Bourvil disparaissait il y a 50 ans: retour sur ses plus grands films

Présentée par UA-133889

La Symphonie du cinéma

mercredi 23 septembre à 12h00

Durée émission : 25 min

Bourvil disparaissait il y a 50 ans: retour sur ses plus grands films

© Wikimédia Commons - Bourvil à l'aéroport d'Amsterdam le 20 mars 1967, lors de la promotion de La Grande Vadrouille aux Pays-Bas.

Avec Fernandel, Louis de Funès et Jean Gabin, Bourvil est le "quatrième mousquetaire" du cinéma français des Trente Glorieuses. Fabien Genest revient sur ses plus grands films, en musique!

Il y a tout juste cinquante ans, André Raimbourg, dit Bourvil, disparaissait le 23 septembre 1970. Avec lui, s’en allait une figure majeure du cinéma français de l’après-guerre, champion toutes catégories, avec Louis de Funès, du box office dans les années 60.

 

 

"Je suis un comique paysan", disait dans un large sourire, ce fils d’agriculteurs normands, venu au cinéma par la chanson. Chanteur de music-hall et d'opérette, il connaît le succès à la Libération avec la chanson "Les Crayons", qu’il a écrite sur une musique d’Étienne Lorin, et qu’il interprète dans "La Ferme du pendu", de Jean Dréville en 1945. Le premier long métrage où il tient un rôle non figuratif.

Nombre de chansons de Bourvil figurent dans ces années d’après-guerre dans les films d'un autre réalisateur, André Berthomieu. On peut citer "C’est l’piston", dans "Blanc comme neige", en 1948, ou la célèbre "Tactique du gendarme", que l’on retrouve dans "Le roi Pandore", l’année suivante. En cette fin des années 40, Bourvil continue de mener une carrière musicale, parallèlement au cinéma. Il faudra cependant attendre 1956 et "La Traversée de Paris", de Claude Autant-Lara, film pour lequel il obtient le grand prix d'interprétation à la Mostra de Venise, pour découvrir véritablement tout son potentiel d’acteur.

 

"LA TRAVERSÉE DE PARIS" (1956) : GABIN, DE FUNÈS ET BOURVIL RÉUNIS

 

"La Traversée de Paris" : dans l’inconscient collectif, c’est d’abord la cultissime scène entre Bourvil, Louis de Funès et Jean Gabin, dans laquelle ce dernier tente de faire chanter Louis de Funès, jouant un épicier qui fait du marché noir, qui confie des valises remplies de viande de cochon à transporter à travers la capitale.

On doit la musique du générique à René Cloërec, compositeur attitré de Claude Autant-Lara durant 23 longues années. Bourvil, en tout cas, y excelle dans un rôle dramatique. Vont s’enchaîner les rôles de premier plan en même temps que l’accès au statut de vedette à la fin de la décennie et surtout dans la suivante, les années 60, où le talent de Bourvil, le Normand un peu benêt mais au grand cœur, va éclabousser.

 

"LE BOSSU" (1959) : LE TRIOMPHE DU FILM DE CAP ET D’ÉPÉEE

 

Le générique du "Bossu" a été composé par Jean Marion, chef d’orchestre et compositeur trop tôt disparu qui signe la partition du film d’André Hunebelle. Avec près de six millions de spectateurs en salles en 1959, "Le Bossu" est un succès retentissant et allait remettre au goût du jour le film de cape et d’épée, tombé quelque peu en désuétude. Jean Marais allait en devenir le porte-drapeau durant les années 60 et le tandem qu’il forme alors avec Bourvil est reconduit l’année suivante dans "Le Capitan", qui dépasse les 5 millions d’entrées.

 

« LE JOUR LE PLUS LONG » (1962) : MAURICE JARRE À LA BAGUETTE

 

Changement d’époque, nous sommes le 6 juin 1944, à quelques heures du débarquement allié en Normandie. Bourvil incarne le maire résistant de la petite commune de Colleville-sur-Orne dans le film qui fut présenté, à sa sortie, comme le plus cher de l’histoire du cinéma. Les quatre premières notes de la "Cinquième Symphonie", de Beethoven, jouées au tambour et accolées à la partition symphonique de Maurice Jarre pour "Le Jour le plus long", le film de tous les records, sorti en 1962, d'après le livre éponyme de Cornelius Ryan, publié en 1959.

Un film au casting international impressionnant, aussi bien français, anglais, américain, qu’allemand qu’on n’a jamais revu depuis, pour retracer cette fresque chronologique majeure de l’histoire mondiale qui totalisera près de 12 millions de spectateurs en salles, rien qu’en France, et qui constitue, 60 ans plus tard, toujours une référence.

 

"UN DRÔLE DE PAROISSIEN" (1963) : SUR UN AIR DE JOSEPH KOSMA

 

Dans "Un drôle de paroissien", sorti en 1963, Bourvil incarne Georges Lachaunaye, un catholique bigot qui s’est fait une spécialité de siphonner les troncs d’église jusqu’au jour où il se fait prendre la main dans le sac par un inspecteur de police joué par Francis Blanche. En 2014, Jean-Pierre Mocky expliquait avoir pensé dans un premier temps à Fernandel qui refusa le rôle, car il voulait sortir de l’univers des églises après Don Camillo. Mocky propose alors le rôle à Bourvil qui lit le scénario dans l'heure et accepte.

 

"LE CORNIAUD" (1965) et "LA GRANDE VADROUILLE" (1966) : DEUX CHEFS D’ŒUVRE DANS L’HISTOIRE

 

La musique du générique du "Corniaud" est signée Georges Delerue en 1965. L’année suivante, c’est au tour de "La Grande Vadrouille" et de son thème principal, une java intitulée "Pense à nous deux", que l’on doit à Georges Auric.

 

 

1965 et 1966 : deux années incroyables dans la filmographie de Bourvil, qui enchaîne les tournages et tournera aussi "La Grosse Caisse", d’Alex Joffé ou encore "Les Grandes Gueules", de Robert Enrico, où il incarne un patron d’une scierie familiale, l’un de ses plus grands rôles en dehors du registre de la comédie.

 

"LES GRANDES GUEULES" (1965) : UNE GRANDE MUSIQUE DE FRANÇOIS DE ROUBAIX

 

Tout le talent de François de Roubaix dans cet extrait tiré du générique des "Grandes Gueules", un film d’hommes, âpre et noueux comme le bois des sapins de la forêt vosgienne où se déroule l’action. Obligé d’embaucher des détenus en liberté conditionnelle pour tenter de faire redémarrer son affaire, Bourvil va s’appuyer sur Dannecker, joué par Lino Ventura, un ancien détenu venu accomplir une vengeance.  Se sentant trahi à la fin du film, Bourvil met le feu à sa scierie et est sauvé in-extremis par Lino Ventura.

 

"LE CERCLE ROUGE" :  ÉLÉGIE SIGNÉE ERIC DEMARSAN

 

La musique d’Éric Demarsan, Montand, Delon et Bourvil devant la caméra de Jean-Pierre Melville : "Le Cercle rouge" fait figure, bientôt cinquante ans après sa sortie, de chef-d’œuvre du film noir à la française. Un polar qui vaudra à Bourvil, décédé un mois avant la sortie, la reconnaissance unanime de la profession. Quant à la bande originale d’Eric Demarsan, sa couleur jazzy vient renforcer le style et l’ambiance polar noir hollywoodien de ce grand film de genre.

 

Bibliographie

"Bourvil inoubliable", de Solène Haddad, paru en 2015 chez City éditions, une biographie retraçant la riche et protéiforme carrière de l’acteur. Au rayon DVD et Blueray, le choix est grand, optez pourquoi pas pour le coffret sorti chez Gaumont et réunissant trois films : "Le Bossu", "Le Cerveau" et "La Traversée de Paris", trois facettes du comédien qu’était Bourvil chez trois cinéastes majeurs. Enfin, on ne saurait oublier le chanteur qu’était le Normand et là encore, les compil ne manquent pas à l’image de "Bourvil 100 chansons", un coffret 4 CD, paru chez Bonsaï Music en 2010.

On se quitte en chanson, avec "La Tactique du gendarme" figurant en 1950 dans "Le roi Pandore", d’André Berthomieu, je l’évoquais au début de cette émission, l’une des plus célèbres du répertoire de Bourvil sur une musique, signée de son complice Etienne Lorin, son compositeur dans les années 40 et 50.

 

 

 

Play list des titres diffusés

Les Crayons, BO La Ferme du pendu, Bourvil. Musique : Etienne Lorin ; Extrait La Traversée de Paris, édité par Gaumont ; Générique La Traversée de Paris, René Cloërec ; Le Bossu générique, BO Le Bossu, Jean Marion ; The Longest day theme, BO Le Jour le plus long, Maurice Jarre ; Extrait Un Drôle de paroissien, édité par ESC éditions ; Générique Un drôle de paroissien, Joseph Kosma ; Générique Le Corniaud, Georges Delerue ; Pense à nous deux (java), BO La Grande Vadrouille, Georges Auric ; Générique des Grandes Gueules, François de Roubaix ; Le Cercle rouge, Eric Demarsan ; Sister Buddha, BO Days of the Bagnold summer, Belle & Sebastian

 

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L'émission

Le samedi à 16h30

"La Symphonie du cinéma", une émission de Fabien Genest pour voyager dans l'univers des musiques de films.

Le présentateur

Fabien Genest

Journaliste de presse écrite et producteur de radio, passionné de cinéma et musique fabien.genest@rcf.fr