14 juillet: que reste-t-il de la Révolution française?

Fixée au 14 juillet, notre fête nationale célèbre la prise de la Bastille de 1789, comme fin de la monarchie absolue, et / ou la fête de la Fédération du 14 juillet 1790. C'est l'occasion de revenir sur la Révolution française et la façon dont on l'intègre aujourd'hui dans notre récit national.

La Révolution française est-elle à l'origine de nos passions politiques ?

Les Racines du présent

A travers les biographies de Camille Desmoulins et de Robespierre, des historiens revisitent la Terreur et le rôle de la violence dans l'Histoire politique de notre pays.

Comment la Révolution persiste à nous diviser

Comment la Révolution persiste à nous diviser

Depuis 200 ans, les échos de la Révolution, et la diversité de ses interprétations, ne cessent de résonner dans notre histoire politique

D'hier aux "Gilets jaunes", quelles ont été les véritables révolutions françaises?

Les Racines du présent

À travers l'histoire de la consommation, et aussi celle des révolutions depuis deux siècles, resituer le mouvement des *Gilets jaunes dans une perspective historique

Cette émission est découpée en deux temps : Frédéric Mounier aborde l'histoire de la consommation en France avec Jean-Claude Daumas, où il est question de l’évolution du niveau de vie et de celle des inégalités sociales ; dans un second temps, Gaël Nofri dresse une typologie des révolutions qui ont agité le pays depuis 1789.

 

Brève histoire de la consommation en France

19e siècle : une hausse du niveau de vie

Jean-Claude Daumas revient sur une observation de Jules Michelet, qui notait la diffusion des étoffes de coton parmi les ouvriers. C’est là le signe d’une démocratisation des vêtements, mais aussi d’une transformation des rapports de classe : les ouvriers ne sont plus vêtus de guenilles et accèdent à une certaine dignité. Le vêtement remplace la fripe, pour la première fois, les ouvriers ont des vêtements neufs.

Cependant, la démocratisation de la consommation bute sur une insuffisance des revenus. Les salaires des ouvriers sont toujours minimes. Les travailleurs sont, pour beaucoup, sujets à des journées de chômage technique, notamment dans le textile. À l’opposé, les typographes ou encore les ouvriers des usines de gaz disposent d’une paie assez conséquente, qui les rapproche de la petite bourgeoisie.

 

Les trente glorieuses

Jean-Claude Daumas écrit de la période des Trente Glorieuses : « La course à la consommation a valeur de plébiscite, elle associe croissance, consommation, bien-être et réduction des distances sociales, la recherche de la jouissance immédiate et l’identification du bien-être à l’accumulation des choses ». Mais ce rêve est resté tel : les inégalités sont toujours vive, l’homogénéisation est une illusion.

Les Trente Glorieuses marquent l’expansion de la consommation. Tout le monde en profite, excepté quelque 5 millions de Français représentant les 17% les plus pauvres. Toutefois, il ne faut pas négliger que les différents groupes sociaux ne consomment pas de façon semblable. Prenons l’exemple de l’automobile : si, en 1981, 70% des Français possèdent une voiture, les cadres ont des voitures haut de gamme alors que les ouvriers privilégient les voitures populaires, d’occasion.

 

Le creusement des inégalités sociales

À l’époque, les classes populaires et petites classes moyennes nourrissaient l’espoir de rattraper les niveaux de vie plus élevés. Au début des années 1970, il fallait 36 ans à un ouvrier pour rattraper le niveau de consommation d’un cadre. Aujourd’hui, il faudrait 165 ans à ce même ouvrier…

On remarque donc une profonde inquiétude des classes populaires face à un avenir dans lequel elles ne peuvent plus se projeter. Avec des questions centrales, comme celle du logement. Dans les quinze dernières années, pour les 10% de ménages aux revenus les plus bas, la part du budget consacrée au logement s’est alourdie, passant de 31 à 42%. Pour les cadres, cette part passe de 10 à 11%...

François Ernenwein rappelle que « la question des inégalités est devenue le cœur de la revendication des gilets jaunes ». Une fois les aspects conjoncturels mis de côté, deux aspects majeurs ressortent : premièrement, le droit à la parole, ensuite, une revendication matérielle.

 

Retracer les constantes des révolutions

La rupture de la légalité

"La France est un peu un moteur à explosion", explique Gaël Nofri. La révolution naît d’une incapacité de réformer. Elle naît du constat que le contrat entre gouvernant et gouverné est dénaturé. Le pouvoir ne perçoit pas les signes extérieurs. Par exemple, Charles X en 1830 n’a pas réalisé qu’après la Révolution Française, la société ne sera plus la même, les rapports de force non plus.

Toute révolution correspond à une violation de la légalité. "Si la réforme est impossible, réforme au sens de changement du système par lui-même dans le respect de ses propres règles, alors on aboutit à une révolution." Ceux qui veulent ce changement sont l’expression d’une minorité. Une grande majorité de la population est plus spectatrice qu’actrice. Le désordre n’obtient que rarement l’assentiment du peuple.

 

Aujourd’hui, la difficile association des individualités

François Ernenwein soumet une seconde hypothèse, au-delà de la rupture d’un contrat social par le pouvoir. La rupture, ici, ne s’est-elle pas produite justement par un pouvoir qui déstabilise à cause de la montée en puissance de l’ultra-libéralisme ?
Pour Gaël Nofri, le thème de la consommation se noie dans le magma des revendications. On voit bien là, dans ce mouvement, une addition des thématiques : Europe, immigration, retraites, agriculteurs en colère, RIC… Plus qu’une révolution, c’est la fin d’un système de pensée né de 1968. Le système d’individu-roi rend la démocratie malade.

On assiste à une perte du sens du commun. Comment faire vivre des institutions quand le commun a disparu ? Gaël Nofri fait un parallèle avec la révolution du 6 février 1934, où divers groupes se réunissent contre la Troisième République, au cri de "ce régime n’est pas digne de nous".

 

Toute révolution finit par périr

Les révolutions finissent toujours par essayer de durer dans le temps. La population, sortie de son niveau de spectatrice et devenue actrice, n’a pas envie de retourner à la légalité. On rappelle ici le boucher parisien Caboche qui fait régner la terreur dans Paris, ou encore le Comité de salut public… Alors, le pouvoir essaie de renvoyer chez eux les révolutionnaires.

 

Comment et pourquoi écrire à nouveau l'histoire de France?

Comment et pourquoi écrire à nouveau l'histoire de France?

Directeur du quotidien Libération, Roland Joffrin, est un passionné d'histoire. Dans son dernier essai, il retrace l'histoire de France avec un prisme: la conquête de la liberté.

Émission d'archive diffusée en octobre 2019

 

Sur le même thème :

Les dossiers RCF