Jeux Olympiques de Pyeongchang: les deux Corée entre diplomatie et propagande

La Corée du Sud accueille les 23ème Jeux Olympiques d’hiver. Une carte diplomatique à jouer pour l'ensemble de la péninsule coréenne, plongée dans un contexte de crise.

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Si la compétition a commencé jeudi 8 février dernier avec le curling, la cérémonie d’ouverture des “jeux de la paix” aura lieu vendredi 9 février à 12 heures, heure française, et vingt heures, heure locale. Ce spectacle très attendu donnera le ton de plus de deux semaines de compétition sur la glace et la neige coréennes, avec en toile de fond, un enjeu diplomatique pour la péninsule coréenne.

Vingt ans après les JO de Nagano au Japon, la flamme olympique est de retour en Asie. Les délégations de 94 pays sont arrivées en Corée du Sud à  Pyeongchang, la ville hôte de la compétition. Elle est située à 180 km de la capitale, Séoul, et à 80 kilomètres au sud de la zone démilitarisée.

Un défilé coréen sous une même bannière

Ce no-man's-land qui divise la péninsule du Nord au Sud est le symbole des vives tensions entre les deux Corée. Alors évidemment, l’image marquante de cette cérémonie d’ouverture sera sans aucun doute le moment ou les délégations sud et nord-coréennes défileront ensemble sous une même bannière, un drapeau représentant une silhouette bleu pâle de la péninsule coréenne sur fond blanc. Le pape François s’en est d’ailleurs réjoui mercredi lors de l’audience générale.

Le Saint Père a salué ce défilé commun lors de la cérémonie d’ouverture qui sera suivie tout à l’heure par le monde entier. Près de trois milliards de personnes devraient regarder ce spectacle, et ces athlètes sud et nord coréens qui entreront ensemble dans le stade olympique sous le même drapeau. Un vrai événement même si ce n’est pas la première fois que les deux délégations défilent ensemble.

Une année 2017 tendue pour les deux Corée

Un geste qui n'en est pas moins remarqué, au vu de la situation actuelle qui règne dans la péninsule coréenne. L'an dernier aura d'ailleurs été le théâtre de vives tensions. Notamment de la part de Pyongyang avec quatre essais de missiles balistiques intercontinentaux et un essai nucléaire, présumé de bombe à hydrogène. 

Ajoutons à cela l’escalade verbale entre le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen sans oublier le durcissement des sanctions économiques. Autant d'événements qui n’ont pas franchement détendu l’atmosphère alors même que le président sud-coréen, élu en mai est favorable à la relance d’un dialogue intercoréen, au point mort depuis 2007 et qu’il aime parler de ces JO comme les jeux de la paix. 
 

Derrière l'image officielle, la misère en Corée du Nord

Les JO sont donc un prétexte au réchauffement des relations diplomatiques mais ils peuvent être aussi l’instrument d’une propagande. Les Jeux Olympiques sont d'abord une compétition entre Etats mais une véritable vitrine pour les pays qui y participent, destinée à dévoiler leur puissance au grand jour. La Corée du Nord s'est retrouvée sous les projecteurs en organisant un défilé militaire à Pyong Yang à la veille de l’ouverture des JO en Corée du Sud.

Pour Louis de Gouyon-Matignon, étudiant français de 27 ans, a passé deux mois l'an dernier en Corée du Nord. Il explique que derrière la vitrine, se cache un peuple pauvre et opprimé, ainsi qu'un Etat omniprésent. "La personnalité des Kim est totalement présente, tout le temps. Il y a des slogans sur les murs, à la télévision, des portraits dans les différents bâtiments. Les personnes et les élèves portent tous des portraits à l’honneur des Kim sur leur cœur. On ne peut pas ne pas croiser leur regard et se soumettre à eux d’une certaine façon. Les portraits sont partout dans les maisons. De la propagande politique, il y en a partout. Le matin nous étions réveillés souvent par des haut-parleurs qui encensaient le régime à la gloire du Maréchal Kim Jong Un. C’était vraiment une présence très lourde" explique Louis de Gouyon-Matignon.

"Ce qui marque en Corée du Nord, c’est également la pauvreté, l’absence d’espoir, les conditions rudes dans lesquelles vivent les Nord-Coréens. On l’observe dans la façon dont les gens sont, physiquement, dans leurs habits, dans la façon dont ils parlent, dans l’état de leurs dents, de leur peau. On sent que le peuple est sous pression" conclut-il.
 

Une trêve, plutôt qu'une paix

Reste que durant ces JO d’hiver, les deux frères ennemis donnent des gages d’apaisement. Séoul et Pyongyang ont organisé il y a une semaine un entraînement commun des skieurs des deux Corée en Corée du Nord. Plusieurs événements culturels, dont des démonstrations de taekwondo et des concerts de groupes du Nord, sont prévus avant le début des Jeux à Pyeongchang. Faut-il voir dans ces signes un réchauffement éphémère ou un premier pas vers une paix durable ? Pour Pascal Boniface mieux vaut parler de trêve que de paix.

Une trêve donc, pour ces deux Etats encore officiellement en guerre. Au-delà du défilé sous une même bannière tout à l’heure lors de la cérémonie d’ouverture, les deux Corée ont choisi de former une équipe commune en hockey sur glace féminin.