Violences dans les abattoirs: demain tous végétariens?

Présentée par Stéphanie Gallet

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Le Temps de le dire

mercredi 6 avril 2016 à 9h03

Durée émission : 55 min

Violences dans les abattoirs: demain tous végétariens?

Peut-on tuer les animaux sans les faire souffrir? La dernière vidéo choc de L214 a le mérite d'inciter à réfléchir à de meilleures conditions d'abattage. On en parle avec Stéphanie Gallet.

Le 29 mars 2016, l'association L214 a une nouvelle fois publié une vidéo choc pour dénoncer les violences faites aux animaux. Des images filmées clandestinement dans l'abattoir de Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques) et diffusées sur son site Internet. Animaux dépecés alors qu'ils bougent encore, étourdissements ratés... En substance l'association veut montrer comment la violence s'ajoute à la violence quand les conditions d'abattage des bêtes ne sont pas respectées. Et pour frapper fort les esprits, c'est au lendemain du lundi de Pâques que l'on pouvait lire le communiqué de presse accompagnant la vidéo, avec pour titre "Comment les agneaux de Pâques sont passés de vie à trépas". La campagne voudrait faire croire au caractère exceptionnel de telles pratiques, mais comme le dit Eric Baratay, "on mettrait des caméras dans tous les abattoirs, on aurait exactement les mêmes phénomènes", ce qui n'atténue en rien le caractère inacceptable de telles pratiques, au contraire. Comment tuer les animaux avec le moins de souffrance possible? En réalité "depuis les années 60 on ne s'est plus posé la question du mode d'abattage", précise l'historien.

L'abattoir, lieu "de violence et d'opacité", à tel point que certains éleveurs préfèrent abattre illégalement leurs animaux chez eux, comme en témoigne Jocelyne Porcher. Si elle dénonce cette violence dans les abattoirs, la sociologue précise tout de même que la vidéo de L214 fait la part belle à la mise en scène. Au lieu d'une succession d'images violentes filmées en caméra cachée, elle aurait préféré des plans séquences d'un cameraman présent dans les locaux. Ancienne éleveuse devenue sociologue, Jocelyne Porcher a longuement enquêté auprès des éleveurs. Elle a été constater une réelle passion pour le métier d'éleveur mais aussi "beaucoup de souffrances de contradiction, de révolte". Selon elle, la relation homme-animal, soit 10.000 ans de domestication, est "extrêmement menacée aujourd'hui", et directement "mise en cause par les innovations biotechnologiques", notamment.

Le 5 avril, Stéphane Le Foll a lancé un plan d’action en faveur du bien-être animal pour les animaux d’élevage et les animaux de compagnie. Il prévoit entre autres l'inscription dans la loi d'un délit de maltraitance des animaux en abattoirs, la mise en place dans chaque abattoir d’un référent bien-être animal et la protection des salariés lanceur d’alerte. "On espère que les nouvelles réactions du ministère vont enfin amener à des évolutions, même si on a proposé des solutions qui n'ont pas été retenues", précise Aurélia Greff. L'association CIWF, dont elle est la porte-parole, vise à lutter contre les pratiques d'élevage industriel et favoriser l'élevage bio en plein air, à améliorer aussi les conditions de transport des animaux. Son action s'étend aussi à l'abattage. Pour elle, la campagne de L214 ne doit pas faire croire le phénomène dénoncé est un cas isolé. "Mais, comme elle le dit, ce qui change c'est que les images sont passées dans les médias et qu'il y a une récction de la part du ministre".

Invités

  • Eric Baratay , historien, spécialiste des relations homme-animal

  • Aurélia Greff , porte-parole de l'association CIWF

  • Jocelyne Porcher , sociologue, spécialiste de la relation homme-animal, directrice de recherche à l'INRA

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L'émission

Tous les jours du lundi au vendredi, à partir du lundi 4 septembre 2017

La grande émission interactive pour aborder tous les sujets de société, qui font l'actualité. Stéphanie Gallet reçoit ses invités pour réfléchir, approfondir, apprendre et donner du sens à tous les sujets du moment. Posez vos questions ou témoignez en direct pendant l’émission 04 72 38 20 23 ou par mail à l'adresse letempsdeledire[arobase]rcf.fr.

Le présentateur

Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.