusieurs associations, la plus haute juridiction administrative a estimé dans une ordonnance que cette interdiction porte "une atteinte grave et manifestement illégale" à la liberté de culte. 

Le président du Parti chrétien-démocrate, Jean-Frédéric Poisson, qui faisait partie des requérants s’est dit très satisfait de l’issue du référé-liberté. Dans un tweet, Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat s’est réjoui d"une bonne nouvelle pour la liberté de culte qui est un droit fondamental".
 

Des mesures proportionnées aux risques sanitaires

Le juge des référés du Conseil d’État, qui a donc ordonné au gouvernement de lever l’interdiction générale et absolue de réunion dans les lieux de culte lui demande d’édicter à sa place des mesures strictement proportionnées aux risques sanitaires en ce début de "déconfinement".

L’ordonnance rappelle que la liberté de culte est une liberté fondamentale, et qu’elle comporte parmi ses composantes essentielles le droit de participer collectivement à des cérémonies, en particulier dans les lieux de culte.
 

Des messes pour la Pentecôte 

Le texte explique aussi que des mesures d’encadrement moins strictes que l’interdiction de tout rassemblement prévue par le décret du 11 mai sont possibles, notamment compte-tenu de la tolérance dans d’autres lieux ouverts au public. 

Le Conseil d’Etat enjoint donc le Premier ministre à lever l’interdition dans un délai de huit jours.

La Conférence des Evêques de France a réagi hier soir expliquant que "cette ordonnance va dans le sens de la lettre écrite par son Président", Mgr Eric de Moulins-Beaufort, au Premier Ministre vendredi dernier. " À partir de la révision de ce décret, des célébrations seront possibles, respectant les règles sanitaires communiquées en réponse aux propositions faites par la Conférence des évêques de France, précisent les évêques.  Des mesures qui seront strictement proportionnées aux risques sanitaires et appropriées en ce début de « déconfinement ».
La Conférence des évêques de France attend donc maintenant la révision du décret du 11 mai que le Premier Ministre a huit jours pour opérer.