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La Passion de Ligny, une catéchèse vivante depuis 1925

La Passion de Ligny, une catéchèse vivante depuis 1925

Un article rédigé par Yves Thibaut de Maisières - 1RCF Belgique, le 27 mars 2025 - Modifié le 27 mars 2025
16/17La Passion de Ligny, une catéchèse vivante depuis 1925

C’est un monument du patrimoine de la région de Sombreffe, La Passion de Ligny fête ses 100 ans en 2025. Véritable trésor de catéchèse vivante, elle met en scène les écrits de la vie du Christ et de sa Passion. Au total, plus d’une centaine d’acteurs et un travail qui réunit des dizaines de bénévoles en coulisses pour faire vivre une tradition bien ancrée.

Michel Lefèbvre, de l'organisation ©1RCF BelgiqueMichel Lefèbvre, de l'organisation ©1RCF Belgique

Michel Lefèbvre, membre de l'organisation, nous explique l'histoire de ce projet qui réunit les générations autour d'un objectif : actualiser la vie du Christ pour faire découvrir son héritage à tous les publics.

Est-ce qu'on peut dire qu'on est devant un véritable joyau du patrimoine vivant ?

Je ne dirais pas le contraire ! Une pièce de théâtre religieuse, c'est tout de même une aventure qui, bien souvent, ne dure pas. Dans la plupart des cas, il s’agit plutôt d’un phénomène passager. Or, à Ligny, depuis cent ans, on joue la Passion. Il y a eu quelques petites interruptions, dues à la guerre et au Covid. Il est un fait : tous les ans, cette pièce est présentée dans le village de Ligny.

L'implication de l'Eglise dans la formation culturelle

Qu'est qui fait que cette initiative a perduré et connaît aujourd'hui encore un grand succès ?

Il faut savoir qu'aux prémices de l’initiative, en 1925, Ligny était un petit village de 1.200 habitants, essentiellement des ouvriers carriers et des ouvriers du métal, des petits artisans. Donc ce n'était pas la grande bourgeoisie. Les familles allaient à l'église. Et à côté de l'église, il y avait le cercle paroissial, le cercle Saint-Joseph, qui était animé notamment par les prêtres et les vicaires. Dans ces maisons d'œuvre, on y jouait la comédie, des sujets souvent légers, raisonnables. De plus, on trouvait les mouvements de jeunesse. Le curé de l'époque a eu un rôle déterminant. L'abbé Maillot a invité quelques personnes du cercle à se rendre à Nancy, ville de culture, pour assister à la représentation de la Passion.  

Le curé de l'époque a eu un rôle déterminant. Il a invité quelques paroissiens à se rendre à Nancy pour assister à la représentation de la Passion.

Avant de repartir, ils se sont lancé le pari de faire de même dans leur village namurois. Le travail serait de taille ; l'œuvre à laquelle ils venaient d’assister à Nancy était d’un très haut niveau. Qu'à cela ne tienne, ils se sont mis au travail et ont proposé, dès novembre 1925, une première représentation de la Passion de Ligny. Le texte choisi était celui d’un curé connu de l’époque dans le sud de la France, un texte facile à mémoriser. Le succès fut immédiatement au rendez-vous comme on peut le deviner sur les photos que nous disposons encore. Quant à la mise en scène, tout était très basique à ce moment-là.

Un spectacle au service d'une catéchèse vivante

Ce spectacle est-il une catéchèse ?

Il y a plusieurs publics à prendre en considération. Tout d’abord, les acteurs. Tous ne sont pas des catholiques pratiquants mais ils connaissent très bien le sujet et ils le jouent avec passion. D’autre part, il y a aussi une grande tradition intergénérationnelle, un goût pour les traditions des villages. Du côté du public qui écoute et regarde la représentation, on retrouve à la fois des gens qui viennent pour faire un véritable exercice avant Pâques (les représentations ont lieu deux fois par dimanche durant le Carême, NDLR). N’oublions pas les jeunes et les catéchistes qui viennent assister à la représentation dans un but catéchétique. Les leçons sont parfois compliquées à comprendre pour les jeunes publics. Suivre un spectacle qui dure une heure et demie, c’est beaucoup plus facile. Il faut ajouter qu'il y a même des enfants, des petits enfants qui jouent, même si c’est un rôle de figurant. 
 

Quelles ont été les évolutions majeures depuis 1925 ? En cent ans, les représentations n’ont été interrompues que durant la guerre et le covid.

En tout cas, du point de vue du public, le spectacle a évolué par son renouvellement constant. On ne parle plus maintenant comme on parlait il y a 30 ou 40 ans. Nous avons eu la chance d'avoir la collaboration des moines bénédictins de Maredsous, qui ont revu scrupuleusement nos textes. Durant longtemps, les textes étaient truffés d’erreurs et de complexité. A un moment donné, les moines sont intervenus pour aider l’équipe à faire évoluer les textes. On a rétréci les phrases, on a précisé des mots.

Nous avons eu la chance d'avoir une collaboration des moines de Maredsous qui ont revu scrupuleusement nos textes. 

Pérenniser ce projet fédérateur est essentiel. Comment faites-vous pour continuer à attirer aujourd'hui ?

Il y a les nouveaux venus, de nouveaux habitants de Ligny qui fréquentent les offices et qui à un moment donné ont vu ou ont entendu parler de l’initiative. Parfois, nous rencontrons des familles dont chaque membre est impliqué d’une manière ou d’une autre. Pour l’un, cela se traduira par une présence sur scène ; pour d’autres, ce sera une aide à la confection des costumes, ou encore de l’accueil des spectateurs. A chacun selon son talent. Je retiens que l’intérêt principal, c'est la dynamique intergénérationnelle. L'enfant qui joue parmi les figurants en 2025 avait certainement ses parents impliqués avant lui, et c’est probablement la même chose pour ses grands-parents et arrière grands-parents !

On dit souvent que lorsque la saison est terminée, elle ne fait que commencer. Après chaque saison, une réflexion sur la perception de la pièce par les publics se vit. Régulièrement, on demande l’avis aux moines de Maredsous. En plus de la préparation matérielle de la pièce, il y a le travail de mémorisation du texte et sa répétition. 
 

Ce projet permet-il de faire grandir la communauté paroissiale ?

C’est de toute façon un bon signe ! Un signe optimiste parce que les gens qui viennent ne sont pas uniquement des pratiquants réguliers. On rencontre tous les publics. Et ce qui est bien, c'est qu'il y a de plus en plus d'agnostiques qui assistent à la pièce. Des gens viennent voir et quand ils sortent, ils sont impressionnés par la présentation des événements survenus il y a deux mille ans. Nous voyons sur scène des séquences qui correspondent aux actualités du moment. On peut établir un parallèle  entre la réalité que nous vivons aujourd’hui et ce qu'elle était pratiquement à l'époque du Christ. La domination, la puissance de l'argent, la duplicité, mais aussi le plaisir et la joie illustrés par les noces de Cana.

De plus en plus d'agnostiques assistent à la Passion de Ligny.

En 2025 vous fêterez le centième anniversaire de la représentation. De quelle façon allez-vous marquer l’événement ?

J’aimerais beaucoup profiter de l’occasion pour saluer le metteur en scène, André Pelseut, qui a quitté ses fonctions après 50 ans de service pour piloter celles des deux successeurs. André a travaillé dans l’enseignement. Il a consacré sa vie à cette œuvre-là, en tout cas sur le plan intellectuel, en travaillant au perfectionnement de la mise en scène. Il a révolutionné la représentation par son talent ! C'est un pur intellectuel et il est profondément chrétien. Même depuis sa maison de repos, à l’âge de 90 ans, il continue à piloter le projet. Autant dire que ce genre de personne ne court pas les rues… Il est là à toutes les représentations. Et il m'a fait la confidence qu'il avait toujours un projet nouveau en tête !
 

Le 16/17 ©1RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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Le 16/17 ©1RCF
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