Les catholiques et le Front national

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Chronique Socio-politique

mardi 2 mai 2017 à 8h10

Durée émission : 5 min

Chronique Socio-politique

Pour qui votent les catholiques ? La question est légitime sur RCF, et c'est l'analyse que nous propose André Rousseau dans sa chronique.

Les Catholiques sont en train de diviser sur le Front National. La chose est sérieuse, mais logique. Je voudrais donner sur le sujet un point de vue personnel. Mais d’abord quel est l’état des lieux ?. Quand on dit « catholiques », on additionne des personnes qui se disent telles quand on les interroge sur leur identité religieuse, avec des personnes qui non seulement se disent catholiques, mais pratiquent, voire ont des engagements dans l’Eglise. Les enquêtes réalisées au cours de la campagne électorale montrent que François Fillon a fait ses meilleurs scores parmi les catholiques pratiquants, tandis que les catholiques peu ou pas pratiquants donnent leur préférence à Marine Le Pen.

Nous voici au second tour. Le 24 avril les évêques ont diffusé non pas une consigne de vote mais un rappel de quelques principes généraux. Par contre la mouvance de la « manif pour tous », dans laquelle les catholiques ont une influence prépondérante, vient, par deux fois de refuser de choisir Emmanuel Macron contre Marine Le Pen. Le mouvement « Sens Commun », qui regroupe des catholiques issus de la MPT, et qui ont adhéré au mouvement Les Républicains, l’a fait le premier. Ils ne suivent donc pas le choix émis clairement par François Fillon. Et l’association La Manif Pour Tous vient de prendre la même position. D’une façon qui procède plus du procès d’intention que d’une lecture scrupuleuse des programme, Emmanuel Macron est suspecté de poursuivre une politique hostile à la famille : « C’est disent-il, un ultralibéral, très lié à la finance, et le business de la procréation est très lucratif ». Madame de la Rochère, présidente de l’association, n’appelle pas à voter Marine Le Pen ; mais elle trouve que le programme de celle-ci « ne va pas à l’encontre du respect de l’altérité homme-femme »…

Des associations catholiques bien éloignée de la gauche prennent des positions un peu plus nuancées. Les Associations Familiales Catholiques estiment ainsi qu’il est impossible de réduire à un seul aspect l’évaluation d’un programme politique. Et elles évoquent le chômage, le logement, la dette publique. Même attitude chez Alliance Vita qui, tout en s’inquiétant des positions du mouvement En marche sur la famille, refuse d’en faire un critère exclusif d’appréciation.

Dans une tribune publiée par le quotidien Le Monde, un essayiste catholique s’en prend aux évêques en leur reprochant de jouer les Ponce Pilate et de préférer, au nom de l’unité, fermer les yeux sur l’influence du Front National parmi les catholiques. Pour ma part, je me limiterais à deux remarques personnelles. D’abord, il existe plus d’une raison objective de récuser la plupart des aspects du programme de Marine Le Pen. Mais la question d’aujourd’hui n’est pas de faire la morale à ceux qui votent pour elle ; ce serait improductif. S’agissant de la MPT, je trouve qu’il faut une bonne dose de mauvaise foi chez ces gens cultivés et privilégiés, pour écarter ainsi les risques d’une victoire du Front National. Libre à eux de donner plus d’importance au mariage des homosexuels qu’à la sortie de l’Euro ou à la préférence nationale. Mais j’ai quand même envie de leur dire que cette obsession de la règle dans un domaine seulement de la morale, me fait penser à cette séquence de l’évangile : est-il permis de guérir un jour de Sabbat ? Et je prends la liberté d’adapter la suite, que vous connaissez, à notre situation : le mariage a été fait pour l’homme et non l’homme pour le mariage. Quant aux évêques, dont la situation est difficile, je l’accorde, j’en viens à penser que si l’on ne peut rien exclure, c’est qu’on ne sait pas très bien ce que l’on inclut.

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Le présentateur

André Rousseau