À Taizé, un parcours de réflexion sur l'écologie pour les 18-35 ans

Chaque année les frères de Taizé organisent une semaine de réflexion aux 18-35 ans. Pour l'édition 2019, du 25 août au 1er septembre, un parcours spécifique sur les enjeux environnementaux est proposé.

À Taizé, des jeunes heureux de s'engager dans la transition écologique

À Taizé, des jeunes heureux de s'engager dans la transition écologique

Du 26 au 31 août à Taizé, un programme spécial sur l'écologie est proposé aux jeunes. Plusieurs centaines y participent. La plupart sont déjà conscients de l'urgence écologique et agissent.

Cet été, le vert marque les rassemblements, sessions et autres rendez-vous chrétiens, en particulier ceux destinés aux jeunes adultes. Ainsi, début août, Magis, le réseau jeunesse des jésuites a organisé une session pour « vivre en actes et en prière l’encyclique Laudato Si ». La semaine dernière, la première université d’été de l’écologie intégrale a réuni 180 personnes en région parisienne. Et cette semaine à Taizé, plusieurs centaines de jeunes de toute l’Europe participent à un programme dédié à l’écologie intégrale. Anne Kerléo a passé une journée avec eux. Voici son reportage.

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Pendant cette semaine, les jeunes présents à Taizé ont la possibilité de choisir un programme spécial dédié à l'écologie ou le programme plus classique. A ceux qui optent pour la première option, sont proposés des temps d'échange et de réflexion sur l'écologie et des ateliers animés par des témoins sur des thèmes tels que:  "les enjeux écologiques liés à l'urbanisme", "est-il encore possible d'espérer aujourd'hui ?", "petits exercices pour prendre soin de la Création de Dieu" ou encore "Pourquoi ai-je de moins en moins de temps ? Accélération sociale, religion et psychologie du temps". Ils ont aussi pu bénéficier ce mardi 27 août de la présence du climatologue Jean Jouzel qui a donné une conférence sur le réchauffement climatique. 

Parmi les jeunes qui participent à ce programme, la plupart sont déjà conscients de l'urgence écologique et engagés dans la transition nécessaire pour faire face à cette urgence. C'est le cas de Leïla, étudiante française de 27 ans qui, depuis plusieurs années déjà, a fait le choix de manger le moins de viande possible, de consommer bio et local, de pratiquer le zéro déchets et d'utiliser le moins possible la voiture. 

David a 23 ans, il est belge et après des études d’économie et de sociologie, il veut orienter sa vie d’une manière qui contribue à inventer un nouveau rapport entre l’homme et le reste du vivant. Il aimerait créer une ferme. Il aborde les défis qui se présentent à sa génération, avec lucidité, mais aussi avec joie.

Quant à Frida, jeune protestante allemande de 32 ans, elle s’apprête à devenir pasteure et pour elle, spiritualité et écologie sont intimement liées."Comme la terre est Création de Dieu, je me sens responsable de la protéger parce que c'est un cadeau que Dieu me fait (...) Si je détruit la terre, je détruis le Règne de Dieu. sur le plan spirituel, c'est important d'être connecté avec l'Homme mais aussi avec la Terre, parce que c'est ma mère". 

L'une des choses qui frappent chez Frida, David, Leïla et de nombreux autres jeunes rencontrés à Taizé cette semaine, c'est que leur engagement pour un futur soutenable est source de joie et d'espérance. Lucides sur l'urgence et sur l'ampleur des changement à opérer, ils ne se laissent pas paralyser par la tâche et voient souvent le défi écologique à relever comme une chance de se poser les bonnes questions et de vivre plus en accord avec leur désir profond. 

  

L'espérance d'une jeune agronome en une agriculture plus écologique

L'espérance d'une jeune agronome en une agriculture plus écologique

Jeune ingénieure agronome, Cécile Richard travaille à la promotion d'une agriculture qui réconcilie Homme et nature. A Taizé, elle témoigne de cet engagement qui lui donne de l'espérance.

Dans le cadre du programme dédié à l'écologie, proposé du 26 au 31 août 2019 à Taizé, des ateliers sont proposés sur différents thèmes : Les enjeux écologiques liés à l’urbanisme ; Est-il encore possible d’espérer aujourd’hui ? ; Petits exercices pour prendre soin de la Création de Dieu ; Pollution marine – que pouvons-nous faire ? ; Déjouer les enjeux de la faim dans le monde en étant acteur ici et maintenant... Chacun des ateliers est animé par des personnes expertes et / ou actrices de la thématique concernée. 

Cécile Richard anime un atelier sur le thème "agronomie et écologie". Cette bretonne de 22 ans a une formation d'ingénieure agronome et a fondé avec une amie l'association "Hommes de terre". Au micro d'Anne Kerléo, Cécile raconte le travail de son association et témoigne de l'espérance que cela lui donne. 

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L'association Hommes de terre

La mission de cette association est d'aller "à la rencontre de penseurs (philosophes, experts, journalistes, etc.) et d’acteurs (agriculteurs, entreprises, abbayes, associations, etc.) de l’agriculture écologique pour identifier les synergies entre préservation de l’environnement et épanouissement de la personne humaine en agriculture".

Leur second objectif est de communiquer leurs découvertes "par des articles, des vidéos, de petites conférences auprès de publics scolaires, universitaires et dans des paroisses". Les deux jeunes femmes ne s'arrêtent pas à un label particulier, "les pré-requis, c'est qu'il y ait une volonté d'agir pour l'environnement et pour l'Homme". L'un de leurs souhaits est de dédiaboliser les agriculteurs et de favoriser la rencontre entre le monde agricole et le reste de la population. 
 

Laudato Si', un déclic 

Chez Cécile, l'écologie n'est pas une prise de conscience récente : "Je pense que c'est quelque chose qui m'a habitée dès toute petite : en famille on passait beaucoup de temps dans la nature, il y avait aussi des gens de ma famille qui travaillaient en agriculture biologique." Lors de ses études d'agronomie, l'environnement a été régulièrement abordée et cela l'a conduite à se spécialiser dans ce domaine.

Et puis, est arrivée l'encyclique "Laudato Si'" du pape François. C'est après la lecture de ce texte que Cécile et Ariane, alors étudiantes, ont décidé de créer "Hommes de terre" : "Parce que, à la fois dans nos études et dans ce texte, ce qui nous touchait beaucoup c'est de voir que l'humain et la nature étaient vraiment interconnectées et qu'on ne pouvait pas chercher à avoir une agrticulture plus écologique si elle n'intégrait pas le bien-être de l'humain en tant que tel. Ce qu'on a voulu chercher à voir c'est comment l'écologie intégrale développée par le pape François pourvait s'appliquer concrètement en agriculture." 

 

Quelle agriculture demain ?

À la question "y a-t-il des types d'agriculture qui aujourd'hui ne sont plus possibles ?", Cécile Richard répond avec prudence : "C'est difficile d'être catégorique. Il y a plutôt des formes d'agriculture que j'ai envie d'encourager, plus diversifiées, avec des surfaces moins grandes, moins dépendantes d'intrants, avec davantage d'autonomie, davantage de cohérence entre végétal et animal... Tout ce qui est très grandes surfaces, agriculture très mécanisées, avec beaucoup de traitement, etc., c'est vrai que c'est à bout de souffle : le sol est épuisé, les agriculteurs sont endettés... mais le virage est difficile à prendre.

Pour Cécile, agir à l'échelon d'un territoire "est porteur d'espérance" parce qu'on "voit tout de suite les fruits" et "ça permet une cohésion sociale, un tissu humain qui est vraiment important". Et la notion d'espérance est pour elle capitale quand on s'engage pour l'écologie "parce qu'on pourrait désespérer, se dire que c'est foutu... c'est tentant de se dire ça !" Elle reprend les mots du théologien Fabien Revol, qui lui a dit que "viser un bien et y croire peut donner de l'espérance, contrairement au fait de se dire qu'on va droit dans le mur". Cécile concède qu'il y a des hauts et des bas, mais affirme que "rencontrer des personnes investies qui sont dans cette joie donne de l'énergie et de l'espérance".

À partir de la rentrée, Cécile Richard va travailler au MRJC (Mouvement rural de jeunesse chrétienne) dont elle devient responsable permanente pour le Morbihan. 

 

A Taizé, la leçon mobilisatrice du professeur Jouzel

A Taizé, la leçon mobilisatrice du professeur Jouzel

"Changement climatique et perspectives de transition": c'était le thème de la conférence du climatologue Jean Jouzel mardi 27 août 2019 à Taizé. Avec 2 maîtres-mots: lucidité et appel à agir

C'est devant une assemblée de plusieurs centaines de jeunes que le climatologue Jean Jouzel est intervenu à Taizé dans le cadre du programme dédié à l'écologie, proposé aux jeunes du 26 au 31 août. L'ancien vice-président du GIEC, soucieux comme à son habitude de vulgariser son savoir, s'est adressé aux jeunes de manière très pédagogique. Il leur a présenté ce que l'on sait aujourd'hui du réchauffement climatique, de sa réalité, de ses causes et de ses conséquences. Il a insisté sur la part importante de l'action humaine dans le réchauffement climatique, invitant les jeunes à agir sur les causes du réchauffement. 

Jean Jouzel a rappelé que, si rien n'est fait, on se dirige vers un réchauffement de 4 à 5°C par rapport à l'ère pré-industrielle, ce qui aurait pour conséquence de rendre une partie de la planète difficilement habitable. Il a beaucoup insisté sur le fait que les plus pauvres sont les premiers touchés par les effets du réchauffement climatique. Il a invité les jeunes à agir, indiquant qu'il adhérait lui-même à l'objectif de l'Accord de Paris de limiter le réchauffement à 1,5°C ou au pire à 2°C par à l'ère pré-industrielle: "il faut limiter le réchauffement climatique de façon à ce qu'on puisse s'y adapter" a-t-il expliqué. Pour contenir le réchauffement à 2°C il faudrait "diminuer nos émissions de gaz à effet de serre de 20% entre 2020 et 2030 et atteindre la neutralité carbone d'ici à la fin de ce siècle" et pour ne pas dépasser 1,5°C, "il faut pratiquement diviser par deux nos émissions entre 2020 et 2030 et atteindre la neutralité carbone dès 2050".  Il a rappelé sur quoi il fallait agir pour parvenir à ces objectifs. 

Un appel à l'action entendu par les jeunes qui l'ont bombardé de questions et applaudi avec force à l'issue de son intervention. Au micro d'Anne Kerléo, Jean Jouzel revient sur son intervention et sur les messages qu'il a voulu faire passer. 

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Sortir d'un rapport violent de l'Homme avec le reste du vivant

Sortir d'un rapport violent de l'Homme avec le reste du vivant

David Abeels participe au programme écologie proposé à Taizé du 26 au 31 août. Conscient de l'urgence écologique, il estime que l'Homme doit changer son rapport avec le "reste du vivant".

Parmi les jeunes qui ont choisi de participer au programme "écologie" proposé à Taizé du 26 au 31 août 2019, beaucoup sont déjà très conscients de l'urgence écologique et un grand nombre ont commencé à agir, soit par des gestes écocitoyens, soit de manière plus fondamentale, en  réfléchissant à l'orientation globale de leur vie.

C'est le cas de David, jeune belge de 23 ans, pour qui les rapports entre les êtres humains et ce qu'il appelle "le reste du vivant" sont empreints d'une grande violence et sont à repenser. Après avoir fait des études d'économie et de sociologie, il rêve de créer, avec des amis, une ferme au sein de laquelle il pourrait vivre ces rapports renouvelés. Au micro d'Anne Kerléo, il témoigne de la manière dont le souci écologique est né chez lui et raconte comment il a cheminé et comment il essaie d'incarner cela dans sa vie. 

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Frida, future pasteure écolo en Allemagne

Frida, future pasteure écolo en Allemagne

Frida participe au programme écologie proposé à Taizé du 26 au 31 août parce qu'elle estime qu'écologie et spiritualité sont intimement liées, parce que la Création est l'oeuvre de Dieu.

Frida a 32 ans et s'apprête à devenir pasteure. Cette jeune protestante allemande vient régulièrement à Taizé depuis l'âge de 16 ans. Cette fois, à l'occasion de la semaine organisée pour les 18-35 ans, elle a choisi de participer au parcours dédié àl'écologie.

Pour elle, écologie et spiritualité sont étroitement liées: "la terre est Création de Dieu, c'est un cadeau que Dieu m'a donné et je me sens responsable de la protéger. Si je la détruire, je détruis quelque chose que Dieu a fait et je ne respecte pas Dieu". Dans ses prêches, elle aimerait participer à la prise de conscience de ses auditeurs, mais avec humilité: "je ne suis pas supérieure aux autres mais j'aimerais être en contact avec d'autres croyants, pour voir comment eux font". 

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Leïla: "on n'aime pas suffisamment notre prochain pour lui laisser une planète propre"

Leïla: "on n'aime pas suffisamment notre prochain pour lui laisser une planète propre"

Leïla a grandi dans une famille "concernée par l'écologie" et vit d'une manière plutôt respectueuse de la planète. Elle estime que sa génération peut et doit répondre à l'urgence écologique.

A 27 ans, Leïla vit à Paris où elle se déplace plutôt en transports en commun et à vélo, utilisant très peu la voiture. Elle mange bio, le moins de viande possible, des produits locaux et de saison, pratique le zéro déchets et éteint ses appareils électroniques la nuit. Ces gestes sont pour elle assez naturels parce que'lle a grandit dans "une famille qui se sent concernée". Pas de révélation ou de réveil pour elle donc en matière d'écologie, mais tout de même la conscience que "c'est de plus en plus urgent"

"Ma génération se pose beaucoup de questions quant à son avenir, témoigne-t-elle. Quand on entend parler d'échéances pour l'Humanité à 2050 on se dit: je suis en âge d'avoir des enfants mais est-ce que ça vaut le coup d'en avoir? Des choses qui sont vraiment de l'ordre de l'existentiel et du sens de nos vies. Il y a une vraie remise en question de nos styles de vie. Et notre génération est encore en âge d'être malléable et de changer son style de vie, donc on est en première ligne". 

En septembre, la jeune fille entame des études théologie protestante et pour elle "dans le christianisme, c'est Dieu qui nous donne la terre et on est sensés en prendre soin. On nous a donné la responsabilité de prendre soin de la terre et de prendre soin des autres. Jésus nous dit d'aimer notre prochain comme nous-mêmes, et là on n'aime pas suffisamment notre prochain pour lui laisser une planète propre". 

Au micro d'Anne Kerléo, Leïla détaille sa perception de l'urgence écologique et du lien entre écologie, relations aux autres et foi. 

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"En venant en France, j'ai compris que l'urgence écologique était mondiale"

"En venant en France, j'ai compris que l'urgence écologique était mondiale"

Etudiant taïwanais arrivé il y a deux ans en France, Tinh Cha a pris conscience de l'universalité du réchauffement climatique. Volontaire à Taizé, il participe au programme sur l'écologie.

En arrivant en France il y a deux ans pour ses études, Tihn Cha s'attendait à découvrir un pays au climat doux, mais il a été confronté à la canicule. Pour le jeune taïwanais, ce fut l'occasion de prendre conscience de l'universalité du changement climatique. 

Volontaire à Taizé depuis plusieurs semaines, en dehors de ses temps de service, il essaie de suivre le programme de la semaine spéciale écologie du 26 au 31 août. Il veut "apprendre des choses" pour les partager là où il vit et découvrir de petits changements qu'il peut opérer dans sa vie quotidienne: "c'est la seule chose que je peux faire, je ne peux pas faire grand-chose". Tihn Cha a par exemple décidé de ne pas prendre l'avion pour ses prochaines vacances. 

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