Iran: une vingtaine de morts après six jours de manifestations

La contestation en Iran contre la vie chère et la crise économique a été durement réprimée par les autorités.

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C'est un mouvement de contestation inédit en Iran. Le pays est confronté à une vague de colère sociale inédite, depuis les grandes manifestations et la répression de l'année 2009. De nombreux Iraniens sont en effet descendus dans la rue afin de protester contre le coût de la vie, et la situation économique délicate dans laquelle est plongé le pays. Interrogé par Clémence de la Faye, Milad Jokar, spécialiste de l'Iran au sein de l'Institut de prospective et sécurité en Europe (IPSE), revient sur les causes principales de cette colère sociale.

L'Iran face à une crise économique profonde

Le contexte économique est particulièrement défavorable en Iran. Cela n'est pas nouveau. L’ouverture économique avec l’accord sur le nucléaire iranien, se fait encore attendre. Tout semble gelé depuis le refus de Donald Trump sur cet accord. Confronté aux sanctions et à la baisse des prix du pétrole, l’Iran fait face à des difficultés économiques depuis de nombreuses années. Le terreau de la colère est donc fertile pour Milad Jokar.

Cette nuit le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a accusé les "ennemis" de l'Iran de porter atteinte au régime. Une rhétorique classique en Iran. Le président Rohani est coincé entre les attentes de la population et le conservatisme des mollahs, dont notamment l’ayatollah Khamenei, qui détiennent le véritable pouvoir en Iran. Milad Jokar reviens sur ces subtilités de la vie politique persane.

Une crise interne, plus qu'internationale

Reste à savoir si les adversaires de l'Iran vont profiter de cette crise pour affaiblir davantage leur ennemi sur la scène internationale. Cette contestation semble en effet une aubaine pour les Etats-Unis, Israël ou pour l’Arabie Saoudite sunnite opposée dans le Golfe à son rival chiite. Surtout depuis que l’Iran a développé son influence dans la région avec la guerre en Syrie ou au Yémen. Mais pour Milad Jokar la crise est avant tout interne.

Le président français Emmanuel Macron a appelé mardi 2 janvier dernier son homologue iranien en faisant part de sa grande préoccupation et l’appelant à la retenue et à la modération. La visite du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a par ailleurs été reportée. En attendant, le pouvoir central réprime violemment la colère du peuple. On dénombre une vingtaine de morts, depuis six jours.