Franciscains, dominicains et jésuites : des ordres fondés par "trois génies de l'humanité"

Le rayonnement des jésuites, des dominicains et des franciscains est tel que leur héritage spirituel et intellectuel n'appartient pas qu'aux chrétiens mais à l'humanité entière.

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Franciscains, dominicains et jésuites. Ces trois ordres religieux sont les "gardiens d'une grande tradition". Ce sont surtout des ordres "qui ont quelque chose à apporter à notre modernité et dont le message reste contemporain". C'est en tout cas ce que défend Jérôme Cordelier, qui signe "Au nom de Dieu et des hommes" (éd. Fayard). Évoquer ces ordres c'est évidemment fréquenter leurs fondateurs, trois "personnalités fascinantes" qui ont eu chacune une "intuition géniale". "On dit que ces histoires appartiennent au christianisme et à la chrétienté, mais moi je dis que ces histoires appartiennent à toute l'histoire de l'humanité, et donc ce sont des génies qui sont des génies de l'humanité."
 

"Les papes depuis la nuit des temps se sont à la fois appuyés sur ces ordres, ont essayé de les instrumentaliser, et ces ordres ont toujours essayé de garder leurs distances par rapport au pouvoir central, si l'ont peut dire"

 

trois fondateurs, trois "génies de l'humanité"

Les jésuites, les dominicains et les franciscains ont marqué l'histoire de l'Église. "Ce sont des piliers de l'histoire du christianisme et de l'histoire de l'Église", confirme Jérôme Cordelier, dont l'imposante "saga" de près de 400 pages s'intéresse aussi au "jeu" entre ces ordres et le Vatican. "Les papes depuis la nuit des temps se sont à la fois appuyés sur ces ordres, ont essayé de les instrumentaliser, et ces ordres ont toujours essayé de garder leurs distances par rapport au pouvoir central, si l'ont peut dire." Depuis son élection le 13 mars 2013, le pape François fait en quelque sorte la synthèse entre la papauté et les jésuites.

En 2017, les franciscains ont fêté les 800 ans de leur arrivée en France ; en 2016 et 2015, les dominicains ont célébré leurs 800 ans. Et si la compagnie de Jésus a pu voir le jour c'est grâce aux écrits qu'Ignace de Loyola a pu lire sur François d'Assise (v.1181-1226) et sur Dominique de Guzmán (1170-1221), après avoir été blessé au siège de Pampelune (1521). "Ignace s'est rempli des ordres précédents", confirme Jérôme Cordelier.

 



 

François d'Assise et l'ordre des frères mineurs

Personnalité charismatique, François d'Assise a quelque chose du "vrai héros de roman". Souvent on retient du Poverello un exemple de pauvreté radicale, pour Jérôme Cordelier c'est aussi la parfaite illustration du "sens politique". "Il était le meilleur vendeur de la boutique de son père", ce qui signifie qu'il avait "un sens du marketing assez prononcé". François d'Assise c'est "l'art de la persuasion, le besoin de convaincre et de sidérer les foules". Et s'il n'avait pas pour ambition de gouverner ou de fonder un ordre au départ, il a initié un système de vie religieuse révolutionnaire. "Une fraternité chemin faisant", ne recrutant surtout pas de lettrés...

Sa spiritualité rejoint nos préoccupations du XXIè siècle en matière d'écologie, sur la place des femmes ou à propos du dialogue islamo-chrétien. En 1218, il a rencontré le sultan d'Égypte Al-Kâmil, pour ce qui restera comme "la première confrontation pacifique entre un homme de la chrétienté médiévale et l'islam oriental". Ce qui fait de François d'Assise un initiateur du dialogue interreligieux.

 



 

Dominique et l'ordre des prêcheurs

À l'inverse, une personnalité comme celle de Dominique de Guzmán est "beaucoup plus en retrait". À vrai dire on connaît peu son histoire car il a laissé très peu de textes, "à peine quatre lignes..." Mais un rayonnement très grand. Ce qui caractérise l'ordre des frères prêcheurs c'est un système de prise de décision collectif. "Toutes les décisions sont prises en communauté." Et, autre caractéristique, une grande place est laissée à l'épanouissement personnel des membres de la commuanuté.

Timothy Radcliffe, Sr Véronique Margron, Mgr Jean-Paul Vesco, Henri Burin des Roziers, Adrien Candiard... Depuis sa création, l'ordre des dominicains est devenu l'un des cercles intellectuels les plus en pointes. Jérôme Cordelier nous rappelle que "l'Institut dominicain d'études orientales (au Caire) a le plus grand fonds d'islamologie médiévale, mieux fourni que l'Université al-Azhar !"

 

Journaliste pour le magazine Le Point depuis 1996, Jérôme Cordelier a longtemps été grand reporter. Il est aujourd'hui rédacteur en chef des dossiers villes et des éditions régionales. Ses ouvrages témoignent de l'attention qu'il porte aux visages, comme "Une vie pour les autres - L'aventure du père Ceyrac" (éd. Perrin, 2006) ou encore "Rebelles de Dieu - Du docteur Albert Schweitzer à Geneviève de Gaulle-Anthonioz : 12 héros de notre temps" (éd. Flammarion, 2011).