À Bras Ouverts, l'association de Tugdual Derville qui enseigne le respect des plus fragiles

On le sait moins, le militant Tugdual Derville est aussi le fondateur d'À Bras Ouverts, une association qui cultive et enseigne "un respect inconditionnel" pour les personnes handicapées.

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À l'âge de 20 ans, Tugdual Derville fonde l'association À Bras Ouverts. Folie d'étudiant, rêve d'homme, projet d'Église sans doute, et peut-être aussi une vocation. L'association, aujourd'hui présente dans 11 villes de France, propose à des familles de confier leur enfant handicapé à de jeunes bénévoles, le temps d'un week-end ou d'un séjour d'été. Avec une originalité: on ne cherche pas à soigner ni à éduquer, juste à être ensemble. Un projet fou, ambitieux et simple à la fois, qu'il raconte dans "L'aventure À Bras Ouverts" (éd. L'Emmanuel).
 

L'aventure À Bras Ouverts, c'est de faire exister au cœur de notre société le respect inconditionnel des personnes porteuses de handicap

 

Accompagner le jeune handicapé

L'une des règles de l'association À Bras Ouverts - ABO pour les intimes - c'est de toujours inclure le jeune handicapé dans les conversations. Même si celui-ci ne parle pas et ne semble pas comprendre. Car à ABO, on cultive l'art de la rencontre: on fait "fait tomber les murs qui séparent ceux que l'on dit bien portants - et qui ont aussi leurs peines et leurs fragilités - de ceux qui sont porteurs de handicap", explique Tugdual Derville.

Et ça, pour le militant qu'il est, ça s'appelle "humaniser notre société". Le délégué général d'Alliance VITA est connu pour ses engagements contre l'avortement ou au sein de la Manif pour tous, au nom de la défense du plus fragile. Dans une même visée, il a co-fondé le Courant pour une écologie humaine. Chrétien convaincu, il se fait via son blog, observateur de notre société et prend position sur les questions politiques, écologiques, culturelles, dès lors qu'elles touchent à l'éthique. Et à une certaine vision de l'homme.
 

malgré le handicap, "Voir à quel point l'humanité est belle"

L'aventure ABO, Tugdual Derville la raconte dans son livre. Tout commence à Lourdes en 1982, lorsque, jeune étudiant, il rencontre Cédric. Devant ce petit enfant infirme, immobile dans sa poussette, le jeune homme de 20 ans est "saisi d'émotion": "J'ai découvert l'humanité intacte derrière le mur du handicap." Mystère de la dignité humaine.

Pas d'angélisme cependant, dans les propos de Tugdual Derville. Certes à ABO on cultive la joie de vivre. Un goûter, des déguisements, une fanfare... Tout est là pour que l'on renoue avec l'esprit d'enfance. "Ce qui marque le plus ces activités c'est la joie, l'amitié, vivre ensemble, se découvrir." On sait cependant quel est le poids des responsabilités. "Ce qui nous rend humable c'est aussi de dire 'je suis dépassé'." Le fondateur de l'association n'oublie pas le drame de la mort d'Ahmed, noyé dans quelques centimètres d'eau. Et la douleur des parents. Après ça, ils se sont demandés s'ils n'allaient pas tout arrêter.

 



 

le sens de la fête, et du respect

"Un sens de la fête ancré dans la gravité." À ABO, il arrive que l'on éprouve un sentiment de rejet, d'inconfort, de révolte, vis-à-vis du handicap. Le choix que font les bénévoles qui s'engagent le temps d'un week-end, c'est celui de la "gravité joyeuse", comme dit Tugdual Derville. Il aime emprunter ces mots de Mgr Lustiger, qui disait en substance: "Quand vous riez, vous ne riez pas, car gémit en vous toute la souffrance du monde… et quand vous pleurez, vous ne pleurez pas car vibre en vous toute l’espérance éternelle!"

Comme une réponse simple - radicale - aux tourments que suscite le handicap, il est une valeur suprême que le fondateur d'ABO enseigne: le respect. Valeur suprême devant la fragilité - la nôtre aussi. L'aventure À Bras Ouverts, c'est de faire exister au cœur de notre société le respect inconditionnel des personnes porteuses de handicap. Car alors ce sont elles qui "nous adoucissent, nous ralentissent, nous apprennent la contemplation et la présence".

 

Entretien réalisé en juin 2017