Responsabilité et humilité: l'appel aux politiques d'un jeune préoccupé d'écologie

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Génération Écolo

vendredi 3 juillet à 17h15

Durée émission : 2 min

Génération Écolo

© Corinne SIMON/CIRIC - 16 mars 2019 : Marche pour le climat, dite Marche du Siècle. Paris (75), France.

Pour Adrien Louandre, 25 ans, les enjeux écologiques sont cruciaux. Après la Convention citoyenne et les municipales, il invite les politiques à la responsabilité et à l'humilité.

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Génération Écolo, une chronique de l'émission Commune Planète - Retrouvez cette chronique dans l'émission Commune Planète du 3 juillet.
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En matière d’écologie, l’actualité est particulièrement chargée en ce moment, de la Sibérie qui brûle à l’accueil des mesures de la Convention citoyenne pour le climat, en passant par le bon score des écologistes aux élections municipales - même si 60% de mes concitoyens ne sont pas allés voter, à cause du Covid-19 ou par dégoût de la politique.

Du dégoût ? Bah oui, bien sûr ! Jusqu’à alors, aucune vision politique large et donnant l’espérance ne faisait surface. Parce que non, voyez-vous, travailler plus pour gagner plus, ça ne donne pas d’espérance ! Tout juste ça permet de souffler en fin de mois. Et ça ne correspond de surcroît à aucune logique économique viable. Et en plus, ça réifie le travailleur à un statut de consommateur (relisons Simone Weil à ce sujet !) Non, merci !

Et puis… cette justice qui condamne les pauvres mères célibataires qui volent un paquet de pâtes pour nourrir leurs enfants et laisse un Balkany danser en liberté, alors qu’il était censé être très malade… Comment Diable voulez-vous que le citoyen puisse avoir confiance et s’intéresser à la politique et même à la justice ? Pour beaucoup, il s’agit déjà de trouver de quoi vivre dignement, nourrir les enfants et les emmener au foot, si on le peut.

Et puis vinrent les municipales. Vague verte et raz-de marée d’abstention. Quoi en penser ? Se réjouir d’abord, que des femmes, que des jeunes, qu’une nouvelle philosophie arrive à s’imposer et à imposer ses thématiques. Ça change et ça fait du bien, on parle enfin de vrais problèmes avec les écolos (oui parce qu’aux dernières nouvelles, la bétonisation d’un département français tous les sept ans qui contribue massivement à détruire la biodiversité, ça compte un peu plus que le burkini, pour ne citer que cet exemple et il y en a des biens pires). Enfin, une vraie alternative politique crédible qui propose un projet qui fait adhérer beaucoup de gens !

Déplorer, ensuite, que ce soit toujours ceux qui n’ont pas d’espoir ni d’espérance qui n’aillent pas voter. Tout en sachant qu’individuellement on ne peut rien faire. Une fois de plus le problème est bien systémique. 

L’autre actualité marquante de la semaine en France en matière d’écologie c’est la rencontre, lundi, entre Emmanuel Macron et les 150 membres de la Convention citoyenne. Dans ma chronique de la semaine dernière, elle me donnait un peu d’espoir. Très beau discours du président pendant une bonne demie-heure. Des mots voulant donner des actes. Beau discours, vraiment, et on voudrait le croire. Mais sur le fond il ne comprend pas.

Il ne comprend toujours pas que la décroissance, c’est surtout croître en liens, pour redemander enfin aux gens : "Comment est-ce que l’on peut vous rendre plus heureux ?" C’est ça la décroissance. Et pas une série de clichés véhiculés par ceux dont elle bouscule les privilèges. De même, il veut "produire plus pour garder le modèle social", modèle social qui aurait non seulement bien besoin de la contribution des plus riches (mesure rejetée) mais qui surtout n’a pas besoin de croissance. Il a besoin de partage, car 82% de la croissance du PIB (unité de mesure désuète) ne sert que les 1% les plus riches. Et pendant ce temps-là, ce sont encore nos services publics qui trinquent (et dire que les services publics trinquent ça veut dire que les enfants ne sont pas dans des conditions d’apprentissage idéales et que nos grands-mères meurent plus rapidement).

Alors oui Monsieur Macron, beau discours. Les actes maintenant ! L’écologie c’est une vision, c’est une philosophie, c’est un tout. Ce n’est pas des ajouts à la marge pour se faire réélire. Pas d’écologie sans courage politique. Sans abandon du libéralisme économique. Sans éthique politique. Parce que pour l’instant, sur le CETA, sur la réorganisation du système productif, sur la biodiversité et le bien-être animal, sur les changements nécessaires pour une agriculture rendant leur dignité aux agriculteurs.trices, on ne la sent pas trop la philosophie écologiste, voyez-vous ! On sent surtout que M. Macron met en exergue la poignée de mesures qu’il a adoptées pour produire un bel écran de fumée masquant le reste. Pardonnez-moi, mais je n’ai plus confiance : vous avez tellement montré depuis le début de votre quinquennat qu’on ne pouvait plus vous la donner en même temps…

Alors oui, belle victoire des écologistes aux municipales, belle Convention citoyenne sur le climat. Mais cela n’engendre que plus de responsabilités et qu’une nécessaire humilité. Aux actes maintenant, pour vous, pour nous, pour toute la Création, pour toutes ces personnes migrantes, réfugiées climatiques des prochaines années, pour nos enfants. Faites-le ! "Montrer l’exemple n’est pas le meilleur moyen de redonner espoir, c’est le seul." Gandhi.

 

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Tous les vendredis à 17h15

Ils ont entre 17 et 19 ans, ils sont de la génération de Greta Thunberg. Certains s'identifient à elle, d'autres non, mais ils ont en commun la conscience d'avoir à devenir adultes dans un monde en crise et ils entendent bien ne pas rester spectateurs. Des lycéens de Terminale des filières agricoles de l'Institut de Genech (59) et des filières classiques du lycée Saint-Paul (à Lille) partagent leurs questions, leur regard et leurs convictions sur la transition écologique. "Génération Écolo" est une chronique de l'émission Commune Planète, l'émission de RCF sur l'écologie