Terrorisme: pourquoi la Turquie est particulièrement exposée

18 février 2016 Par

Mercredi 17 février au soir, Ankara était de nouveau secouée par un attentat terroriste, causant la mort de 28 personnes.

En fin de journée, mercredi 17 février dernier, la capitale turque était de nouveau secouée par une puissante explosion. Une voiture piégée venait d’exploser en plein cœur d’Ankara, visant un convoi de bus de l’armée, stoppé à un feu rouge. Une explosion suffisamment importante pour qu’elle soit entendu à plusieurs kilomètres aux alentours.  Le bilan est lourd : 28 personnes, civiles et militaires auraient été tuées, et une soixantaine blessée. Selon les premiers éléments de l’enquête turque, et bien que l’attentat n’ait pas été revendiqué, l’attaque porterait la marque du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, en conflit avec la Turquie depuis une trentaine d’années.

Cela dit, la prudence est de mise tant l’enflamment d’un conflit armée et d’une intervention militaire turque en Syrie, où se trouve le PYD, une branche du PKK, se fait proche. Il ne faut également pas exclure la piste d’une attaque de l’Etat islamique. Pour tout cela, la Turquie est particulièrement exposée au terrorisme. Depuis l’attentat d’octobre 2015, devant la gare centrale d’Ankara, responsable de la mort de 103 personnes, le pays est d’ailleurs en état d’alerte maximum.

La Turquie est en effet sous le coup d’une double menace, due à un double conflit : externe et interne. Externe, du fait du conflit syrien, aux portes du pays. La frontière entre les deux Etats est poreuse. Daech pourrait aujourd’hui se venger du fait d’avoir été lâché par Ankara, après que celle-ci ait subie la pression de la communauté internationale pour prendre une position claire quant à l’Etat islamique, et pour agir contre le terrorisme.

Reste la menace interne, la menace kurde. Les relations entre la Turquie et la minorité kurde sont au plus mal. Et les tensions existantes sont alimentées par la rupture du cessez-le-feu et la reprise des combats entre les forces turques et le PKK, relançant un conflit qui a déjà fait plus de 40 000 morts depuis 1984. Or les Kurdes vivant à cheval sur quatre pays, la lutte entre les deux factions s’étend inexorablement en-dehors des frontières turques.

Jean-François Pérouse, spécialiste de la Turquie, actuellement à Istanbul: