Lara Jenkins : une journée dans la vie d'une femme

Présentée par PR-19119

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La chronique Cinéma

mercredi 26 février à 8h52

Durée émission : 3 min

Lara Jenkins : une journée dans la vie d'une femme

© Allociné

Un magnifique portrait de femme, pas très tendre, signé Jan-Ole Gerster

Ce film est joué par une actrice exceptionnelle, Corinna Harfouch, presque inconnue chez nous mais une star en Allemagne, reconnue dans des registres aussi variés que le théâtre classique ou la comédie.

Pour le rôle de « Lara Jenkins », elle incarne un personnage austère et solitaire, une femme élégante et froide qui à l’aube de ses 60 ans ne sait plus voir ce que la vie lui offre de beau.
Le film la suit pendant 24h, le jour de son anniversaire, dans une sorte de déambulation dans Berlin, un procédé que le réalisateur avait déjà utilisé pour son premier film.
Et cette journée particulière est aussi celle du premier récital en solo de son fils pianiste, Viktor, dont elle a été la professeure à la fois exigeante et inflexible.

Et le concert de son fils, va être l'occasion de renouer avec ses proches.  Enfin de tenter de renouer en tous cas. Car c’est une femme qui s’est coupée de tous, elle est devenue une sorte de fantôme d’elle-même, comme étrangère à sa propre vie.

Et ce concert va la ramener à la réalité, par une succession de petits moments du quotidien, qui progressivement, grâce à une grande habilité de scénario, dessinent une vie. Avec toutes ses erreurs passées que l’on devine, ses failles, ses échecs. Et cette femme, que l’aigreur conduit parfois à la cruauté, en devient profondément humaine et paradoxalement attachante.

Le réalisateur dit s'être inspiré du film de Bergmann "Sonate d'Automne", auquel on pense inévitablement. 

On retrouve le même profil de mère narcissique et pianiste. Mais le film ici n’a pas la même noirceur que chez le cinéaste suédois et Jan-Ole Gerster instille même un peu d’humour, à travers le personnage du voisin. Qui peut aussi être vu comme une sorte d’ange gardien qui apparait à plusieurs moments dans la vie de Lara.

Le film s’inscrit en tous cas clairement dans cette nouvelle génération de cinéastes allemands, la seconde d’après-guerre, après la première « nouvelle vague » des Fassbinder, des Schlöndorf, et autres Herzog.

A l’image de ces ainés, le réalisateur est toujours autant travaillé par cette question de parents défaillants, et de transmission toxique entre les générations. Ce que les allemands abordent toujours avec une grande acuité et beaucoup de subtilité.

Mais il l’ancre ici dans une Allemagne contemporaine, qui en devient plus universelle. Et la prise de conscience finale de Lara et l’émancipation de Viktor à travers la création musicale, laisse aussi présager d’un futur heureux possible pour chacun.

Le film a reçu de nombreux prix en festivals dont celui du Jury œcuménique au prestigieux festival de Karlovy Vary.
 

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Le présentateur

Valérie de Marnhac

Valérie de Marnhac est membre de l'association SIGNIS, pour qui elle anime des ciné-débats, et a participé aux Jurys œcuméniques des Festivals de Cannes, Fribourg, Téhéran... Elle est également conférencière pour le l’association venez et voyez www.venezetvoyez.fr