[Dossier] Cette jeunesse qui veut qu'on l'écoute

Ce jeudi 9 mars 2017 marque le coup d'envoi de la préparation du Synode sur la jeunesse en France - synode qui aura lieu en octobre 2018 au Vatican. À cette occasion, RCF vous propose un dossier sur la jeunesse.

Les jeunes d'aujourd'hui évoluent dans une société en plein bouleversement - en crise selon certains, en quête de nouveaux modèles selon d'autres. Notre jeunesse est connectée, elle a soif de s'engager, elle a besoin de repères mais aussi d'être écoutée et de trouver sa place dans un monde qu'elle a hâte de construire.
 

LIRE ► L'Église catholique prépare un synode sur la jeunesse

 

La faible culture religieuse des adolescents, et leur profonde soif spirituelle

Le temps de le dire

Ce qui caractérise les jeunes aujourd'hui, c'est une faible culture religieuse. Un certain scepticisme aussi, et des connaissances scientifiques souvent sans contrepartie spirituelle.

Les différents diocèses de France, les dimanches de mai et juin sont propices aux professions de foi et aux confirmations des jeunes croyants. Au-delà de ces moments de joie, de fête ecclésiale et familiale beaucoup d'adultes éprouvent des difficultés à aborder le continent adolescent. Comment leur dire ce qui compte pour nous? Ce qui nous fait tenir debout quant leur façon de vivre de regarder le monde semble si éloignée de nos références?
 

SYNODE | En 2018, l'Église donne la parole aux jeunes - Les diocèses du monde entier sont en pleine préparation du synode 2018, sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel. En France, le Service national pour l’évangélisation des jeunes et pour les vocations (SNEJV), un service de la Conférence des évêques de France, est mobilisé. Dès le 14 juin 2017, il met en ligne un questionnaire à destination des jeunes. Ils ont jusqu'au 30 novembre 2017 pour y répondre.
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la religion, "À quoi ça sert?"

Ce qui caractérise les jeunes aujourd'hui, c'est une faible culture religieuse. Un certain scepticisme, aussi. "Ils ont accès tout le temps à leur tablette et à leur téléphone portable, ils vérifient en temps réel si ce que vous avez dit est dit autrement ailleurs et si donc vous avez faux", témoigne Agnès Charlemagne, membre de la pastorale d'un lycée catholique à Marseille durant sept ans. Les connaissances scientifiques qu'ils acquièrent restent la plupart du temps sans contrepartie spirituelle, observe Jean-Louis Schlegel. Quant aux cours de catéchisme, ils restent le lieu où exprimer son opposition aux adultes.

"Beaucoup se demandent si la Bible dit vrai." En passionné de la Bible, le directeur de la rédaction de la revue Esprit vient de publier "La Bible expliquée aux jeunes" (éd. Seuil). Un essai, fruit d'un important travail de concision et de vulgarisation, qui vise à répondre à deux inquiétudes vis-à-vis des adolescents. Que savent-ils? Que peut-on encore leur transmettre?
 

Réticents ou indifférents, leur "soif spirituelle est intacte, profonde, joyeuse, exubérante, exigeante"

 

une soif spirituelle intacte

Que faire de ces adolescents dont plus personne ne sait que faire pour les emmener vers la foi? Beaucoup d'adultes s'inquiètent du fossé culturel qui se creuse entre les générations. Si tout cela tombe dans l'oubli, n'est-ce pas un peu de notre civilisation, de nous, qui est en train de disparaître? Agnès Charlemagne vient de publier "Comment parler de spiritualité avec les adolescents" (éd. Salvator), où elle donne des pistes, fruit de son expérience. "J'avais vraiment en face de moi des enfants soit réticents mais surtout indifférents, se souvient-elle, mais ça n'empêche pas que leur soif spirituelle est intacte, non seulement elle intacte mais elle est profonde, joyeuse, exubérante, exigeante."

 



 

parler de Dieu

"Je n'ai jamais parlé de Dieu aux adolescents, j'ai parlé de Dieu avec des adolescents." Ils existe de multiples façons de parler de Dieu - la liturgie, les symboles, etc. Agnès Charlemagne propose d'abord d'écouter ce que les adolescents ont à dire sur le sujet. Pour elle, en fait de méthode il y a surtout "quelque à changer dans nos cœurs, dans nos façons d'avoir peur de leur donner la parole". Transmettre un message comme celui de la foi, c'est d'abord l'incarner. "Il faut être avec eux et non pas contre eux et aller au-delà de ce qui est vérifiable sur Internet."

 

Abstentionniste mais engagée, paradoxe d'une jeunesse maltraitée

Grand Angle

Le taux d'abstention est très fort chez les jeunes - symptôme d'une génération qui ne se sent pas intégrée, et qui fait pourtant de vraies propositions vers plus de vitalité démocratique.

Ecoute-t-on vraiment les jeunes dans notre société? L'approche des élections présidentielle est l'occasion de pointer du doigt une réalité criante que les observateurs - journalistes, sociologues, essayistes et jeunes eux-mêmes - confirment comme d'une seule voix. Antoine Peillon, qui publie "Voter, c'est abdiquer" (éd. Don Quichotte) parle de "jeunesse maltraitée" dans notre pays. "Une République, une France, qui ne se tourne pas vers sa jeunesse est une République, une France, qui meurt."
 

Jeunesse maltraitée

"La jeunesse, un problème phénoménal de notre société", considère Antoine Peillon. L'essayiste parle de jeunesse "trahie, méprisée, exploitée, maltraitée..." et pour les moins formés de "jeunes martyrisés". Les mots sont forts, douloureux à entendre si l'on se penche sur les chiffres qui les confirment. Aujourd'hui, 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté en France, parmi elles des familles et des jeunes. Or l'Éducation nationale ne parvient pas à enrayer les inégalités sociales. Chaque année, 100.000 jeunes sortent sans qualification de l'école.
 

 

Ecart culturel entre générations? Crise des institutions? Faillite de notre système social? D'un côté, on a une jeunesse bac + 5 ou bac + 6 qui "multiplie les expériences à l'étranger et qui ne trouve au mieux que des CDD", explique Antoine Peillon. Une jeunesse qui n'est pas - et pour cause - intégrée à la société. "Sur l'emploi on nous avait promis qu'on bénéficierait du papy boom, or on n'a jamais eu autant de chômage chez les jeunes de précarité", confirme Mathias Thépot. Lui aussi parle de "jeunesse trahie". Trahie car selon lui "notre jeunesse a du mal à penser, on a du mal à prendre du recul, on est pris par le court terme". Il signe avec Thomas Golovodas "Manifeste d'une jeunesse trahie" (éd. Bayard). Un livre "en réaction à l'absence d'idéal social et humaniste", contre ce "cynisme ambiant et ce pragmatisme".

D'un autre côté, les jeunes issus de familles modestes sont "sans avenir" car notre système de minima sociaux est en faillite, soutient Antoine Peillon. C'est aux structures associatives que revient le soin d'aider les familles en difficulté. Les Apprentis d'Auteuil accompagnent 26.000 jeunes et 5.000 familles. Début mars l'association publie "Prendre le parti des jeunes" (éd. L'Atelier / Apprentis d'Auteuil). Un ouvrage qui donne la parole aux jeunes - parce qu'ils ont des choses à dire.
 

 

jeunesse abstentionniste...

Chez les jeunes c'est l'abstention qui est la plus forte, mais aussi vote populiste, et notamment FN. Une abstention "non pas d'infifférence, mais politique", pour Antoine Peillon. Quant au vote FN, il est chez les jeunes un "cri d'angoisse et de désespoir", plus qu'un vote de rejet "xénophobe et raciste".
 

 

"On perd cet idéal social à long terme alors qu'on a une vraie compréhension de notre monde", déplore Mathias Thépot. L'ouvrage, dont il est le co-auteur, passe au crible 10 sujets - Europe, inégalités, identité, consommation, emploi...  - qui concernent de près la jeunesse. L'objectif: "Resensibliser à un idéal plus humaniste", avec des propositions concrètes "pour mettre cet idéal en œuvre". Les auteurs de "Manifeste d'une jeunesse trahie" entendent (r)éveiller chez les jeunes un esprit critique.
 

"Le lien avec le politique, avec les représentants du peuple, est rompu, surtout pour les jeunes générations."

 

... mais engagée

François Jacob rappelle combien les jeunes ont "besoin d'être entendus". Et ça tombe bien, ils ont des choses à dire. "C'est juste qu'on veut une autre forme de démocratie", témoigne Mathias Thépot. Son constat: "Le lien avec le politique, avec les représentants du peuple est rompu, surtout pour les jeunes générations." Ecouter la jeunesse c'est la chance des politiques. "Les jeunes nous donnent eux-même des pistes que nous devrions tous suivre", considère Antoine Peillon. Il parle d'une "jeunesse d'une incroyable intelligence, extrêmement humaniste et pacifique". Le site Jeunesse 2017, édité par les Apprentis d'Auteuil, publient 20 propositions "écrites par, pour et avec les jeunes". Quant au livre, "Prendre le parti des jeunes", il sort le 2 mars 2017.
 

 

Jeunesses exclues, le cri d'alarme de Michel Fize

Jeunesses exclues, le cri d'alarme de Michel Fize

Accès à l'emploi, au logement... Le constat est alarmant. Partout dans le monde les jeunes sont victimes des représentations que l'on a de la jeunesse. Michel Fize répond à Monserrata Vidal.

OÙ ALLEZ-VOUS, jeunes gens, où allez-vous, étudiants, qui courez en bandes par les rues, manifestant au nom de vos colères et de vos enthousiasmes, éprouvant l’impérieux besoin de jeter publiquement le cri de vos consciences indignées?
Emile Zola, Lettre à la jeunesse

 

Depuis 30 ans, Michel Fize étudie et analyse la jeunesse. En 2016, il publie "Jeunesses à l'abandon" où il dresse un constat que l'on pourra trouver très sombre mais qu'en tant que sociologue il juge "juste du point de vue scientifique". Son livre se situe dans la continuité du "Deuxième homme" (éd. Presses de la Renaissance, 2002), publié en format poche sous le titre "Le Livre noir de la jeunesse" (2007). Près de 15 ans après, il étend son terrain d'étude et livre une observation sur la jeunesse dans le monde.
 

une exclusion universelle de la jeunesse

"La jeunesse a toutes les raisons d'être en colère, face à une situation très difficile pour ne pas dire dramatique." Dans tous les pays où il a enquêté, le sociologue observe la "même pénible histoire". Difficultés d'accès à l'emploi, à la santé, au logement et même parfois aux loisirs. Et ce "quelles que soient les situations culturelles, sociales, religieuses". Il parle d'une "convergence des exclusions".

Le livre de Michel Fize n'a pas pour objet de démoraliser. Il est aussi l'auteur de "Génération courage" (éd. Julliard, 1995). Il souhaite avant tout créer "un sentiment de culpabilité" chez les responsables poltiques et économiques. Son propos est militant, pour réparer "cette injustice qui est faite aux jeunes".
 

"Demander de l'expérience à un jeune qui n'a jamais travaillé a quelque chose de grotesque."

 

une construction de l'exclusion sociale

Loin de placer tout cela sous le simple fait du hasard, le chercheur en sociologie avance la thèse que nos sociétés partagent "le désir qu'il en soit ainsi". Désir "qui ne loge pas dans la tête de quelques individus". Michel Fize parle de "représentations" vis à vis de la jeunesse, qui sont telles que la situation ne peut être autrement.

L'un des "critères d'exclusion": l'accès à l'emploi conditionné par l'expérience déjà acquise. Si l'accès à l'entretien d'embauche est "largement conditionné par le diplôme" une fois devant le recruteur, le jeune doit justifier d'une expérience. "Demander de l'expérience à un jeune qui n'a jamais travaillé a quelque chose de grotesque." Que fait-on des critères de compétence, de motivation, de capacité à travailler en groupe? L'expérience exigée ressort des "critères d'exclusion", selon Michel Fize.
 

Les promesses du numérique

Exclus d'un système économique, les jeunes se créent leur propre système: l'économie numérique. Ici, pas de diplôme ni d'expériences exigées. On peut devenir riche rapidement et développer toute sa créativité. En témoigne le phénomène des Youtubeurs.

 

Les aspirations de la jeunesse française

Le temps de le dire

Alors que la campagne électorale pour l'élection présidentielle a débuté, les jeunes de France ont une fois encore le sentiment de figurer comme les grands oubliés de nos politiques.

A cinq mois de l'élections présidentielle, les jeunes ont une fois de plus le sentiment d'être les grands oubliés de la campagne politique, alors qu'ils sont pourtant l'avenir de notre pays. Deux grandes enquêtes publiées la semaine dernière relaient leurs aspirations, dans de multiples domaines. Famille, travail, école, avenir, santé, société... Autant de thèmes pour lesquels les jeunes ont un avis, des propositions. Encore faut-il accepter de les entendre. 

"Nous avons travaillé avec quelques milliers de jeunes dans une vingtaine d’établissements des Apprentis d’Auteuil. Nous avons également lancé une grande consultation par Internet. Cela s’est fait de façon volontaire pour les jeunes. Ils nous ont aidé à rédiger ce livre blanc qui est actuellement diffusé à l’ensemble des parties prenantes : les politiques et les autres acteurs de l’économie française afin de proposer une vingtaine d’axes en faveur de la jeunesse, de l’éducation et des familles" explique Cédric Leva au sujet de l’ouvrage publié la semaine dernière par les Apprentis d’Auteuil, en vue de l’élection présidentielle.

"Le principe était de sonder notre génération. On voulait savoir si elle était heureuse, et qu’est ce qui la rendait heureuse. On a mené des entretiens, puis tiré cent questions. On en a fait un questionnaire en ligne dont les codes plaisaient aux jeunes. Nous avons obtenu 53 000 réponses. On s’est appuyé sur beaucoup d’associations, qui ont apporté son réseau de jeunes pour compléter l’enquête et être la plus représentative possible" explique Sandrine Gras au sujet de l’étude publiée par Génération Cobayes la semaine dernière.

Écouter la jeunesse, c'est décider d'en finir avec les idées toutes faites et les clichés. C'est considérer que la jeunesse n'est pas un problème mais la solution et c'est surtout faire le pari de l'avenir. Au cœur de tout ça, bien évidemment, la confiance. Il nous faut faire confiance à notre jeunesse pour que forte de notre soutien elle puisse avancer dans la vie, et déployer les élans de créativité qui sont l'apanage de son âge. 

Comment parler avec nos jeunes ? Quelle place leur accorder ? Réponses dans Le Temps De Le Dire ! 

Toutes les informations sur Appprentis d'Auteuil et les 20 mesures concrètes en faveur de la jeunesse
L'enquete de Génération Cobayes Que du Bonheur !
et le site de Phosphore 

 

Génération Youtubers

Génération Youtubers

Si les adolescents délaissent la télévision c'est en grande partie à Youtube qu'on le doit. Le phénomène de société n'a pas pu vous échapper! On en parle avec Stéphanie Gallet.

En 2016, si vous demandez à un enfant ce qu'il veut faire plus tard, il y a de fortes chances qu'il vous réponde: "Youtuber". Youtube, c'est un site Internet qui permet à tout un chacun de voir et de publier des vidéos. Les adolescents se sont véritablement approprié cet espace, comme l'observe Sonia de Leusse-Le Guillou. Un phénomène que même la presse économique prend au sérieux, comme le journal Les Echos.

La filiale de Google créée en 2005 est loin devant son rival français Dailymotion. Faire une vidéo, c'est facile, à l'heure des smartphones équipés de caméras et des logiciels de montage en libre téléchargement. Une bonne vidéo façon Youtube exige toutefois un soin apporté "au montage et à la prise de son", explique David Groison. Quant au contenu...

 

 

Phénomène de société donc, puisque Youtube est l'une des raisons pour lesquelles les ados d'aujourd'hui délaissent la télévision. Youtube, c'est un monde à part, avec ses propres codes langagiers, son phrasé précipité et les postures qui vont avec. Les Youtubers s'enregistrent face caméra et empruntent largement au stand up, ce style de spectacle humoristique popularisé en France par Gad Elmaleh ou Jamel Debbouze.

Parmi ceux qui séduisent les pré-ados mais aussi les jeunes adultes, Cyprien avec plus de neuf millions d'abonnés. Citons également Le Rire Jaune suivi par plus de 3 millions de personnes, Hugo Tout Seul ou encore Enjoy Phoenix, dont les vidéos sont regardées par plus de 2 millions d'internautes.

 

 

A chacun d'apprécier - ou pas - la pertinence de leurs propos. Ils séduisent le plus souvent par l'auto-dérision, l'humour, les conseils beauté, les tutos, les DIY (pour "do it yourself") et les "Life Hack" (ou trucs et astuces). Depuis 2009 la communauté des booktuders s'étend et réjouit les professionels du livre. Les booktubers, ce sont des youtubers qui se filment pour recommander la lecture d'un livre. L'association Lecture Jeunesse s'y intéresse de près et lui consacre le numéro de juin 2016 de sa revue Lecture Jeune.

 

 

Qu'il s'agisse de conseils lecture, de sketchs, de jeux vidéos ou de recettes de cuisine, si cela prend de l'ampleur c'est que les Youtubers les plus populaires sont devenus des prescripteurs et des relais d'opinion. Les marques se les arrachent pour qu'ils recommandent leurs produits. Les Youtubers les plus célèbres ont leurs agents. La marque a créé des Youtube Space, des lieux dédiés à la réalisation des vidéos. Et pourquoi cela fonctione si bien? Les adolescents encore plus que les adultes apprécient la prescription entre pairs. C'est-à-dire qu'ils sont friands des conseils que leur donnent d'autres adolescents. Sur Youtube ils parlent sans filtre, et c'est ce qu'ils aiment.

Quelle place voulons-nous donner aux jeunes?

Quelle place voulons-nous donner aux jeunes?

La crise n'est pas seule responsable du chômage des jeunes. Pour Michel Fize il s'agit d'une "exclusion construite", un réel dédain, de la part de leurs aînés. Il répond à Béatrice Soltner.

En France, en 2013, 900.000 jeunes vivaient sans formation et sans emploi. Dans ce contexte, beaucoup démarrent leur vie dans la précarité. Pour le sociologue Michel Fize, la crise économique n’explique pas tout: la jeunesse ne serait pas réellement accueillie et intégrée dans nos sociétés.

Un triste constat contre lequel se bat Michel Fize. Pour lui, il existe un véritable conflit de génération. Les plus anciens peuvent montrer des signes de dédain pour cette jeunesse fougueuse, pleine de vitalité et aux capacités vastes. Mais qui reste agitée et contestataire. Si bien qu'un ressenti se dégage: il y a un savoir qui ne se transmet plus, par rétention d'information de la génération ancienne. Le sociologue ne ménage pas ses mots et propose des formules percutantes pour traduire les pensées des uns et des autres. 
 

"Ce serait bien la jeunesse sans les jeunes"  

Comment se fait-il que les forces vives du monde, que les talents de demain, soient ainsi bloqués dans leur élan? Michel Fize témoigne tout de même d'un regard bienveillant sur la jeunesse d'aujourd'hui et croit en ses capacités à innover et entreprendre. Au micro de Béatrice Soltner, il apporte ses solutions pour que nos jeunes s'intègrent mieux dans cette société qui les regarde, a priori, du mauvais oeil.  

 

Emission enregistrée en avril 2016

L'Église qui séduit les jeunes

En Toutes Lettres

Pour que le message de l’Église parle aux jeunes, il faut, pour Jean-Pascal Hervy, parler de Jésus comme d'un ami. Et inviter à une rencontre concrète. Il est l'invité de Christophe Henning.

Où sont les jeunes dans l'Église? Le constat est souvent rude dans certaines paroisses qu'ils semblent avoir désertées. Aux JMJ ou au cours de différents camps d'été, des jeunes, on en voit partout. Mais le dimanche à l'église on se demande où ils sont. Une préoccupation pour Jean-Pascal Hervy, qui signe "Des jeunes dans l'Église?" (éd. Médiaspaul). Un essai où il explique les raisons d'un délaissement, mais aussi ce qui attire les jeunes.

Taizé, un phénomène à part

 

méfiance de l'institutionnel

Différentes études l'ont montré, dans leurs quêtes spirituelles, nos contemporains ont tendance à s'affranchir des institutions. Pour Jean-Pascal Hervy, cela est vrai aussi des jeunes générations. Et répond à un profond désir de vivre une expérience sur le plan individuel. "Sans être individualistes, nos jeunes veulent être touchés au cœur de façon individuelle." En la matière, le succès des rassemblements qu'organise la communauté de Taizé est caractéristique. Plébiscités par les 18-30 ans depuis de longues années, ces événements transfrontaliers et œcuméniques ont quelque chose à voir avec la volonté de "briser les frontières" et de "casser les codes", selon l'animateur en pastorale.
 

La dimension sociale et militante de l'engagement des jeunes n'a pas disparu.

 

rejoindre les jeunes, être connecté au monde

En réalité, la question de l'investissement des jeunes, on se la pose dans l'Église depuis de longues années. Elle va de pair avec celle de l'ouverture au monde de l'Eglise. "Elle trouve son apogée avec Vatican II", explique Jean-Pascal Hervy. "Avec Vatican II quelque chose s'est passé." Il y a eu la JOC, le scoutisme... Des mouvements dont la dimension sociale et militante n'est sans doute pas étrangère à leur succès. Une dimension qui " n'a pas disparu et se manifeste autrement aujourd'hui".
 

Inviter les jeunes à quelque chose de concret.

 

Une question spirituelle et pédagogique

Pour Jean-Pascal Hervy, "il faut inviter à la rencontre de quelqu'un". C'est "d'un ami" dont il faut parler. Car "l'Evangile n'est pas un recueil de morale", ce sont "des témoignages". "On oublie la dimension extrêmement concrète de la rencontre."

 

Marié, père de quatre enfants, Jean-Pascal Hervy est titulaire d'une licence de théologie, il est animateur en pastorale et accompagnateur de mouvements d'Eglise, il est compositeur de chants liturgiques et président de l’ACCREL (Auteurs et compositeurs de chants religieux).
 

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