François Bès : "Les personnes détenues vivent très mal ces périodes de fortes chaleurs"

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mardi 11 août à 8h10

Durée émission : 7 min

François Bès : "Les personnes détenues vivent très mal ces périodes de fortes chaleurs"

© 2019 Pixabay - Selon le ministère de la justice, au 1er juillet 2020 la France comptabilisait 58.695 détenus

Alors que 15 départements sont en vigilance rouge à la canicule, les détenus doivent également y faire face, dans des conditions dénoncées par la Cour européenne des droits de l'Homme.

Par un arrêt du 30 janvier 2020, la Cour européenne des droits de l’Homme a condamné la France pour les conditions inhumaines et dégradantes de ses établissements pénitentiaires. Pendant la canicule, les détenus n’ont pas de beaucoup de moyens pour fuir la chaleur et doivent user de plans de secours comme "arroser les sols avec de l’eau froide pour se rafraîchir un minimum", soutient François Bès, membre de l’observatoire international des prisons (OIP). Pour le responsable du pôle enquête au sein de l'OIP, "les prisonniers vivent très mal ces périodes de fortes chaleurs".

 

Vivre en prison en période de canicule

"La majorité des détenus passe 22 heures sur 24 dans leurs cellules, et dans les anciennes prisons, il n’y a pas de ventilation mécanique. La canicule est donc difficile à vivre", admet François Bès. Au 1er juillet 2020, selon les chiffres du ministère de la justice, la France comptabilisait 58.695 détenus. "Cela représente, un taux d'occupation moyen des prisons de 100%, selon le spécialiste. Mais certaines prisons sont passées de cinq arrivants par semaine pendant le confinement, à cinquante à la fin de celui-ci". Pour François Bès, dans les semaines et les mois qui viennent "une augmentation du nombre de détenus est à prévoir".

Le 29 avril 2020, l’ancienne ministre de la justice, Nicole Belloubet, avait déclaré que le taux de population de population carcérale était descendu en dessous de 100%. Notamment en raison de la crise du coronavirus. Néanmoins, "la réalité est toute autre. Cela dépend d’une prison à l’autre. Certaines sont encore à un taux d’occupation de 200%" souligne le responsable.

 

Les prisons face à la pandémie

"Paradaxalement, on va saluer la pandémie, qui a été le déclencheur des mesures de désengorgement des prisons", soutient cyniquement François Bès. Face à cette pandémie, la vigilance reste de mise : "Il y a toujours des mesures de prudence au parloir, l’obligation de respecter une distanciation sociale, relève le spécialiste qui dénonce, une véritable inégalité sur les mesures de prévention, car les détenus n’ont accès aux masques que dans certains endroits de la prison et le gel est interdit".

 

"Il faut continuer d’aménager les peines"

Pour le spécialiste, le meilleur moyen pour désengorger les prisons est "l’aménagement des peines, qui sera plus efficace sur la réinsertion et le taux de récidives".
Fin mars est entrée en vigueur la nouvelle loi justice qui réforme le droit des peines afin de réduire le recours à l’incarcération. Mais selon François Bès, "s’il est prévu que l’on n’incarcère pas pour les peines de moins d’un mois, au-delà d’un an toutes les peines doivent être exécutées. Cela risque donc d’amener plusieurs milliers de détenus en prison, en plus."

 

Invités

  • François Bès, membre et responsable du pôle enquête de l'observatoire international des prisons

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