Annie Girardot, l’actrice des sentiments

Présentée par UA-166672

La Symphonie du cinéma

mercredi 14 avril à 12h00

Durée émission : 25 min

Annie Girardot, l’actrice des sentiments

© Filmedia. Aux côtés de Jean-Paul Belmondo dans "Un Homme qui me plaît", 1969.

Visconti, Lelouch, Cayatte ou de Broca lui ont offert quelques-uns de ses plus beaux rôles. Grande actrice populaire des années 70, Annie Girardot disparaissait, il y a déjà dix ans.

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Annie Girardot était une femme de caractère, sincère et entière, et une grande comédienne. Parce qu'elle était capable de jouer aussi bien la comédie que des rôles dramatiques, elle était en l'espèce une actrice complète, respectée et immensément populaire qui nous quittait, il y a dix ans, le 28 février 2011. La Symphonie du cinéma revient cette semaine en musique sur une carrière, entamée au milieu des années 50, qui va vraiment décoller au début de la décennie suivante avec, un premier grand rôle dramatique sous la direction de Luchino Visconti qui, le premier détecte son immense potentiel.
 

« ROCCO ET SES FRèRES » : TRAGéDIE à l'italienne SOUS LA CAMéRA DE VISCONTI

 
Fable sociale noire sur la condition des Italiens modestes des campagnes, venus tenter leur chance dans les grands centres urbains au début des années 60, "Rocco et ses frères" obtient la palme d'or du jury à la Mostra de Venise. Remplaçant Jeanne Moreau, qui avait refusé le rôle, Annie Girardot est bouleversante dans le rôle de Nadia, prostituée au grand coeur, écartelée entre son amour pour deux frères, joués par Alain Delon et Renato Salvatori, qu'elle épousera, pour de vrai, en 1962.
Nino Rota compose la musique du film dont le morceau le plus connu n'est pas celui que vous venez d'entendre, qui lui s'appelle "Milano e Nadia", et qui dépeint plutôt un état d'esprit joyeux et une certaine insouciance avant le drame.
Ancienne élève de la rue Blanche et comédienne de théâtre brillante, passée par la Comédie- Française, Annie Girardot fait pourtant le choix du cinéma et ce dès 1957. Jeune comédienne, elle donne alors la réplique à Jean Gabin dans deux films: "Le Rouge est mis" et "Maigret tend un piège", puis rencontre Lino Ventura en 1961 sur "Le Bateau d'Émile" où elle interprète également la chanson du film.
 

« LE BATEAU D’éMILE » : SUR UN AIR DE CHARLES AZNAVOUR

 
Girardot chantant "Notre amour se ressemble" dans le film de Denys de La Patellière où elle incarne précisément une chanteuse de café concert, passant son temps à se disputer avec un Lino Ventura, en costume de marin pêcheur. On doit la musique à Charles Aznavour alors qu'Annie Girardot signe-là son premier disque pour le cinéma. Un domaine qui intéresse cette touche-à-tout qui en enregistrera d’autres tout au long de sa carrière notamment chez Lelouch en 1967 dans "Vivre pour vivre", film qui va lui redonner un second souffle après plusieurs films en Italie où elle tourne beaucoup depuis son mariage avec Renato Salvatori, et quelques productions mineures ou plus sulfureuses comme "Le Mari de la femme à barbe" en 1964, de Marco Ferreri.
 

« UN HOMME QUI ME PLAîT » : PARTITION POUR UNE FEMME SEULE

Claude Lelouch, séduit par l'actrice et la femme et sa capacité à émouvoir, la choisit pour partenaire de Jean-Paul Belmondo, en 1969, pour son film "Un Homme qui me plaît" qui comporte, l'une des plus belles scènes du cinéma français des années 60. Lelouch filme sa détresse sentimentale dans un grand moment de solitude à l'aéroport d'Orly où elle attend en vain un Jean-Paul Belmondo qui ne descendra jamais de l'avion.

 
Le "Concerto pour la fin d'un amour" est magnifique. La musique de Francis Lai et les arrangements de Christian Gaubert se marient à merveille aux images de ce road movie américain et film sur une liaison et un amour de voyage entre Annie Girardot et Jean-Paul Belmondo sauf que dans le film, Annie Girardot y croit du comme fer et tombera de très haut. "Elle reste mon plus beau souvenir de metteur en scène", a régulièrement confié Claude Lelouch qui la fera tourner à cinq reprises, alors même que l'actrice et le cinéaste avaient entamé une liaison deux ans auparavant sur le tournage de "Vivre pour vivre". Le film, c'est un peu une mise en abyme de leur histoire, sublimée encore une fois par la musique de Francis Lai.
On change de registre et d'univers pour le moins avec "Elle cause plus... Elle flingue", second film en 72, deux après "Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais elle cause!" chez Michel Audiard, avec une Annie Girardot en chef de bande à la tête d'une véritable cour des miracles...
 

« ELLE CAUSE PLUS… ELLE FLINGUE » : LES ANNéES AUDIARD

 
Michel Audiard propulse Annie Girardot, au début des années 70, au rang d'actrice comique. « Il y a des rencontres importantes dans la vie. C’est certain. J’ai rencontré Gabin et maintenant, il y a Annie Girardot. Il y  a des gens qui vous donnent, comme ça, envie de faire des films », disait Jacques Audiard dont l'univers, plutôt viril, ne compte pas, ou peu, de femmes. Elles sont deux en fait: Mireille Darc et Annie Girardot à avoir séduit le célèbre dialoguiste et scénariste.
Les années 70 seront une décennie jalonnée de nombreuses comédies pour Annie Girardot avec divers partenaires: Louis de Funès chez Claude Zidi dans "La Zizanie", Philippe Noiret chez Molinaro dans "La Mandarine", chez Jean-Pierre Blanc dans "La Vieille Fille", et chez Philippe de Broca dans "Tendre poulet" ou encore Pierre Mondy dans "Vas-y maman"...
 

NOIRET-GIRARDOT, COUPLE DE CINéMA DANS LES ANNéES 70

"Le Temps du lumbago", chanté par Les Parisiennes sur une musique de Claude Bolling, revient à plusieurs reprises dans "La Mandarine", avec Philippe Noiret, partenaire privilégié d'Annie Girardot dans les années 70 avec lequel elle formait un vrai couple de cinéma, complémentaire et très crédible au fond. Une rencontre sur grand écran, commencée en 1961 chez Jean Delannoy dans "Le Rendez-vous" et qui allait s'achever en 1980 chez Philippe de Broca encore avec "On a volé la cuisse de Jupiter", la suite des aventures du commissaire Lise Tanquerelle et du professeur de grec ancien Antoine Lemercier, deux ans après "Tendre poulet".
 

« ON A VOLé LA CUISSE DE JUPITER » : L’ESCAPADE GRECQUE DU « TENDRE POULET »  

 
Georges Hatzinassios compose une musique folklorique de circonstance pour le générique d'"On a volé la cuisse de Jupiter" où l'on suit Philippe Noiret et Annie Girardot en Grèce, embarqués bien malgré eux durant leur voyage de noces dans une affaire de trafic de statue antique. Revenons aux rôles plus dramatiques qu'a tenu Annie Girardot au cinéma. Ils furent nombreux et marquants. On peut en citer quelques-uns incontournables chez Serge Korber en 1972 dans "Les Feux de la chandeleur" où elle est remarquable en femme broyée par ses sentiments. Toujours en 72, elle joue une curiste chez Alain Jessua où elle retrouve Alain Delon dans "Traitement de choc". En 75, c'est elle qui enfile cette fois-ci la blouse du médecin chez Jean-Louis Bertuccelli dans "Docteur Françoise Gailland", alors qu'elle incarne une professeure de lettres qui va tomber amoureuse d'un de ses ēlèves dans "Mourir d'aimer", d'André Cayatte, très grand succès de l'année 1971 avec près de six millions de spectateurs en salles. Grande chanson, aussi, de Charles Aznavour qui ne figure pas dans le film mais qui traite du même fait divers, à savoir le destin tragique de Gabrielle Russier.
 

« MOURIR D’AIMER » : UN RôLE DE COMPOSITION éBLOUISSANT

 Aimer à en mourir, tel est le fil rouge du très émouvant film d'André Cayatte "Mourir d'aimer" dont la bande originale est signée Jorge Araujo Chiriboga et qui contient également deux chansons de Carmen Requeta, accompagnée à la guitare par Paco Ibanez. Touché par la fin tragique de Gabrielle Russier et un fait divers qui créa un vrai débat dans la société française quant à l'âge du consentement sexuel, Charles Aznavour écrit une chanson avant même le tournage du film. Elle ne figurera pourtant pas au générique mais sera tout de même incluse dans des versions étrangères et demeure ainsi en quelque sorte liée au film d'André Cayatte.
 

« LES MISéRABLES » : CLAUDE LELOUCH ET UN CéSAR

 
La version instrumentale, orchestre et hautbois, de "La Chanson des Misérables", de Francis Lai, est une des musqiues de la dernière partie de la carrière d'Annie Girardot, beaucoup plus erratique. L'actrice étant confrontée à la fois à des échecs professionnels et personnels et à une certaine indifférence du milieu du cinéma. Et comme en 67 avec "Vivre pour vivre", c'est Claude Lelouch qui la relancera une nouvelle fois en 1995 avec "Les Misérables", film pour lequel, elle obtiendra un César pour un second rôle, avant un autre en 2001 pour "La Pianiste", de Michael Haneke. Annie Girardot tournera encore huit films jusqu'en 2007, dont un second Haneke pour "Caché" avant de s'éteindre à l'âge de 79 ans en 2011.

 
La Minute Judy Garland
Arrêtons-nous ou plutôt reparlons des années 70 dans La Minute Judy Garland pour évoquer cette semaine un film, "Les Malheurs d'Alfred" et un acteur, Pierre Richard qui tourne, en 1971, dans cette comédie qu'il réalise également. L'histoire d'un personnage maladroit, comme souvent a pu l'être Pierre Richard, embarqué malgré lui dans un jeu télévisé dont il va devenir la vedette. Vladimir Cosma signe la musique du film qui contient la version instrumentale mais qui a fait l'objet, aussi, d'une chanson et d'un 45-tours promotionnel comme parfois celà se faisait.

 

Quelques conseils pour prolonger cette émission…
Un livre: "Annie Girardot, un destin français", de sa fille Giulia Salvatori, publié en 2012 chez Michel Lafon. Un témoignage intime, agrémenté de documents rares, sur le destin et la femme d'exception qu'était Annie Girardot qui avait ému la France entière avec son cri du coeur à la cérémonie des Césars en 1996 où elle avait lancé: "Je ne sais pas si j'ai manqué au cinéma français mais à moi, le cinéma français a manqué follement, éperdument, douloureusement." Enfin, un conseil DVD avec le coffret Annie Girardot, paru fin 2016 chez Studiocanal et contenant quatre films: "Traitement de choc", "La Vieille Fille", "Cause toujours tu m'intéresses" et "La Zizanie".
 
Et on se quitte avec Claude Lelouch et "Vivre pour vivre", un titre qui caractérise assez bien la soif de vie qu'avait Annie Girardot qui avouait au sujet du réalisateur. "Il est le seul qui me comprend vraiment." Pour les besoins du film, elle chante en duo avec Nicole Croisille "Des Ronds dans l'eau", chanson de Pierre Barouh pour les paroles et de Raymond Le Sénéchal pour la musique, traduite en anglais par Sonny Miller sous le titre "Now you want to be loved".

 
 
 
Play list des titres diffusés :
 « Milan et Nadia », BO « Rocco et ses frères », Nino Rota
« Notre amour se ressemble », BO « Le Bateau d’Émile », Charles Aznavour
“Concerto pour la fin d’un amour”, BO “Un Homme qui me plaît », Francis Lai
Générique, BO « Elle cause plus… elle flingue », Eddie Vartan
Extrait « La Vieille Fille », de Jean-Pierre Blanc
« Le Temps du lumbago », BO « La Mandarine », Les Parisiennes. Musique : Claude Bolling
 Générique, BO « On a volé la cuisse de Jupiter », Georges Hatzinassios
« Mourir d’aimer », BO « Mourir d’aimer », Charles Aznavour
« La Chanson des Misérables » (Orchestre et Hautbois), BO « Les Misérables », Francis Lai
"Les Malheurs d'Alfred", BO "Les Malheurs d'Alfred", Pierre Richard. Musique: Vladimir Cosma
"Des Ronds dans l’eau », Annie Girardot, Nicole Croisille. Musique : Raymond Le Sénéchal
 
Réalisation technique : Clément Bonsignore

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L'émission

Le samedi à 16h30

"La Symphonie du cinéma", une émission de Fabien Genest pour voyager dans l'univers des musiques de films.

Le présentateur

Fabien Genest

Journaliste de presse écrite et producteur de radio, passionné de cinéma et musique fabien.genest@rcf.fr