Le 20 mars, premier jour du printemps, est aussi la Journée internationale du bonheur. Difficile de parler de bonheur alors que nos journaux ne sont qu’un résumé des malheurs du monde : guerres, crises, drames… Dans les Béatitudes, véritable règle de vie du bonheur pour les chrétiens, Jésus nous promet la joie à travers les souffrances : la pauvreté, les larmes, la faim, la soif, la persécution, l’insulte… Une perspective peu réjouissante. Décryptage avec Isolde Cambournac, théologienne, docteure en théologie de l’Université de Fribourg, animatrice d’une chaîne YouTube de théologie et auteure de Heureux comme Dieu ! Le bonheur selon saint Thomas d’Aquin.
Dans son ouvrage La Somme théologique, écrit entre 1266 et 1273, saint Thomas d’Aquin décrypte ce qu’est, selon lui, le "véritable bonheur".
Selon lui, le plus grand bonheur n’est pas de ce monde. "Cela n’empêche pas d’avoir quelques bonheurs ici-bas, mais ils seront toujours limités", prévient Isolde Cambournac. Le bonheur absolu, c’est Dieu, qui, par définition, n’est pas de ce monde, explique la théologienne.
Le bien ultime, c’est celui qui va nous combler totalement et qui ne sera accompagné d’aucune contrainte : c’est Dieu.
Mais comment mesure-t-on le bonheur ? Le rapport publié jeudi 20 mars par l’ONU établit un classement des pays les plus heureux en fonction de plusieurs critères : satisfaction dans la vie, PIB par habitant, soutien social, espérance de vie en bonne santé, liberté, générosité et absence de corruption. Saint Thomas d’Aquin, lui aussi, dresse une liste des choses dans lesquelles l’être humain peut chercher son bonheur. Mais celui-ci demeure relatif, observe-t-il dans son ouvrage, car ces plaisirs ne comblent pas notre aspiration au bonheur ultime. "Il va se rendre compte que chaque petit bien n’est pas suffisant, qu’à chaque fois il y a une déception. Le bien ultime, c’est celui qui va nous combler totalement et qui ne sera accompagné d’aucune contrainte : c’est Dieu", conclut Isolde Cambournac.
Selon saint Thomas, le bonheur est plus un acte qu’un état. Il le définit comme l’acte de contemplation de Dieu. "Cette saisie de Dieu nous remplit d’une espèce de joie qui découle de la vision de Dieu", explique Isolde Cambournac. Pour saint Thomas, cette saisie n’est pas tant visuelle qu’intellectuelle. La théologienne précise que ce bonheur est à la fois affectif et intellectuel : "On ne peut pas aimer Dieu si on ne le voit pas et si on ne le connaît pas. Les deux vont de pair."
On ne peut pas aimer Dieu si on ne le voit pas et si on ne le connaît pas. Les deux vont de pair.
Le bonheur peut aussi venir de la contemplation de la création. Saint Thomas d’Aquin était un grand admirateur du monde qui nous entoure, rappelle Isolde Cambournac. "Chaque admiration devant la création est le point de départ d’une recherche de Dieu. Nous avons tous vécu ces petits moments qui nous dépassent. Ils sont furtifs, nous aimerions qu’ils durent, et pourtant, ils nous montrent qu’il y a quelque chose au-delà qui nous attire." Pour elle, la création est un reflet de la bonté de Dieu, capable de nous combler et de nous consoler dans les moments difficiles.
Le bonheur est aussi perceptible dans le partage des émotions. Dans La Somme théologique, saint Thomas d’Aquin prend en compte les aspirations les plus spirituelles, tout en accordant de l’importance à la simplicité des émotions et des passions qui nous constituent, explique la théologienne.
"Il dit que la joie est contagieuse. La joie de nos amis nous rend heureux et, paradoxalement, il affirme que partager la tristesse de nos proches leur fait du bien. Si j’accompagne mes amis dans leur tristesse, cela allège leur souffrance. En revanche, la joie, elle, se démultiplie !" Cette observation se vérifie encore aujourd’hui, notamment sur les réseaux sociaux, où de plus en plus de personnes ressentent le besoin de partager leur bonheur avec leur communauté.
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