"Police", d'Anne Fontaine

Présentée par PR-22657

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La chronique Cinéma

mercredi 2 septembre à 8h52

Durée émission : 3 min

"Police", d'Anne Fontaine

© DR

Le nouveau film d'Anne Fontaine nous plonge dans le quotidien d’un commissariat de quartier, où trois équipiers vont être amenés à reconduire à la frontière un immigré clandestin.

Le scénario est adapté d’un roman, d’Hugo Boris, avec lequel la réalisatrice a pris quelques libertés mais dont elle tire un film particulièrement stylisé et maitrisé. Dans sa première partie, découpée en 3 chapitres, la même journée ordinaire est vécue, vue successivement par chacun des policiers, dont on découvre en même temps les vies personnelles fragilisées par ce quotidien éprouvant. Ce qui est une manière efficace et habile de nous faire entrer dans leur intimité et dans leur subjectivité.

Une fois le décor planté, l’histoire bascule lors d’un incendie, avec l’irruption de ce réfugié dont on ne sait rien, ni s’il est une victime ou si au contraire il représente un danger. Et comme dans tous les films d’Anne Fontaine, elle aime laisser planer le doute et instiller des sentiments contradictoires. Le film se déroule alors en huis-clos, dans la voiture, sur le chemin de l’aéroport, dans une tension et un suspense croissants.

Le film a été tourné principalement en studio mais on est loin de la série policère télévisé ! La mise en scène est extrêmement soignée, la lumière très travaillée, notamment dans le jeu des regards, quand tout se joue entre eux sans paroles ou presque, faute d’une langue parlée commune. Anne Fontaine parle alors d’un « polar métaphysique » et d’un « voyage initiatique », même si on sent que le projet a été très documenté en amont. Elle prend le temps de creuser les ressorts intimes de chaque personnage, aidée en ça par le jeu exceptionnel des acteurs, dont le 3eme, Gregory Gadebois est moins connu mais il est aussi formidable ici qu’en capitaine Henry qu’il incarnait face à Dujardin dans le film "J’accuse" de Polanski.

Il n’y a aucune volonté idéologique chez Anne Fontaine. Ce qui l’intéresse, c’est l’humain et ses désirs ambivalents, comme chez Virginie par exemple, qui est à la fois déterminée à sauver ce réfugié de l’exil et en même temps incapable d’accueillir l’enfant qu’elle porte. Le film en tous cas éclaire la police sous un jour nouveau, sans caricatures ni polémiques. Et sa réussite, c’est de nous faire entrer en empathie avec ces personnages pour mieux interroger nos responsabilités individuelles et collectives.

 
 
 

 

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Le présentateur

Valérie de Marnhac

Valérie de Marnhac est membre de l'association SIGNIS, pour qui elle anime des ciné-débats, et a participé aux Jurys œcuméniques des Festivals de Cannes, Fribourg, Téhéran... Elle est également conférencière pour le l’association venez et voyez www.venezetvoyez.fr