Abstentionniste mais engagée, paradoxe d'une jeunesse maltraitée

Présentée par Christophe Henning

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Grand Angle

mardi 14 février à 17h03

Durée émission : 55 min

Abstentionniste mais engagée, paradoxe d'une jeunesse maltraitée

© Guillaume POLI/CIRIC - Rencontre Nationale Chrétiens en Grande Ecole (CGE) à Lyon, le 28 janvier 2017

Le taux d'abstention est très fort chez les jeunes - symptôme d'une génération qui ne se sent pas intégrée, et qui fait pourtant de vraies propositions vers plus de vitalité démocratique.

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Ecoute-t-on vraiment les jeunes dans notre société? L'approche des élections présidentielle est l'occasion de pointer du doigt une réalité criante que les observateurs - journalistes, sociologues, essayistes et jeunes eux-mêmes - confirment comme d'une seule voix. Antoine Peillon, qui publie "Voter, c'est abdiquer" (éd. Don Quichotte) parle de "jeunesse maltraitée" dans notre pays. "Une République, une France, qui ne se tourne pas vers sa jeunesse est une République, une France, qui meurt."
 

Jeunesse maltraitée

"La jeunesse, un problème phénoménal de notre société", considère Antoine Peillon. L'essayiste parle de jeunesse "trahie, méprisée, exploitée, maltraitée..." et pour les moins formés de "jeunes martyrisés". Les mots sont forts, douloureux à entendre si l'on se penche sur les chiffres qui les confirment. Aujourd'hui, 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté en France, parmi elles des familles et des jeunes. Or l'Éducation nationale ne parvient pas à enrayer les inégalités sociales. Chaque année, 100.000 jeunes sortent sans qualification de l'école.
 

 

Ecart culturel entre générations? Crise des institutions? Faillite de notre système social? D'un côté, on a une jeunesse bac + 5 ou bac + 6 qui "multiplie les expériences à l'étranger et qui ne trouve au mieux que des CDD", explique Antoine Peillon. Une jeunesse qui n'est pas - et pour cause - intégrée à la société. "Sur l'emploi on nous avait promis qu'on bénéficierait du papy boom, or on n'a jamais eu autant de chômage chez les jeunes de précarité", confirme Mathias Thépot. Lui aussi parle de "jeunesse trahie". Trahie car selon lui "notre jeunesse a du mal à penser, on a du mal à prendre du recul, on est pris par le court terme". Il signe avec Thomas Golovodas "Manifeste d'une jeunesse trahie" (éd. Bayard). Un livre "en réaction à l'absence d'idéal social et humaniste", contre ce "cynisme ambiant et ce pragmatisme".

D'un autre côté, les jeunes issus de familles modestes sont "sans avenir" car notre système de minima sociaux est en faillite, soutient Antoine Peillon. C'est aux structures associatives que revient le soin d'aider les familles en difficulté. Les Apprentis d'Auteuil accompagnent 26.000 jeunes et 5.000 familles. Début mars l'association publie "Prendre le parti des jeunes" (éd. L'Atelier / Apprentis d'Auteuil). Un ouvrage qui donne la parole aux jeunes - parce qu'ils ont des choses à dire.
 

 

jeunesse abstentionniste...

Chez les jeunes c'est l'abstention qui est la plus forte, mais aussi vote populiste, et notamment FN. Une abstention "non pas d'infifférence, mais politique", pour Antoine Peillon. Quant au vote FN, il est chez les jeunes un "cri d'angoisse et de désespoir", plus qu'un vote de rejet "xénophobe et raciste".
 

 

"On perd cet idéal social à long terme alors qu'on a une vraie compréhension de notre monde", déplore Mathias Thépot. L'ouvrage, dont il est le co-auteur, passe au crible 10 sujets - Europe, inégalités, identité, consommation, emploi...  - qui concernent de près la jeunesse. L'objectif: "Resensibliser à un idéal plus humaniste", avec des propositions concrètes "pour mettre cet idéal en œuvre". Les auteurs de "Manifeste d'une jeunesse trahie" entendent (r)éveiller chez les jeunes un esprit critique.
 

"Le lien avec le politique, avec les représentants du peuple, est rompu, surtout pour les jeunes générations."

 

... mais engagée

François Jacob rappelle combien les jeunes ont "besoin d'être entendus". Et ça tombe bien, ils ont des choses à dire. "C'est juste qu'on veut une autre forme de démocratie", témoigne Mathias Thépot. Son constat: "Le lien avec le politique, avec les représentants du peuple est rompu, surtout pour les jeunes générations." Ecouter la jeunesse c'est la chance des politiques. "Les jeunes nous donnent eux-même des pistes que nous devrions tous suivre", considère Antoine Peillon. Il parle d'une "jeunesse d'une incroyable intelligence, extrêmement humaniste et pacifique". Le site Jeunesse 2017, édité par les Apprentis d'Auteuil, publient 20 propositions "écrites par, pour et avec les jeunes". Quant au livre, "Prendre le parti des jeunes", il sort le 2 mars 2017.
 

 

Invités

  • Antoine Peillon , essayiste, journaliste

  • Mathias Thépot , journaliste à La Tribune, écrivain

  • François Jacob , directeur de la communication et des relations bienfaiteurs aux Apprentis d'Auteuil

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L'émission

Tous les mardis à 17h03

Spiritualité, patrimoine, littérature, vie de l'Eglise, développement personnel... Chaque semaine, Christophe Henning anime une table ronde pour engager la discussion avec des acteurs de la vie culturelle, sociale, spirituelle.

Le présentateur

Christophe Henning

Journaliste de presse écrite dans le groupe Bayard, Christophe veut susciter le débat et favoriser la rencontre des témoins. Lecteur infatigable, il partage volontiers ses coups de cœur. Dans les studios parisiens de RCF, il donne la parole aux auteurs, mais aussi aux acteurs de la société et de l’Eglise.