Dans l’évangile du premier dimanche du carême, Jésus est tenté par le diable. Il vient d’être baptisé et, tout de suite, c’est la mise à l’épreuve. Comment comprendre que c’est l’Esprit saint lui-même qui a conduit le fils de Dieu au désert ?
Évangile du dimanche 9 mars (Lc 4, 1-13)
Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.
Le diable lui dit alors : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain. »
Alors le diable l’emmena plus haut et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre. Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. » Jésus lui répondit : « Il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte. »
Puis le diable le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui fit cette réponse : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.
Source : AELF
Ce passage de l’évangile du deuxième dimanche de carême intervient alors que Jésus vient d’être baptisé dans le Jourdain par Jean le Baptiste. "Baptême pendant lequel il a entendu la voix du Père le confirmer dans sa mission et lui dire tout l’amour qu’il a pour lui la joie que le Père trouve ne Jésus son fils", rappelle Benjamin Osio, religieux spiritain. Or, le baptême de Jésus inaugure le ministère public de Jésus : ce qu’il va faire non pas en allant prêcher dans les rues, mais en allant au désert !
Le désert est très présent dans la Bible. C’est à la foi une réalité géographique comme il en existe au Proche-Orient. C’est aussi, dans la tradition biblique, là où l’on se retire. C’est le lieu de l’introspection, de la conversion. "Le désert, ça vous recentre sur vous-mêmes, et vous êtes face à vous-mêmes et à ce qui se passe à l’intérieur de vous."
Jésus passe quarante jours au désert : un chiffre symbolique qui revient souvent dans la Bible. Il fait bien sûr écho à l'exode, les quarante ans que le peuple hébreu a passé dans le désert après la libération d’Égypte. "Jésus revit dans ces quarante jours au désert ce moment pendant lequel le peuple a été mis à l’épreuve jusqu’à arriver en terre promise."
Jésus, qui appartient au peuple hébreu, "récapitule dans toute sa vie l’histoire du salut, explique le Père Osio. Il va complètement s’identifier au peuple qu’il vient de rejoindre et accomplir se salut."
Il est dit dans ce texte que c’est l’Esprit qui conduit Jésus au désert. "L’Esprit, c’est la boussole du Christ, nous dit le Père Osio, c’est le moyen de communication, on pourrait dire, qui existe entre le Père et le Fils." Quand Jésus se laisse conduire par l’Esprit, on peut comprendre qu’il s’en remet à Dieu. Toute sa vie, Jésus aura ce lien très spécifique à son Père. "En se laissant conduire par l’Esprit, il sait qu’il répond à l’appel de son Père."
Reste que le récit des tentations au désert est un texte énigmatique. On a du mal à comprendre pourquoi Dieu a voulu mettre à l’épreuve son Fils Jésus. Difficile aussi d’imaginer que Jésus, qui est Dieu pour les chrétiens Dieu, puisse avoir été tenté par le diable.
Il est dit que dans le désert Jésus a eu faim. Il a expérimenté le manque. "Et donc, comme il était vraiment homme tout en étant Dieu, il a eu vraiment faim. Il était affaibli, physiquement et psychologiquement. Il était vulnérable. Et c’est là où le diable s’engouffre : dans nos vulnérabilités."
Les évangiles le disent nettement, Jésus n’est pas épargné par la réalité du mal. "Le diable, c’est le mystère du mal, il ne s’agit pas de le comprendre mais de le reconnaître comme tel, explique le Père Osio. Ce que l’on sait de lui, c’est qu’il est extérieur au projet de Dieu."
À la suite de Jésus, nous pouvons comprendre que "nous ne sommes pas à la source du mal, nous ne sommes pas responsables du mal dans le monde, mais nous pouvons en être à la fois victimes et complices".
Peu de nos contemporains connaissent les Évangiles. Ils n'y sont pas hostiles mais ils n'ont plus d'occasion d'y avoir accès. C'est partant de ce constat que, avec l'éclairage d'un bibliste, Béatrice Soltner propose chaque semaine un texte d'Évangile pour qu'il soit entendu (ou réentendu), pour en savourer la nouveauté et faire l'expérience que - si incroyable que ce soit à l'heure de l'instantanéité - cette parole écrite il y a plus de 2.000 ans nous rejoint toujours au plus profond.
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