Ce courant néo-conservateur chez les catholiques de France

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Le Temps de le dire

mercredi 25 avril 2018 à 9h03

Durée émission : 55 min

Le Temps de le dire

© Cyril BADET/CIRIC - Octobre 2016 : pour certains catholiques, la Manif pour tous a été une "école de formation politique"

On parle d'un retour aux valeurs traditionnelles comme d'un mai 68 inversé. Le tournant conservateur que semblent prendre les catholiques de France fait beaucoup parler...

"Cathos, ne devenons pas une secte", "À la droite de Dieu", "Comment peut-on être catholique ?", "Identitaire - Le mauvais génie du christianisme", "Le mai 68 conservateur"*... Depuis quelques années, les essais se multiplient sur le risque identitaire et le tournant conservateur que semblent prendre les catholiques de France. Certains parlent d'un retour aux valeurs traditionnelles comme d'un mai 68 inversé. Mais en 50 ans, les choses ont bien changé. Si la tendance semble être au conservatisme, les catholiques d'aujourd'hui évoluent dans une société bien différente, plus déchristianisée et marquée par le multiculturalisme, la préoccupation environnementale et la pression économique. 

Beaucoup de catholiques conservateurs s'engagent en faveur du bien commun, par opposition à la "conquête infinie des droits prônée par la gauche"

 

Cathos et conservateurs en 2018, de qui parle-t-on?

Néo-conservateurs, anti-modernes ou catholiques identitaires... la mosaïque est complexe. Il y a aussi ceux que Pascale Tournier, du journal La Vie, nomme les "bio conservateurs", ceux qui se retrouvent à travers la revue Limite, concencernés par les question d'écologie. Il y a aussi les identitaires, lecteurs du site "Le Salon Beige". Mais s'il est difficile de faire des catégories c'est que par exemple, certains partagent avec l'extrême gauche de Jean-Luc Mélenchon "un anti-libéralisme de plus en plus prononcé", note l'auteure de "Le vieux monde est de retour" (éd. Stock).

Toujours est-il que les plus concervateurs des catholiques ne sont plus uniquement chez les lefebvristes intégristes. Selon Henri Tincq, auteur de "La grande peur des catholiques de France" (éd. Grasset), "la nouveauté c'est que, avec une frontière avec les intégristes qui est de moins en moins sévère, il y a des communautés, des groupes, qui se disent catholiques et qui se rapprochent des lefebvristes sur le plan de la liturgie de la vision du monde, de la distance à prendre avec un certain pontificat comme celui du pape François, plutôt libéral et progressiste." Le journaliste cite l'exemple de la communauté Saint-Martin, "une communaiuté religieuse qui aujourd'hui compte une centaine de séminaristes, et dans laquelle les évêques de France puisent pour équiper des aumôneries, gérer des paroisses, faute de candidats dans les séminaires classiques".

 



 

De la déception du politique à l'engagement de proximité

Ce réveil conservateur des catholiques de France date de La Manif pour tous, véritable "école de formation politique" pour beaucoup, juge Pascale Tournier. Pendant un an, l'opposition au mariage pour les personnes de même sexe a fédéré autour d'elle, se sont noués des liens d'amitié. De là sont nés un mouvement politique, Sens commun, des initiatives en faveur des chrétiens d'Orient ou encore le mouvement des Veilleurs. Ces catholiques dont on a dit qu'ils étaient "décomplexés" ont cependant été déçus de la politique, avec l'adoption de la loi Taubira puis de l'échec de François Fillon à l'élection présidentielle. Beaucoup se sont tournés vers l'engagement social, par exemple au sein des écoles du réseau Espérance banlieues. 

C'est ce dont témoigne Benoît, auditeur de RCF à Libourne (Gironde) : "Je trouve que les tradis nous ont apporté des choses qui aujourd'hui nourrissent bien nos paroisses, processions, adoration... J'ai fait parti de Sens commun après avoir participé à la Manif pour tous, on est plusieurs à être déçus de ce passage politique, on s'est un peu tous cassé les dents là-dessus, on est tous revenus à des tâches plus humbles dans nos paroisses." 

 



 

Peur de l'islam et bien commun

Le mouvement qu'observe Henri Tincq est celui de croyants dans un monde déchristianisé, où "on va vers l'Église qui fournit des échelles de valeur, un sens à la vie, des engagements..." De là à désirer - à fantasmer - un retour de la chrétienté, le pas est rapidement franchi. D'où le retour en grâce de Péguy, un "revival" de l'Action française comme l'appelle Pascale Tournier, et une relecture de Barrès, voire de Simone Weil. Assez étonnement, la journaliste de La Vie observe un engouement pour son livre "L'Enracinement" (1943) dont le titre "renvoie à une vision charnelle de la France".

Une France mythifiée, donc, chrétienne, blanche, et "qui refuse l'islam, il ne faut pas avoir peur de le dire" affirme Pascale Tournier. Chez les catholiques aussi il y a cette peur de l'islam que partagent un grand nombre de Français depuis les attentats terroristes. Henri Tincq parle d'un "mouvement de repli, de méfiance de l'étranger et des autres cultures". Mais parallèlement à cela, beaucoup de catholiques conservateurs s'engagent en faveur du bien commun, par opposition à la "conquête infinie des droits prônée par la gauche", explique la journaliste, vue comme "une menace pour le bien commun. dans une société fracturée". 

 


* - "Cathos, ne devenons pas une secte" , de Patrice de Plunkett, éd. Salvator (2018)
- "Le pari chrétien - Une autre vision du monde", de François Huguenin, éd. Taillandier (2018)
- "Comment peut-on être catholique ?" de Denis Moreau, éd. Seuil (2018)
- "À la droite de Dieu" de Jérôme Fourquet, éd. Cerf (2018)
- "Identitaire - Le mauvais génie du christianisme", d'Erwan Le Morhedec, éd. Cerf (2017)
- "Le Mai 68 conservateur", de Gaël Brustier, éd. Cerf (2014)

 

Invités

  • Pascale Tournier, journaliste, rédactrice en chef adjointe au service Actualité de l'hebdomadaire La Vie

  • Henri Tincq, journaliste, ancien responsable des informations religieuses au journal Le Monde, prix Templeton du meilleur informateur européen pour les questions religieuses (2002)

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Le présentateur

Antoine Bellier

Journaliste à RCF depuis 2009, Antoine est passé par Le Mans et La Roche-sur-Yon, avant de rejoindre la rédaction nationale en septembre 2013. Curieux de l’actualité sous toutes ses formes, amateur de cinéma et de littérature, il lui arrive de passer du micro à la plume.